‹ L'Œuvre de LourdesChapitre 18 sur 47 · M" MARIE-THERESE NOBLET · texte numérisé non relu

M" MARIE-THERESE NOBLET

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soigné la malade, et examiner à loisir l'appareil, vrai modèle du genre confectionné par lui. Je me rendis compte alors de cette particularité qu'une ouverture carrée avait été ménagée précisément à la région dorso-lombaire et il me fut rapporté qu'elle l'avait été par le médecin traitant lui-même. Je retrouvai Mlle Noblet le lendemain, 2 septembre, au Bureau des Constatations où on l'avait amenée, non plus sur son brancard, mais dans une petite voiture : elle en descendit seule et marcha devant les personnes présentes. Le D^ Boissarie et moi l'interrogeâmes, elle répondait simplement et sans affectation.

« Le dimanche matin, 3 septembre, je pus encore l'apercevoir : c'était sur l'esplanade qui fait suite à la grotte et où l'on a coutume, quand le temps le permet, de servir le petit déjeuner aux malades. Assise dans sa voiture, au milieu d'un petit groupe d'intimes, elle me sembla de loin faire grand honneur à son café au lait.

« L'après-midi, je la vis se rendre à la grotte à pied, au bras de son oncle.

« J'eus le regret d'avoir manqué l'intéressante discussion provoquée le lundi matin, 4 septembre, par le cas de Marie-Thérèse parmi les membres français et étrangers du Congrès de neurologie. C'était le jour du départ ; je pus la revoir au cours du voyage de retour.

« Trois mois après le surprenant changement effectué dans l'état de santé de M^e Noblet, je la retrouvai identique à elle-même et, comme dans ce laps de temps j'avais pu prendre connaissance de ce que j'appellerai volontiers les pièces du procès, ma conviction était faite et, dès lors, le mot de guérison s'imposait. Plus encore, j'imagine, lorsqu'un an jour pour jour après notre première entrevue, le le*" septembre dernier, je revis Marie-Thérèse dans

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tout l'épanouissement d'une santé qui ne s'était pas démentie un seul instant. »

Comment fut soignée Marie-Thérèse ; comment elle fut guérie

C'est le !<='■ mars iqoS que fut appliqué, sous la direction du D" Gliipault, le premier corset plâtré que M'ie Noblet conserva jusqu'au 12 avril suivant.

Jusque-là le traitement avait été purement médical : l'hygiène, l'hydrothérapie, le séjour au grand air, soit au bord de la mer, soit dans la saine campagne : tel est le fond de toutes les prescriptions précédentes. Après un séjour de quelques jours seulement à la clinique, Marie-Thérèse fut rendue à sa famille et l'on convint de la ramener à Paris au mois de juin. Une fois à Epernay, elle fut donc confiée aux soins de M. le D' Guénard. Tout d'abord celui-ci conseilla de se conformer aux indications du D> Chipault: chaque jour la malade se traîne de son lit à son fauteuil et vice versa, au prix de bien des souffrances.

Un jour, le D^ Guénard arrive, et la voyant si mal : <( Il n'y a pas de bon sens, s'écrie-t-il, de laisser souffrir une enfant comme cela. » On la remet donc dans son lit ; elle n'en bougera plus, ajoute le docteur.

« Jusque-là, explique Marie-Thérèse, je n'avais pas mal mangé » : mais des vomissements survinrent qui lui otèrent tout appétit : « La nourriture me dégoûtait, dit-elle. » Il s'ensuivit un amaigrissement tel (jue le D' Guénard fut amené à lui retirer son corset devenu trop large. Cette opération eut lieu le 112 avril. Le 16, M. le D' Gaube vient de Reims pour la voir, et après un examen des plus attentifs, con-

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dut à la nécessité d'un nouveau plâtre dans le plus bref délai.

Le docteur avait fini par consentir à ce qu'une ouverture fût pratiquée dans le corset « juste à l'endroit du mal, afin de pouvoir constater si quelque chose se produisait ». ]Mème, en quittant la jeune malade, sa dernière parole avait été celle-ci : « Nous avons fait tout ce que nous avons pu, la sainte Vierge fera le reste. » Il ne croyait pas si bien dire, j'imagine.

Jusqu'ici, cependant, Marie-Thérèse a eu à compter avec les soins éclairés des médecins, le dévouement de ses proches, les mille et une précautions de ses gardes-malades : c'est au prix de tout cela que lentement, bien lentement, une amélioration progressive se dessine. Mais une fois prise la résolution d'aller à Lourdes, que penser des conditions dans lesquelles va s'entreprendre d'abord, puis s'effectuer ce voyage? Et d'abord il s'écoule quinze jours entre le moment où fut rédigé le certificat et celui du départ : quinze grands jours pendant lesquels, la maladie continuant d'évoluer, les douleurs redeviennent intolérables; aussi bien, est-ce avec une véritable angoisse que Marie-Thérèse se demande sans cesse : « Irai-je? N'irai-je pas? » Mais le jour du départ arrive : on la ' revêt de sa longue robe blanche, on l'installe dans le brancard qu'elle ne quittera pas de trois jours : alors commence le paradoxe.

Voilà une enfant vouée à l'immobilité la plus absolue et qui va affronter un voyage de près de treize cents kilomètres en chemin de fer, par une chaleur torride! une enfant pour qui le moindre heurt se traduit par un surcroît de souffrances et qu'on va, de gaieté de cœur, exposer aux trépidations de la voie ferrée, à la brusquerie des arrêts !

Au cours de la dernière nuit du voyage, un peu

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avant d'arriver à Cette, l'état de la pauvre enfant s'aggrave brusquement: elle étouffe et l'on se demande si elle ne va pas rester dans une crise; mais enfin, grâce à l'administration d'un calmant héroïque, une détente se produit qui rassure l'entourage.

Il faisait jour depuis longtemps quand le train stoppa une dernière fois et qu'aux oreilles des pauvres éclopés retentit le mot, pour tant d'autres banal : « Tout le monde descend ! »

La situation de M"e Noblet à son arrivée à l'hôpital de Lourdes se trouve parfaitement résumée dans cette ligne de son Journal : « Je souffrais atrocement. » Mais le moment n'était pas encore venu pour elle de goûter un repos si nécessaire. Vers 2 heures de l'après-midi, on vient la chercher pour la conduire à la grotte. Ici, elle souffre de la soif; tout à l'heure et pendant toute la procession, elle se sent « toute congestionnée » ; on lui mouille constamment le front et les tempes. Bref, c'est en proie à une fièvre intense et les traits contractés par la souffrance qu'avec mille précautions elle est reconduite à l'hôpital. Sur le seuil de la grille l'abbé Dieudonné, qui ne la quittait guère, l'aperçoit : « De grosses larmes coulaient le long de ses joues, les deux mains crispées soutenaient avec peine le menton. »

Et c'est à ce moment précis, où il semble que la douleur ait atteint son paroxysme, que soudain tout change et que Marie-Thérèse, devenue subitement rayonnante, s'écrie : « Je suis guérie! »

Que s'était-il passé?

« Jonc sais, avoue plus tard M"e Noblet: toujours est-il que je souffrais atrocement : immédiatement toutes ces douleurs cessent; j'étais comme inondée de joie et au fond, tout au fond de moi-même, une voix me disait : Lève-toi, tu peux marcher... Et je voulais descendre du brancard, et je renmais mes

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jambes, ce que je n'avais pas fait depuis plus de trois semaines... "»

Ce soir-là, Marie-Thérèse eut faim et mangea de bon appétit: puis elle dormit sans se réveiller de 7 h. 1/2 du soir au lendemain matin 5 heures. « C'était fabuleux, écrit-elle, moi qui m'estimais bien heureuse quand j'avais pu reposer une heure dans toute une nuit. »

Le vendredi, i^'' septembre, iNIi'c Noblet fut amenée au Bureau des Constatations médicales : on sait le reste.

Miracle ou suggestion?

Dans laguérison de M"^ Noblet, on peut faire aussi belle que l'on voudra la part du traitement : ni la perfection des moyens employés, ni le sim[)le jeu des lois naturelles qui président à l'évolution des maladies en général et du mal de Pott en particulier, ne suffisent à expliquer la soudaineté du changement survenu dans l'état de notre jeune malade le 3i août 1905.

Quelle espérance n'aurait faibli, quelle illusion ne serait tombée devant l'attilude de M. l'abbé Dieudonné? Alors que la jeune iille affirme qu'elle est guérie, qu'elle peut marcher, celui-ci lui impose rudement silence en des termes qui n'admettent guère de réplique. « Taisez-vous, lui dit-il, vous ne savez pas ce que vous dites... Ce n'est pas ici que la sainte Vierge fait des miracles... Je vous dis de rester tranquille! » Et, de fait, elle obéit et attend docilement jusqu'au lendemain soir qu'on la veuille enffn montrer aux médecins.

Comment admettre davantage que cet état de suggestion aurait résisté aux fatigues du retour : vingtdeux heures en chemin de fer sans brancard ni corset.

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J'ai suivi depuis, je l'ai dit, M^'^ Noblet dans ses allées et .venues : je l'ai revue trois mois, un an après; ma conviction s'est accrue du témoignage de tout ce temps écoulé dans le plus parfait état de santé sans que rien, depuis le 3i août 1905, soit venu démentir l'œuvre de guérison accomplie à Lourdes.

Je me résumerai donc en disant :

M'ie Noblet était bien atteinte d'un mal de Pott. Les affections de cette nature sont lentes à guérir : elles se rattachent à la diathèse tuberculeuse. La soudaineté et la permanence de la guérison démontrent que ce fait s'écarte absolument des lois scientifiques : on peut donc le ranger parmi les faits qui possèdent pleinement et d'une manière évidente le caractère surnaturel.

Le mal de Pott avait été constaté chez M"*^ Noblet par plusieurs médecins et au début par le D^ Chipault, chirurgien des hôpitaux de Paris qui avait déclaré dans son certificat que M"e Noblet était atteinte d'une lésion vertébrale localisée.

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