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CHAPITRE VII

LES TROIS RELIGIEUSES

Sœur Maxiiuilien, religieuse de l'Espérance de la maison de Marseille, guérie le 20 mai 1901. — Sœur de la Garde, religieuse des prisons de Montpellier, guérie le 23 juillet 1901. — Sœur Céleste, oblate de l'Assomption, de Bordeaux, guérie en août 1904. — M"'® de la Doilière, guérie d'un cancer le 21 août 1900.

SŒUR JVlflXlMILilEN

KYSTE HYDATIQUE DU FOIE. — PHLEBITE G» AVE

Le lundi, 20 mai, vers midi, on descendait à la gare de Lourdes une pauvre religieuse étendue sur une planciie matelassée. Elle semblait faire corps avec cette planche qui remplaçait le lit qu'elle n'avait pas quitté depuis cinq ans. La veille ausoir, vers 7 heures, elle était partie de Marseille, et son départ avait été des plus mouvementés. Pour la transporter à la gare, on avait utilisé de nombreux concours.

Les pompiers d'une caserne voisine, très dévoués

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aux religieuses, étaient venus pour la descendre de sa chambre et la déposer sur un landau qui stationnait à la porte. Sur la place Saint-Michel, plusieurs centaines de personnes entouraient la voiture et venaient faire leurs adieux à la Sœur. Le chef de gare, prévenu, avait fait ouvrir une porte latérale et tenait des hommes d'équipe tout prêts pour prendre la malade dans la voiture et la déposer dans le train.

Il y avait cinq ans que cette pauvre Sœur n'avait pas quitté son lit. Elle s'était alitée à la fin de 1896, à la suite d'une phlébite et il lui était impossible de faire aucun mouvement. Le membre inférieur gauche, enveloppé tout entier dans la ouate, était renversé sur le côté, soutenu par des oreillers; il était très enflé, et des traînées bleuâtres dessinaient les veines malades; la peau se soulevait par places et formait des bulles pleines d'un liquide rougeàtre.

Ces accidents étaient la conséquence d'une longue maladie dont le début remontait à plus de dix ans; la Sœur avait pris son mal sur son champ de bataille ordinaire, dans un acte de charité. En 1890, elle était en résidence à Angoulême, lorsqu'elle fut appelée à soigner une malade, une pauvre folle, dans les environs de Poitiers. Un jour qu'elle se promenait dans la campagne sur le bord d'un ruisseau, sa malade saute dans l'eau et se couche dans la vase.

La Sœur saute aussi et fait tous ses efforts pour la retirer, mais, gênée par sa robe, s'enfonçant à son tour dans la vase, elle lutte pendantplus de dix minutes et ne ramène cette malheureuse sur le bord qu'en la saisissant par les cheveux et lorsqu'elle est déjà à demi asphyxiée. L'habitation est éloignée, personne n'a été témoin de l'accident, la Sœur est seule pour ranimer cette malade qui reprend lentement ses sens, et plus d'une heure s'écoule avant de pouvoir trouver un abri, des secours.

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La Sœur est brisée d'émotion et de fatigue, elle continue pourtant sa lâche avec le même courage, et ce n'est que quelques mois après qu'une réaction, longtemps contenue, finitpar éclater. Une jaunisse généralisée se déclare, et puis ce sont des crises dç foie qui se répètent et s'aggravent. Un peu plus tard survient une péritonite; enlin on constate des tumeurs ou kystes, toujours au niveau du foie, tumeurs qui s'enflamment et se vident en provoquant des vomissements abondants.

On appelle deux médecins en consultation, la nécessité d'une opération est débattue. Il faudra, dit le chirurgien, une double opération, drainer et vider ces tumeurs, provoquer des adhérences, et, plus tard, essayer de les enlever.

Mais avec ces poussées de péritonite, ces crises aiguës qui se répètent en se rapprochant, on temporise. Les mois s'écoulent, on arrive avec des rémissions partielles jusqu'à la fin de 1896.

A ce moment, la Sœur est sous l'influence d'un empoisonnement lent, toutes ces matières décomposées qu'elle rend par la bouche, ou qui séjournent dans le foie, empoisonnent le sang, et le sang qui s'altère détermine une phlébite de tout le membre inférieur gauche : des caillots se forment, les veines s'enflammentet, pendant cinq ans, l'économie contaminée sera bien impuissante à se débarrasser de ces produits septi(jues.

L'espérance survit longtemps chez les malades! Pendant trois ans, la Sœur espère que les médecins parviendront à la guérir. Mais, voyant qu'on ne parle plus d'opération, elle comprend qu'elle doit tourner sa conlianccd'un autre côté. Elle n'avait pas attendu jus([ue-là pour déposer ses soufl'rances, ses prières auprès de la grotte. Il y a quatre ans, elle avait promis de réciter chaque jour l'oflice de l'Immaculée-

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Conception pour qne la sainte Vierge lui fit la grâce de venir à Lourdes.

« Ces cinq années, disais-je à la Sœur, ont dû être bien longues et vous avez eu des moments bien pénibles? — A l'infirmerie, nousditJa supérieure, un guichet s'ouvre sur la chapelle, la Sœur suivait tous les exercices de la communauté et pouvait faire un acte d'adoration à chaque instant du jour. C'est là qu'elle trouvait ses plus douces consolations et les journées s'écoulaient rapides. »

Il y a dans le jardin de la communauté une grotte de Lourdes où les religieuses se rendent souvent. On avait essayé d'y transporter la Sœur, mais ce déplacement avait été si laborieux qu'on n'a pas osé renouveler cette tentative.

Comment songer à conduire la malade à Lourdes?

La supérieure générale, pressentie, avait refusé. — « J'enverrai la supérieure de la maison à sa place, avait-elle dit. » Sur de nouvelles instances, elle avait répondu d'une façon évasive. On fait une première neuvaine, une certaine amélioration semble se déclarer, la supérieure ne permet pas encore. On fait une seconde neuvaine, et le dernier jour de la neuvaine, la permission tant désirée arrive. C'était vers le lo mai.

La permission accordée, rien ne paraît désormais impossible ; on fait les derniers préparatifs, on prépare la planche, la Sœur fait ses adieux. Quelques religieuses lui disent : «Revenez au moins marchant avec des béquilles: » et la Sœur de répondre : « La sainte Vierge garde les béquilles, elle n'en donne pas. »

Il y a cinq ans qu'elle n'a ni vêtement ni chaussures: elle fait acheter des souliers neufs quelle emporte avec elle. Elle est certaine de guérir: elle laisse la morphine que l'on donnait dans les grandes crises et tous les autres remèdes.

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Elle est à Lourdes, le voyage n'a pas été trop pénible, il n'y a eu qu'un changement de wagon à Toulouse, que les hommes d'équipe ont opéré avec beaucoup d'adresse, grâce à la planchette. On la porte à l'hôpital, il n'y a personne pour la conduire à la grotte, il faut attendre deux longues heures. Qu'elles sont longues ces heures d'attente si près de la grotte!

Entin, à 3 heures, la voilà couchée aux pieds de la Vierge. Elle la voit, elle lui parle, elle se sent remuée jusqu'au plus intime de son être, mais ces sentiments sont si profonds qu'elle ne peut les analyser.

A la piscine, les Dames de l'hospitalité, les Sœurs qui l'accompagnent s'empressent autour d'elle, ^®"'' Maximilien toujours immobile sur la planche. On la descendavec précaution, et au premier contact de leau, une douleur atroce lui déchire la jambe. C'est un éclair. Sa jambe se redresse, s'allonge sous les yeux de toutes les personnes qui l'entourent, elle se lève, elle s'habille, elle fait quehjucs pas, un calme absolu a succédé à cette violente secousse. Cette cruelle maladie a disparu comme un rêve. Ilyavaitungonlleio

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ment considérable du foie, il n'y a plus trace de tumeur; son tour de taille a diminué de 3o centimèlres. Le gonflement de la cuisse n'existe plus, il reste quelques traînées sur la trace des veines. La Sœur marche, mais la plante des pieds est sensible comme la paume de la main, et le contact du sol lui cause une impression douloureuse. C'est le dernier vestige de la maladie. L'appétit, le sommeil, toutes les fonctions ont repris leur cours normal.

Au sortir de la piscine, la Sœur revient à la grotte.

« Quelle prière, lui dis-je, avez-vous faite à ce moment-là?

— Aucune prière ne pouvait monter jusqu'à mes lèvres, j'étais abîmée dans un sentiment de reconnaissance, sentiment d'une douceur infinie; je n'étais plus sur la terre, j'aurais voulu rester toujours aux pieds de la sainte Vierge. »

Pendant toute la semaine, la Sœur a été l'objet de la curiosité des nombreux pèlerins qui se trouvaient à Lourdes.

Un médecin espagnol a fait le récit de cette guérison à ses compatriotes. Plusieurs médecins ont interrogé la Sœur avec le plus grand intérêt. Ce qui frappe chez elle, c'est sa simplicité, son calme; sur sa pliysionomie on ne trouve pas la trace de cette commotion profonde quia dû ébranler tout son être.

La rapidité de la guérison est bien remarquable : la Sœur est couchée depuis cinq ans, elle part de Marseille le dimanche soir à 7 heures, et le lundi, à 4 heures du soir, en entrant dans la piscine de Lourdes, elle retrouve, sans transition, sans convalescence, une santé parfaite.

Sonmédecin, quenous avonsconsulté pardépêche, nous envoie un certificat que nous allons transcrire et qui confirme absolument nos premières impressions :

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La Sjeur Maximilien est alitée depuis cinq ans, pour une aflection abdominale, tumeur kystique du foie (énorme), dure, occupant toute la cavité péritonéale. Elle a eu à plusieurs reprises des vomiques d'hydatides parfaitement caractérisées.

Il y avait même lieu de se poser la question s'il n'existait pas quelque production néoplasique, mais tout cela était tellement obscur qu'il était dillicile de porter un diagnostic certain. Le diagnostic de tumeur kystique du foie peut être porté d'une façon sûre.

Cette affection s'est compliquée d'une phlébite de la jambe gauche qui occasionnait à la malade des douleurs intolérables. Cette jambe était considérablement enflée et ne permettait pas à cette pauvre religieuse de se lever de son lit.

Tels sont les renseignements que je puis fournir sur cette malade que j'ai toujours considérée comme incurable.

Marseille, le 21 mai 1901.

D"" Rampal.

En rentrant à Marseille, la Sœur retrouvait les employés du chemin de fer qui l'avaient portée dans le train ; ils ne la reconnurent pas. A la gare tous les amis des religieuses sont venus au-devant d'elle, ils étaient nombreux! Les Sœurs de l'Espérance ont fondé à Marseille l'Œuvre des malades pauvres: avec le concours de cinq ou six cents dames, elles visitent plus de quinze cents familles. Les médecins ne furent pas les moins empressés à revoir leur malade qu'ils désespéraient de guérir. L'émotion que la Sœur soulevait partout ici, sur son passage s'est continuée longtemps encore, et les Magnificat de Lourdes ont été répercutés par les échos de Notre-Dame de la Garde.

Un second certificat du D"" Rampai, de Marseille, ne laisse aucun doute sur le caractère surnaturel de laguérison deSœurMaximilien.obtenueleaomai 1901.

Le docteur débute par cette profession de foi :

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Il est des circonstances dans la vie où les plus incrédules sont obliges de s'incliner devant l'évidence des faits. Cette maxime trouve son application dans l'observation qui nous est fournie par la guérison coniplète et miraculeuse de Sœur Maxiniilien.

Après èlre entré dans tous les détails de cette longue maladie, le docteurraconte le départ pour Lourdes et le retour de la Sœur.

C'est à ce moment que la religieuse me demanda l'autorisation d'être transportée à Lourdes, et je ne dus me décider à accorder cette permission que devant l'insistance de la malade.

Le départ eut lieu le 19 mai. La malade ne put être transportée à la gare que sur un brancard, et les personnes qui l'ont accompagnée m'ont rapporté qu'elle a enduré des souffrances considérables pendant son voyage de Marseille à Lourdes; les moindres secousses du chemin de fer provoquaient des douleurs intolérables et arrachaient des cris à notre infirme.

Je ne parlerai point ici du séjour à Lourdes ni de ce qui s'y est passé, mais ce que je suis obligé de relater, c'est son retour à Marseille, le 26 mai.

Le 27 mai, je fus appelé pour constater l'état dans lequel se trouvait la Sœur Maxiniilien à son retour de Lourdes.

Je fus introduit dans un salon où se tenait la Sœur, assise dans un fauteuil. A ma vue et à mon arrivée sur le seuil de la porte de l'appartement, la Sœur se lève seule et vient audevant de moi pour me serrer la main et me remercier. Après quelques instants d'entretien et un succinct interrogatoire, je manifeste le désir de procéder à un examen plus approfondi pour bien me rendre compte de l'événement. La Sœur se couche alors dans un lit, et je pus, dès lors, me rendre compte des faits suivants :

Le ventre n'est plus enflé; il n'est plus douloureux à la pression; la matité a disparu et fait place à une sonorité parfaite et normale; il y a de la souplesse dans le palper; en un mot toute trace de tumeur a disparu. Le tour de ceinture, qui mesurait, avant le départ pour Lourdes, i"\ i5, ne mesure plus que 90 centimètres. Tous les autres symptômes ont aussi fait place à une régularisation

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parfaite clans les ibnctions. Il n'y a pas de vomissements, plus (le constipation ; les fonctions sont rétablies. Au lieu qu'autrefois le lait était à peine toléré par l'estomac, aujourd'hui les aliments les plus indigestes sont bien digérés. 11 n'existe plus aucun désordre dans les battements du cœur.

La jami)e malade a repris sa souplesse; l'enflure a disparu; les mouvements sont revenus et sans douleur.

De ce qui précède, Je suis obligé de conclure et de proclamer, en toute conscience et sans parti pris, que la Sœur Maximilien, alitée depuis cinq ans, atteinte d'un kyste hydatique du foie et d'une phlébite de la jambe gauche, devait être considérée comme incurable, et qu'elle est revenue de Lourdes, le 2O mai i goi , complètement guérie.

En foi de quoi j'ai rédigé le présent rapport.

Marseille, le 29 mai 1001.

D' Rami'Al,

Rue (le la Gninde-Armée, i4.

Le D' Poussel, chirurgien des hôpitaux de Marseille, précise les conditions d'incurabilité de cette malade en déclarant qu'une opération lui paraissait être le seul moyen capable d'amener la guérison.

Des kystes suppures du foie qui évoluent depuis cinq ans, en usant peu à peu la résistance organique de la malade, qui se compliquent de phlébite grave, ne peuvent disparaître instantanément sans laisser aucune trace. Même avec l'opération, il fallait un temps 1res long pour la convalescence.

lOO L ŒUVRE DE LOURDES

SŒUR DE LiR GARDE

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