RELIGIEUSE DES PUISONS DE MONTPELLIER GLÉKIE LE 23 JUILLET I90I
Pendant le pèlerinage de Cette, nous avons eu l'occasion de revoir une de nos « miraculées » les plus intéressantes, Sœur de la Garde, de la congrégation des Sœurs de Marie-Joseph, qui sont chargées du service des prisons.
Sœur de la Garde, de la Solitude de Nazareth, à Montpellier, était venue à Lourdes, au mois de juillet 1901, atteinte d'une arthrite chronique du genou datant de deux ans. Un groupe de dix jeunes filles l'accompagnait. Deux d'entre elles, sur le point de rentrer dans le monde, avaient fait le sacrifice de leur liberté, et promis de rester, leur vie entière, dans la communauté, pour obtenir le rétablissement de leur chère maîtresse. Une troisième, entîn, Marie- Alhanasie, âgée de près de vingt-cinq ans, avait généreusement offert sa vie pour la guérison de Sœur de la Garde. Nous avons dit, dans le Journal de la Grotte du i^ novembre dernier, la lutte héroïque et admirable qui s'engagea à ce sujet entre ces deux âmes généreuses, la Sœur ne voulant pas accepter ce] sacrifice, l'enfant ne voulant pas céder.
Sœur de la Garde fut subitement guérie, le mardi 23 juillet 1901, au moment de la procession du très Saint-Sacrement. Dès le lendemain, Marie-Athanasicj ressentait les premières atteintes du mal qui devait, entraîner sa mort. La jeune et magnanime victime mourut le i6 octobre, après avoir plusieurs fois répété à Sœur de la Garde, qui se tenait à son chevet : « Ne pleurez pas, ma Sœur; moi, je suis contente, je n'ai pas de regrets; ce que j'ai fait, je le referais encore! Mon sacrifice s'achève petit à petit: ce sera bientôt
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fini, quel bonheur ! Pour vous, ma Sœur, vous devez rester ici-bas : je demanderai au bon Dieu de bénir votre mission ; il faut que vous lui donniez des âmes ! »
Depuis lors, la santé de Sœur de la Garde n'a cessé de se fortifier ; aussi la bonne religieuse, profitant du pèlerinage de Cette, est-elle venue, ces jours-ci, en action de grâces, avec sa supérieure et deux de ses compagnes; treize jeunes filles les accompagnaient. Parmi ces jeunes filles se trouvait la sœur de Marie Athanasie, qui avait offert généreusement sa vie pour la guérison de Sœur de la Garde. A son lit de mort, l'héroïque enfant avait fait promettre à sa sœur de venir remercier la sainte Vierge d'avoir accepté son sacritice. Fidèle à sa promesse, la jeune tille est venue remplir sa mission et rendre grâces de la faveur insigne faite par Notre-Dame de Lourdes à sa famille. En nous racontant les derniers moments de sa sœur, ses recommandations, ses adieux, les larmes venaient mouiller ses yeux, mais à travers ses larmes, un éclair brillait, une joie surnaturelle se lisait dans son regard : mélange de regrets naturels et d'espérances sans limites.
Nous félicitons Sœur de la Garde et ses compagnes des transformations, des conversions étonnantes qu'elles opèrent dans un grand nombre d'àmes qui, sans elles, se perdraient irrémédiablement; la bonne religieuse nous répondit qu'avec le secours de Dieu et la protection visible et très efficace de la très sainte Vierge, il n'était pas étonnant qu'elles vinssent à bout des natures les plus rebelles et des àraes les plus dégradées. Et comme preuve de ce qu'elles venaient d'avancer, les humbles Sœurs de Marie-Joseph nous racontèrent la vie et la conversion d'une femme, morte il y a quelques années, dans leur maison de Montpellier, et qui avait joué le premier rôle dans le drame sanglant de la Commune.
La Commune. — Les otages Assassinat de Mgr l'Archevêque de Paris, du R. P. Olivaint
Ce récit, dont plusieurs détails sont complètement inédits, mérite d'être publié ; il aura un intérêt, un charme tout particulier pour les serviteurs de Notre- Dame de Lourdes. Toujours heureux d'admirer les voies admirables par lesquelles la divine Mère de Dieu et des hommes procure le salut des âmes, ils éprouveront une douce joie à la pensés qu'au milieu des plus g-rands dangers, la Vierge immaculée entourait, d'une protection maternelle, deux prêtres qu'elle destinait à être les gardiens de son sanctuaire de prédilection.
Pour bien définir la mission des Sœurs de Marie- Joseph, nous ne pouvons mieux faire que de citer les lignes suivantes de Taine :
« A Paris, dit-il, dans les deux salles de la préfecture de police, où les filles et les voleuses arrêtées restent un ou deux jours en dépôt provisoire, les religieuses de Marie-Joseph, condamnées par leurs vœux à vivre dans cet égout toujours coulant de boue humaine, sentent parfois leur cœur défaillir ; maison leur a ménagé dans un coin une petite chapelle, elles y vont prier, et, au bout d'un quart d'heure, elles ont refait leur provision de courage et de douceur. Par-dessus la pitié naturelle, voilà le poids surajouté! qui fixe la volonté instable et maintient à demeure} l'àme dans l'abnégation. »
Taine a raison de comprendre que les forces humaines seraient impuissantes à maintenir ces reli^ gieuses à la hauteur d'une pareille tâche.
A Montpellier, les Sœurs de Marie-Joseph dirigent la maison centrale, la maison de correction, un orphelinat, un ouvroir: elles ont auprès d'elles quatre-
LES TROIS RELIGIEUSES
vingt-dix-huit filles de Marie. Ces filles de Marie sont de vraies religieuses par l'esprit qui les anime, par leur détacliement absolu. Elles«e recrutent, pour une part, parmi les libérées des maisons centrales ou de correction : jeunes filles ou femmes que la grâce a touchées, qui ont retrouvé la foi au contact des religieuses, àmesblessées qui se réfugient dans ces asiles pour échapper aux dangers du monde.
Or, au lendemain de la Commune, deux cents f e m m e s f u r e n t arrêtées et placées dans les maisons centrales, où quelques-unes, à l'expiration de leur peine, sontrestées parmi les enfants de Marie, et ont étonné leurs compagnes par leur piété et leur mortification. Tel fut le cas de L. G..., dont Sœur de la Garde et ses compagnes nous ont raconté la conversion, due, sans aucun doute, à l'amour qu'elle n'avait jamais cessé de professer, même au milieu de ses égarements, pour la très sainte Vierge Marie.
L. G..., — nous ont dit ces bonnes religieuses, — avait trente-trois ans au moment de la Commune.
Sœur de la Garde
i54 l'œuvre de loukdes
Grande, forte, énergique, son regard, habituellement dur, s'animait parfois d'étranges lueurs. Après avoir connu tous les écarts, elle s'était lancée dans le mouvement politique ; très liée avec Garibaldi, elle occupait un grade élevé dans la maçonnerie et vivait, en dernier lieu, avec un otTicier supérieur : c'était là, sans doute, qu'elle avait pris le goût des armes. Sous la Commune, elle portait le costume de capitaine avec une ceinture rouge. On la connaissait sous le nom de capitaine Pigerre. Elle rôdait, avec sa compagnie, autour des prisons, attendant le moment de l'exécution. Elle avait établi une double garde autour de l'archevêché. Quelques femmes, dont elle était sûre, devaient surveiller les fédérés et les empêcher de faiblir. Là étaient deux otages particulièrement précieux, qui devaient devenir, tous les deux, évêques de Tarbes : M. l'abbé Jourdan, vicaire général, et M. l'abbé Schœpfer, secrétaire particulier de l'archevêque, à peine âgé de vingt-sept ans.
Pigerre dit un jour à l'archevêque, dans sa prison : « Nous tenons tes secrétaires ; ils sont bien gardés ; ils ne nous échapperont pas ! » — Et, de fait, lorsque M. l'abbé Schœpfer fut libéré provisoirement, pour une irrégularité de forme (son nom ne figurait pas sur la feuille d'écrou), il eut à peine le temps de se réfugier chez des amis. On le prévint aussitôt que l'on était sur sa trace et qu'on allait l'arrêter de nouveau. Il dut partir sur la voiture du blanchisseur de la maison, et traversa Paris en s'arrêtant à la porte de tous les clients de son conducteur. On ne peut entendre le récit de celte histoire vécue, sans ressentir une émotion profonde; on admire l'énergie de ce jeune prêtre, que rien ne déconcerte, et on surprend autour de lui l'action d'une main providentielle qui le soutient et le conduit.
A son geôlierqui, le poing sur la figure, lui annonce
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que, le lendemain, on décidera de son sort, il répond froidement qu'il ne lui arrivera que ce que Dieu voudra. Il circule en soutane dans les rues de Paris, alors que personne n'ose s'aventurer dehors, et, plus lard, sur la voiture qui l'emporte, il va d'une barrière à l'autre, arrêté, relâché, toujours menacé : son courage ne faiblit pas un instant ; il sort sain et sauf d'un des épisodes les plus dangereux de ces tristes jours.
Lorsque Mgr Darboy fut conduit à la Conciergerie, personne ne voulut le fouiller, ce que l'on faisait pour tous les prisonniers ; l'archevêque, mettant alors la main dans sa poche et sortant quelques pièces de monnaie : « C'est tout ce que j'ai, dit-il, donnez-le aux pauvres prêtres qui sont ici. » Là devaient s'arrêler les égards que l'on eut pour lui.
Le capitaine Pigerre se trouvait, le 24 mai, avec le peloton qui fusilla Mgr Darboy. Après la troisième décharge, comme il respirait encore, Pigerre s'approche, le renverse et l'achève à coups de crosse sur la tête. Puis elle piétine son cadavre.
Quatre ou cinq jours après, quand on rapporta le corps de l'archevêque, on fut étonné de trouver sa ligure tuméfiée, meurtrie, méconnaissable, alors qu'aucune balle n'avait atteint la tête : tous les coups avaient porté au cœur, à la poitrine. C'étaient les traces des contusions faites par Pigerre.
Le 26 mai, Pigerre commandait le feu sur le Père Olivaint ; ce fut elle qui voulut tirer la première sur lui. A ce moment, le Père Olivaint, qui conservait tout son calme, reconnaissant une femme sous le costume de capitaine, lui adressa ces paroles : « Madame, ce coslume ne vous sied pas ! »
Plus lard, lorsqu'on prononçait devant elle le nom de Mgr Darboy ou du P. Olivaint, une contraction violente se produisait dans tout son être ; elle ne
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pouvait dissimuler l'impression pénible qu'elle ressentait. Cette malheureuse femme a reconnu qu'elle avait tué, à elle seule, treize prêtres. Les jésuites surtout lui inspiraient une haine si vive qu'elle aurait voulu les exterminer tous.
Prise sur les barricades, les armes à la main, elle fut condamnée à mort. La supérieure de Saint-Lazare obtint un sursis ; ce sursis lui sauva la vie, elle fut internée à Saint-Lazare : ce fut le salut pour elle. La supérieure fit le siège de celte nature dévoyée. — « Je veux votre âme, lui disait-elle souvent, et je l'aurai. »
A l'expiration de sa peine, L. G... resta parmi les filles de Marie. Alors commença pour elle cette vie de mortification, de pénitence, de sacrifices de tout genre, qui dura dix-huit ou vingt ans, et qui devait racheter ses crimes.
Les religieuses ont reçu la confidence des luttes terribles qu'elle eut à soutenir. Quoi qu'il en soit, sa transformation fut complète ; sa charité, sa douceur, étaient inaltérables ; jamais elle ne prononçait un mol de plainte ou de critique ; son plus grand bonheur était d'assister les mourants. Dans ses moments d'épreuve, son meilleur remède était d'aller prier sur le tombeau du P. Oliyaint : « C'est là qu'elle fut guérie, disent les Sœurs, d'une plaie qu'elle avait à la jambe et qui la faisait beaucoup souffrir. »
Dans la retraite qui décida de sa conversion, elle n'avait, dans sa cellule de Saint-Lazare, qu'un recueil de sermons prêches par le P. Olivaint. Elle fut tellement touchée par cette lecture, qu'elle dit à la supérieure : « Se peut-il que cette Compagnie de saints religieux, dont je ne pouvais entendre prononcer le nom sans éprouver une espèce de rage, soit aujourd'hui pour une aussi grande part dans mon retour à Dieu ! »
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C'est à Montpellier, à la solitude de Nazareth, dirigée par les religieuses de Marie-Joseph, queL.G... (l'ancien capitaine Pigerre) passa ses dernières années. A son lit de mort, on lui demandait si elle avait des craintes sur son passé ; elle répondit : « Je me suis jetée tout entière dans les bras de la miséricorde du bon Dieu! Que puis-je avoir à redouter? »
Si l'on veut connaître le secret de sa conversion, il faut se rappeler qu'elle avait conservé une vraie dévotion envers la sainte Vierge et qu'elle était charitable pour les malheureux.
Pendant les premiers égarements de sa jeunesse, elle traversait un jour une rue de Lyon, au bas de la colline de Fourvières, quand elle entendit un jeune homme qui blasphémait en parlant de la sainte Vierge. Elle se retourna et lui appliqua un soufflet. C'est vers cette époque aussi, en i858, qu'elle rendit visite au curé d'Ars, et celui-ci, en la voyant, lui aurait dit : « Vous, votre heure n'est pas encore venue... malheur à vous, vous ferez beaucoup de mal, mais le bon Dieu, dans sa miséricorde, aura pitié de vous ; vous vous convertirez grâce à cette dévotion que vous conservez pour sa divine Mère. »
Nous tenons tous les détails qui précèdent des religieuses de Marie-Joseph et d'une compagne de Marie Gimet, qui partagea son repentir après avoir fait plusieurs séjours dans les maisons de correction.
Quand on voit les Sœurs de Marie-Joseph dompter ainsi les natures les plus rebelles, éclairer ces âmes déchues des plus purs rayons de la grâce, on comprend l'action puissante que les religieux et les reli-
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gieuscs peuvent exercer autour d'eux, on comprend surtout qu'ils doivent avoir une influence plus salutaire sur les ànies que le souille du mal n'a pas altérées, et qui sont prêtes à recevoir les plus généreuses inspirations.
Nous avons dit que les deux otages de l'archevêché étaient M. l'abbé Jourdan et M. l'abbé Schœpfer, qui devaient devenir tous deux évêques de ïarbes à dix et trente ans de distance. M. l'abbé Jourdan put sortir de la Conciergerie en flammes, comme l'abbé Schœpfer était sorti de Paris gardé par les fédérés. Au milieu des convulsions les plus violentes de la révolution, Notre-Dame de Lourdes choisissait ses représentants les plus augustes, les couvrait de sa maternelle protection et continuait à tracer dans un lointain avenir les grandes lignes de son œuvre préférée. Nous n'aurions pas compris que dans ce péril extrême elle nous eût abandonnés.
Mais ces deux otages, objets de ses prédilections, devaient être les témoins de sa sollicitude constante; ces deux pontifes de son choix devaient nous apporter la preuve que jamais son regard ne s'était détourné de nous.
Grandes leçons! inaperçues tout d'abord, mais qui se dégagent aujourd'hui, bien visibles, des plus mauvais jours de notre histoire.
Dans la Vie du P. Olivaint, par M™e de Gliàtillon, nous lisons : « Le 2 octobre 1871, près la fosse béante de la rue Haxo, une femme était agenouillée, écrasée sous le poids d'une immense douleur; au nom du P. Olivaint que je prononçais devant elle, cette femme ne me laissa pas achever, je crus qu'elles allait se jeter sur moi, puis se prosternant à mes genoux : « Madame, de grâce, veuillez m'écouter. J'étais « là quand on les a tués; j'étais du nombre des assas- « sins.
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«Je reconnus le P. Olivaint, je ne saurais vous dire « toutes les lorturesquej'ai éprouvées. En apercevant « le P. Olivaint, je fus comme foudroyée: il y a quinze c( ans, il m'avait arrachée à une vie coupable mais « j'étais retombée dans la perdition. C'est un des « chefs de cette fatale insurrection qui m'avait entrai- « née à sa suite... »
« Nous ne savons pas si nous devons reconnaître en cette femme le capitaine Pigerre. Ce qu'il y a de certain, c'est que pendant son séjour au milieu des Sœurs de Marie-Joseph, Louise Pigerre a raconté bien souvent le rôle qu'elle avait joué dans ce triste drame. C'est elle qui a tiré la première sur le P. Olivaint, et le saint religieux est tombé sous le coup de son revolver.
« Nous ne savons si elle est allée prier sur le lieu du massacre, mais elle est venue plusieurs fois s'agenouiller sur sa tombe dans la chapelle de la rue de Sèvres. »
SŒUH CELESTE
OBLATE DE l'aSSOMPTION DE BORDEAUX
On avait porté cette religieuse à Lourdes dans un panier d'osier. Elle était si faible qu'elle ne pouvait soutenir sa tête. Un médecin appelé la veille du départ déclare qu'elle ne supportera pas le voyage et qu'il faut d'abord l'opérer pour empêcher une nouvelle hémorragie de se produire. Au retour le même médecin refuse de constater la guérison de la Sœur.
Sœur Marie-Céleste, de la maison de Bordeaux, était
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atteinte d'un fibrome inopérable à cause de ses adhérences. Elle était alitée depuis un an et ne supportait aucun aliment solide. Dans les derniers trois mois, l'absorption d'une tasse de lait durait vingtquatre heures. Pour faire son lit, une fois par semaine, l'effort de la glisser d'un lit à un autre la taisait évanouir. Elle reçut l'extrème-onction, il y a quelques semaines, et, tout en lui promettant de l'envoyer à Lourdes, sa supérieure n'osait espérer la voir atteindre cette époque. Elle y fut cependant transportée sur un brancard. Pour l'encourager, sa supérieure lui avait remis un billet où étaient écrits ces mots : Guérie. Deo grattas, en lui disant :
« Quand vous serez guérie, vous m'enverrez cette dépèche. »
Au moment du départ, elle s'évanouit, mais serra entre ses mains la dépèche qu'elle garda toujours. A l'hôpital des Sept-Douleurs, on la voyait si mal qu'on ne la quittait ni nuit ni jour. On l'a portée deux fois aux piscines d'où on la retirait suffocante et cadavéreuse, sans aucun résultat. Le troisième jour, octave de l'Assomption, elle a été si mal, dans la nuit, qu'on n'a plus voulu la recevoir aux piscines, et, après instance inutile des brancardiers, on la porta à la grotte où elle suppliait la Vierge Marie à haute voix: elle devait délirer un peu, car elle disait, sans que cela eût de l'intérêt pour personne :
« Ma Mère m'a recommandé de porter la dépêche] moi-même, et voici que je meurs! »
Elle était prise, en effet, d'un froid tel qu'elle m sentait plus son propre corps jusqu'à la hauteur duj cœur. En même temps, elle a été envahie d'un subit] désir d'être plongée dans lapiscine, au point qu'ellej suppliait, en pleurant, qu'on l'y portât.
« Vite! vite! »
Un prêtre de Bordeaux, qui la suivait et la protégeait!
LES TROIS RELIGIEUSES
sans se lasser, obtint des brancardiers par des instances de la conduire aux piscines malgré le double refus. C'en fut un troisième qui les accueillit ; mais elle ne cessait d'implorer :
« Vite! vite! »
On alla quérir le |directeur des piscines qui donna
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Arrivée de Sœur Céleste à Lourdes
l'ordre de la baigner de suite avant la foule des autres malades qui attendaient. Son aspect était celui d'une agonisante.
M. Piou, la voyant, dit tout haut :
« C'est delà folie! elle restera dans la piscine. »
Un autre spectateur dont on ne sait pas le nom, mais que l'on voyait assidu près de son brancard depuis trois jours, déclara :
« Si celle-ci guérit, je croirai. »
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A peine dans Teau qui lui sembla chaude, tant son Xîorps était glacé, elle sentit une douleur extrême la traversant comme un coup de flèche, pas plus durable qu'un éclair, à peine le temps de dire :
« Je meurs. »
Puis survint un bien-être inconnu qui faisait de la piscine un lieu de délices, mais déjà on la retirait.
« Attendez, dit-elle aux Petites-Sœurs, je puis me lever. »
Et elle monta seule les marches, alla au vestiaire sans appui, s'habilla toute seule et dit :
« Donnez-moi quelque chose à manger, j'ai si faim! »
On n'avait sous la main qu'une pastille de chocolat, mais on se procura bientôt un énorme bol de vermicelle qu'elle dévora. Puis, elle sortit sans aide de la piscine, pour aller à la grotte. En voyant ce cadavre debout et marchant, ce fut un vrai enthousiasme, des cris, des pleurs, de la stupeur.
La foule se jetait sur elle pour baiser ses mains et ses vêtements, de telle sorte que les brancardiers et les prêtres l'ont enlevée et portée à la grotte où elle a longtemps prié à genoux, anéantie sous les cris d'admiration pour Marie et les échos d'un Magnificat immense. Un pèlerin, s'approchant d'elle, lui mit entre les mains un cierge colossal, voulant lui fournir les moyens de témoigner sa reconnaissance, à elle qui n'avait que ses larmes; malgré son grand poids, elle put l'allumer et le mettre au chandelier.
Puis on vint la prendre pour la conduire au Bureau des Constatations. Elle s'y rendit à pied, entourée d'une haie de protecteurs contre la foule enthousiaste. Là, elle subit un long interrogatoire devant une vingtaine de médecins, ensuite un examen privé du T>^ Boissarie. Il aurait voulu un examen plus intime, mais elle répondit :
LES TROIS RELIGIEUSES
« J'ai préféré mourir que de me soumettre à cette opération (on lui avait laissé ignorer qu'elle était inopérable), ce n'est pas maintenant que j'y consentirai. »
Sans insister, il dit :
« C'est bien! mais comme je dois répondre devant tous les docteurs et autres incrédules de votre guérT son, il faut que je le puisse eu conscience. Laissez-moi au moins faire l'auscultation. »
C'est ce qu'il fit, pétrissant, frappant les entrailles, les tenant entre ses mains comme s'il eut voulu les arracher ou les enfoncer, puis il dit :
tf Ma Sœur, je puis répondre que vous êtes guérie. »
Elle n'avait, en effet, presque rien senti, elle qu'on ne pouvait pas toucher et qui ne supportait son drap qu'avec précaution. Après cela chaque docteur l'a interrogée à loisir, a lu ses papiers; et d'un commun accord, on a déclaré que c'était une des plus belles guérisons, que c'était bien une des plus belles grâces de Celle qui charme le paradis que d'avoir voulu ainsi, en ce temps troublé, se manifester sur une oblate (le l'Assomption, le jour de l'octave de cette fête. De là elle a été reconduite à l'hôpital où tous les malades de chaque lit lui criaient naïvement :
« Ma Sœur, venez me toucher, venez ser, et priez pour nous. »
Sœur Céleste après sa guérison
m'embras-
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Elle a fait le tour de tous les lits. Il y eut là les scènes les plus touchantes. La Sœur eut ensuite une grande faim. On lui servit un bifteck qu'elle mangea d'un appétit formidable, puis elle demanda à quitter l'hôpital dont elle n'avait plus besoin. Elle revint ici à 4 heures du matin où, malgré cette heure peu propice aux manifestations, une foule nombreuse avertie par les journaux, attendait pour proclamer celle sur laquelle la divine et toute-puissante miséricorde s'était manifestée.
Malgré la nuit passée en chemin de fer et les fatigues précédentes, elle put assister à genoux aux deux messes d'actions de grâces qui furent célébrées à Notre-Dame de la Consolation. Depuis, elle se lève à l'heure de la communauté, fait son lit, sa cellule et mange quatre bons repas par jour sans se faire prier. Aux promenades de récréations, elle se fatigue moins vite que les autres, et, n'était sa pâleur qui reste comme un témoignage de la merveille qui subsistera sans doute jusqu'à ce qu'elle se soit refait un peu de sang, nul ne pourrait se douterqu'elleeiil été malade.
Avec la grâce de la guérison, la très sainte Vierge à donné à Sœur Céleste les grâces spirituelles nécessaires pour porter un tel bienfait; elle lui a accordé la simplicité et l'humilité si justement dues dans un fait où nous n'avons d'autre rôle que notre extrême indigence et notre pauvreté.
S"" Ange LE, des Oblates de V Assomption.
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97, UUE DE GHEXELLE, PAUIS, GUÉHIE d'lN CANCEU
iM""e de la Doilière avait un cancer reconnu par plusieurs médecins, cancer à sa dernière période et qui se révélait par des signes extérieurs. Elle fut guérie le 21 août, à son arrivée, à son premier bain de piscine.
La guérison du cancer présente toujours un très grand intérêt; il s'agit, en elFet, d'une affection incurable qui résiste à tous les efforts de la médecine, se reproduit après les opérations et qui, dans les dernières périodes, menace la vie d'une façon très prochaine.
L'iiistoire de la famille de la Doilière est une odyssée des plus mouvementée. Originaires de l'Anjou, ils vivaient modestement sur leurs terres, lorsque poussés par l'ambition, par les conseils d'un ami, ils se décident à vendre leur propriété, à quitter la province pour venir à Paris, à confier leurs capitaux à des sociétés financières qui devaient les faire prospérer et qui les engloutirent en très peu de temps.
Ils ont perdu, disent-ils, des sommes très importantes dans r Union générale, et le reste a rapidement suivi. Après avoir perdu leur fortune, ils ont perdu leurs enfants. Ils en avaient sept, il en est mort quatre : une fille ainée à dix-sept ans, trois fils à quatorze, onze et sept ans. Il leur restait deux filles, une de dix-neuf ans, institutrice en Pologne, la plus jeune âgée de treize ans, encore en pension.
Après la ruine, la maladie.
Enfin, est venu le tour de la mère. Il y a quatre ans, M'"e de la Doilière fut prise d'hémorragies
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abondantes, elle perdit rapidement ses forces. Bientôt elle ne put sortir que le dimanche pour aller à la messe.
Toute la famille eul recours à Notre-Dame de Lourdes, et après plusieurs ferventes neuvaines le mal parut enrayé.
Cette amélioration fut de courte durée. Vers la fin de 1899, les douleurs devinrent tellement violentes qu'il fallut se résigner à garder presque continuellement le lit.
On appelle le médecin du Bureau de bienfaisance qui constate un cancer intérieur. Deux autres médecins se prononcent dans le même sens. Une opération parait indiquée, on propose à la malade de la faire entrer à l'hôpital pour subir cette opération. Mme de la Doilière refuse. M^e de P. S..., qui s'intéressait beaucoup à la malade, lui envoie son médecin, le Dr Bonamy, chirurgien en chef de l'hôpital Gouin. Ce dernier délivre un certificat dans lequel il conclut dans le même sens que ses confrères :
Je soussigné, chirurgien de l'hôpital Gouin, certifie que M""' de la Doilière, que j'ai examinée, est atteinte d'un cancer utérin, affection chronique qui l'empêche complètement de travailler et vaquer à ses occupations.
11 mai 19U0.
D"^ Bonamy.
Nous avons vu dernièrement à Paris le D^ Bonamy, il nous a fait la déclaration suivante :
« Devant le jugement déjà porté par mes confrères, nous dit-il, avec les signes que je constatais, je n'ai pas hésité à confirmer le diagnostic de cancer. Je trouvais les tissus hypertrophiés, durs, bosselés, avec des altérations et des hémorragies symptomatiques. Il y avait des poussées du côté du péritoine,
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avec ballonnement considérable. Enfin l'état général était des plus mauvais, une cachexie véritable venait compléter le tableau. Dans ces conditions le diagnostic ne me parut pas douteux. »
j\Irae de la Doilière gardait le lit depuis de longs mois lorsqu'elle partit pour Lourdes, elle ne prenait plus que des aliments liquides, il fallait lui mettre des cerceaux pour soutenir ses draps, car la plus petite pression était insupportable. On lui portait la sainte communion tous les quinze jours.
Les Dames de charité, les voisins, quelques amis la visitaient, mais les meilleures consolations lui étaient apportées par une jeune fille, une ouvrière, qu'une religieuse de Saint-Thomas de Villeneuve lui avait envoyée. Cette jeune fille avait été guérie dans un pèlerinage d'une albuminurie, et c'était avec une conviction entraînante qu'elle parlait de Lourdes et de ses miracles. Elle avait apporté une image de la grotte, et devant cette image on faisait des neuvaines ininterrompues.
La dévotion à la sainte Vierge était du reste en honneur dans la famille, le mari et la femme faisaient déjà partie, avant leur mariage, du Rosaire perpétuel. C'était le P. Bourard, dominicain, otage de la Commune, qui avait reçu la mère.
Le Pèlerinage
M. le curé de la paroisse visitait souvent la malade. Il voulut bien apostiller sa demande pour faire partie du pèlerinage national, et, dans le dossier de M™^ de la Doilière, nous lisions ces mots de M. l'abbé Gardey :
« Je prends la liberté de recommander à la bienveillance du comité ma paroissienne, aussi méritante qu'elle est sérieusement malade. »
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M™« de la Doilière partit le i8 août, par le train blanc.
Le voyage fat très pénible, des douleurs incessantes épuisèrent absolument la pauvre malade qui était couchée sur un matelas, la tète soutenue par deux oreillers. Elle arrive à Lourdes le 21 à 6 heures du matin. On la porte à la grotte sous une pluie battante. Elle est à jeun, elle reçoit la communion sur son brancard. Elle reste devant la grotte près de deux heures, vers 8 heures on la porte à la piscine.
Dans l'eau elle éprouve des douleurs violentes dans toute la région malade, mais à peine sortie de l'eau, le calme se fait. L'enflure qui l'empêchait de se mouvoir et de se courber a complètement disparu. Il n'y a plus d'hémorragie, de suppuration, alors que pendant le voyage sept serviettes n'avaient pas suffi à étancher la suppuration de la plaie. Elle mesurait i™ iD de tour de taille, elle ne mesure plus que 65 centimètres.
Après la piscine, M«i« de la Doilière vient à pied à la grotte, soutenue par deux personnes, elle reste assise plus d'une heure sur un banc : il y avait six mois qu'elle ne pouvait rester même quelques instants dans un fauteuil. Entin elle laisse son brancard et rentre à l'hôpital dans une petite voiture.
A partir de ce moment, sa guérison paraît complète. Elle mange avec appétit tout ce qu'on lui donne, il y avait plus d'un an qu'elle n'avait fait un repas aussi copieux; le soir elle suivait la procession de la grotte au Rosaire, et le lendemain elle assistait à la messe de minuit, faisait la sainte communion et restait pendant toute la cérémonie assise sur les marches d'un autel.
J'ai vu jVW de la Doilière dans le Bureau des Constatations^ le 22 aoiit. Je l'ai longtemps interrogée
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sans être influencé par une impression antérieure, je ne la connaissais pas. Nous n'avions pu l'examiner avant, puisqu'elle s'était rendue directement du train à la grotte et qu'elle avait été guérie à son premier bain de piscine. Sa physionomie bien vivante, la vivacité de sa parole nous montraient que le retour des forces étaient déjà bien sensible. Il n'y avait plus de gonflement, de douleur, mais à l'examen nous trouvions encore la dureté, les ulcérations, les bosselures de l'organe, toutes ces lésions qui avaient fait reconnaître le cancer.
Huit jours après, lorsque le D' Bonamy revit sa malade, il fut frappé des bonnes conditions de l'état général, mais il constata comme nous que les lésions étaient encore visibles et restaient comme un témoignage irrécusable de la maladie qui disparaissait.
Dans le certificat ({u'il délivrait, il faisait bien ressortir cette opposition entre les lésions et la maladie.
Je soussigné, ancien interne des hôpitaux, chirurgien de l'hôpital Gouin, certifie avoir visité aujourd'hui M"^^ de la Doilière, habitant 97, rue de Grenelle, âgée de cinquantequatre ans, et avoir constaté que son état général s'était grandement amélioré, que les forces, qui avaient totalement disparu, étaient revenues et, qu'en nicme temps, les douleurs abdominales avaient totalement disparu, ainsi que les métrorragies dont était atteinte la patiente, mais que l'examen local laisse toujours sentir une induration et ulcération de la muqueuse cervicale.
Paris, ce 1" septembre 1900.
D"^ Bonamy.
Mais la lésion devait disparaître à son tour. Lorsque j'ai revu M"i« de la Doilière, à Paris, je n'ai plus trouvé trace de tous ces désordres. L'organe avait repris son volume, sa consistance, tout était
dans les conditions normales. Il ne serait jamais venu à la pensée de personne qu'il y avait eu là des lésions aussi graves et qu'un cancer avait évolué sur un organe aussi complètement sain.
La preuve était surabondante; plusieurs médecins avaient porté le diagnostic de cancer pendant la maladie; après laguérison, les lésions qui subsistaient encore pendant quelques jours permettaient de justifier ce diagnostic, alors que cette modification si brusque dans l'état général devait incliner ces mêmes médecins à modifier leur premier avis. La guérison du cancer est toujours au-dessus des efîorts de la nature et l'instantanéité n'ajoute rien au caractère de sa guérison.
Au retour du pèlerinage, M^e de la Doilière donne son matelas à une autre malade et prend place parmi les plus valides.
Sa rentrée dans sa maison de la rue de Grenelle fut un vrai triomphe. Au départ on l'avait descendue sur un fauteuil. C'était une mourante...
Tous les locataires se mettaient aux croisées pour voir cette pauvre femme qui ne devait pas revenir. Au retour elle montait les marches, alerte, gaie, on ne la reconnaissait pas. Tous les voisins venaient audevant d'elle pour avoir des détails.
Pendant ma première visite à M^^ de la Doilière, je retrouvai l'écho de toutes ces émotions. Un épicier voisin, celui qui avait descendu la malade dans son fauteuil, était là; il me racontait avec feu toutes les circonstances de ce départ qui ressemblait à une marche funèbre, toutes les joies du retour.
En écoutant cet homme, dans la force de l'âge, me décrire avec cet accent de conviction et de sincérité comment cette pauvre femme avait été miraculeusement guérie, je ne pus m'empêcher de lui témoigner ma surprise.
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« Vous avez donc une foi bien vive? » lui dis-je. Il sourit. — Je fais partie, me dit-il, de l'adoration de Montmartre. Une ou deux fois par mois, je passe la nuit devant le Saint-Sacremeiit : quand j'ai un moment de liberté, c'est une grande satisfaction pour moi de prendre ma garde de nuit.
— Mais avez-vous autour de vous quelques imitateurs?
— Nous sommes nombreux dans le quartier, me répondit-il; il y a des ouvriers, des menuisiers, d'autres négociants comme moi; un grand nombre de petits employés de chemin de fer, qui prennent sur leurs nuits le temps qu'on leur refuse le jour pour remplir leurs devoirs religieux. »
Cette révélation ouvrait devant moi tout un monde nouveau. La France chrétienne n'est donc pas touchée à sa racine et toute cette poussée d'athéisme qui fausse toutes nos notions n'est que l'écume qui vient à la surface, masque la limpidité du fond, mais que de nouveaux courants doivent dissiper et rejeter au loin.
La France a été taillée dans un cristal trop pur pour que le souffle de quelques mauvais jours puisse la ternir.
La guérison de M™« de la Doilière eut un grand retentissementparmi toutes lespersonnes qui l'avaient connue.
Mme de S... lui écrivait :
«En lisant la Croix, la semaine dernière, j'ai eu un mouvement de joie en voyant votre nom parmi les miraculés; c'est moi qui ai payé votre voyage, et en faisant la neuvaine, je pensais à vous sans vous connaître. Il y a longtemps que j'envoie un malade à Lourdes chaque année; c'est la première fois que je suis exaucée. Si vous ajoutez quelques détails sur votre famille et votre position, je les lirai avec intérêt.
Espérons que la sainte Vierge continuera à vous protéger, à vous envelopper de sa maternelle protection. »
Une malade atteinte de la même affection que Mme de la Doilière lui demande de l'accompagner à Lourdes le 8 décembre suivant. M"'e de la Doilière accepte avec reconnaissance. A la suite de ce voyage elle nous écrivait pour nous faire part de son émotion en venant, pour la première fois depuis sa guérison, s'agenouiller devant la grotte.
« Je ne puis vous dire ce que j'ai éprouvé! J'étais transportée d'amour et de reconnaissance en pensant qu'il y a trois mois, on m'apportait à cette place sur un grabat, mourante ; je ne pouvais alors articuler aucune prière; je regardais Notre-Dame de Lourdes, et je n'avais pas la force de lui rien demander. Mais le 8 décembre, quelle joie en retrouvant ma bonne Mère qui avait jeté sur moi un regard de pitié, m'avait rendu la santé! Nous l'aimions beaucoup avant, pourrons-nous l'aimer davantage? Nous lui avions consacré nos sept enfants, ils ont porté sa livrée jusqu'à sept ans. Nous en avons perdu cinq ; nous remercions toujours Dieu et sa divine Mère; Dieu avait ses vues; qui sait si, plus tard, ils auraient été de bons chrétiens? »
L'épreuve, loin de diminuer la foi de celte famille, semble la rendre plus vive. Ils ont perdu leur fortune, leurs enfants; ils ont connu la gène dans son extrême rigueur, la maladie les a éprouvés sous toutes ses formes. Une affection cruelle a conduit la mère aux portes du tombeau.
Mais un rayon du ciel est venu la ranimer dans la piscine de Lourdes, lui rendre la santé: alors ils oublient toutes leurs peines; un hymne de reconnaissance sans mélange s'échappe de leur cœur.
Cependant bien des soucis viennent encore assom-
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biir leur vie; ils touchent à la vieillesse, le lendemain n'est pas assuré. Qui donnera à leurs enfants un foyer, un abri, le pain de chaque jour? Ils ont confiance quand même.
« Marie, disent-ils, ne nous a jamais abandonnés au milieu de nos épreuves, et elles ont été nombreuses. Souvent nous avons été sur le point de nous décourager, mais Marie veillait sur nous; dans l'avenir elle ne nous abandonnera pas davantage. » Au milieu de toutes les incertitudes de l'heure présente ou du lendemain, leur foi reste inébranlable.
C'est l'avant-veille du jour de l'an que j'ai vu pour la dernière fois la famille La Doilière. En frappant à la porte j'entendais des éclats de rire joyeux, et je trouvais, entre le père et la mère, leur plus jeune Mlle âgée de treize ans qui venait passer ses vacances avec ses parents. Pour la première fois depuis longtemps, la maladie n'était pas assise au foyer; la mère était debout, souriante, la jeune fille se laissait aller à tous les élans de son jeune cœur.
<i L'année dernière, me disait cette chère enfant, mu mère était au lit, le moindre bruit la fatiguait; aujourd'hui elle est bien guérie, elle pourra sortir, m'accompagner. » Et le regard de la mère allait de son enfant à la Vierge de Lourdes et semblait lui (lire encore : « Vous ne nous avez jamais abandonnés, notre confiance reste toujours inébranlable; nous remettons entre vos mains notre avenir et celui de nos enfants. »