CHAPITRE IX
LA. CONVERSION d'uN MEDECIN PROTESTANT '
Il y a quelques années, un jeune docteur américain faisait sa première communion dans l'église du Rosaire; Mgr l'évêque de Nîmes lui donnait le sacrement de confirmation dans la chapelle des missionnaires; j'avais l'honneur d'être le témoin de ce cher confrère, qui devait devenir pour moi un ami fidèle. Depuis cette époque, je ne l'ai pas perdu de vue, je l'ai retrouvé chaque année à Paris; j'ai pénétré plus avant dans son intimité, j'ai pu suivre pas à pas le travail qui s'était fait dans son àme depuis sa conversion, être le témoin de son zèle pour la conversion de ses frères égarés.
J'ai vu surtout par quelle voie miséricordieuse Dieu l'avait ramené à la vraie foi. Dans la conversion des protestants, nous trouvons souvent la mise en œuvre des mêmes moyens : la prière, la lecture des
(1) Lire la brochure du D"' Bull : Pourquoi je suis devenu catholique, •■liez Lecoffre, 1906.
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Livres saints et des ouvrages de controverse, la discussion calme. C'est plutôt par l'étude et laméditation que l'on atteint ces hommes habitués à réfléchir. Ils résistent davantage aux émotions extérieures, à toutes les causes d'entraînement.
L'histoire du D' Bull me parait résumer admirablement le mode d'action de ces divers moyens. Il y a eu dans sa conversion trois étapes distinctes :
La lecture des Livres sainis lui a fait reconnaître la divinité de Noire-Seigneur Jésus-Christ.
Les sermons du cardinal Newman lui ont appris que la foi est un don de Dieu.
Enfin, par la prière, il est arrivé à comprendre qu'il devait chercher la vérité dans l'Église catholique.
11 amis trois ans pour parcourir ces diverses étapes. Il allait d'une conclusion à une autre, à mesure que la lumière se faisait dans son esprit; le caractère américain ou anglais subit difficilement une influence étrangère, chacun veut raisonner ses convictions. La méthode suivie par le D' Bull peut servir de modèle à ses compatriotes. La main de la Vierge apparaît clairement dans la disposition des derniers événements; l'élude ne suffisait pas, il fallait l'action de la grâce, et la Vierge de la grotte en a été la dispensa trice.
Le D' Bull, protestant
« Je suis né, nous dit le docteur, à Hamilton, dans le Canada, d'une famille protestante, très zélée pour sa religion. Les hommes dans ma famille étaient orangistes, ils juraient de n'avoir jamais aucune relation avec les prêtres; mon grand-père éditait à Dublin un journal Irlandais, intitulé : V Antidote catholique.
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« Nous avonsété treize enfants, il n'en resteplus que sept, je suis l'aîné. J'ai étudié la médecine à Montréal, à la faculté de Mac-Gill.
« En 18^3, j'exerçais dans le jMassachuselts, lorsque je ressentis les premiers symptômes d'une maladie de poitrine, Après avoir lutté vainement pendant plusieurs années, je dus me retirer en 1881 dans les montagnes Rocheuses, au Colorado, pour rétablir ma santé qui déclinait déplus en plus. Un peu refait par mon séjour dans la montagne, je vins en i883 me fixera New- York et je me consacrai exclusivement au traitement des maladies des yeux.
«Là je fis la connaissance d'un juif, Félix Adler, qui dirigeait une secte dont les principes reposaient sur la morale seule; pour eux toute religion était inutile. Je devins même le secrétaire de cette société.
« A ce moment-là je ne croyais plus à rien, j'avais abandonné le protestantisme, je m'étais affilié à une loge maçonnique, mais sans grand enthousiasme.
« C'est en 1886 que je suis venu à Paris pour la première fois; je venais pour suivre les cliniques des maladies des yeux, pour acheter des livres et des instruments.
« Le professeur Javal me fit un excellent accueil et voulut me retenir auprès de lui.
« Je refusai d'abord, la chose me paraissait inipossibleetpuis surde nouvelles instances, je finis par céder, je restai à Paris.
« Mes débuts furent très difficiles, je ne pouvais exercer sans diplôme, je parlais mal le français. J'ai lutté avec une ténacité dont les Américains sont peut-être seuls capables.
j'ai passé tous mes examens pourobtenirle diplôme de docteur français, j'ai eu un prix à la Sorbonne, cnlin j'ai pu commencer l'exercice de la médecine. Je ne songe pas encore, sans quelque effroi, aux
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efforts que j'ai dû faire pendant ces premières années. Ma santé m'inspirait des craintes légitimes et je n'étais soutenu par aucune pensée de foi, je vivais dans un scepticisme absolu: je trouvais dans l'amour de l'étude et de ma profession les seules consolations capables de me soutenir dans cette vie sans horizon.
(( Gomment suis-je venu à la religion catholique? J'avais été surtout en contactavec des protestants, des juifs et dans ma jeunesse j'avais lu de très mauvais livres contre les catholiques. J'étais donc bien en garde contre toute influence de ce côté.
« Mais j'avais soigné avec dévouement des catholiques pauvres qui avaient beaucoup prié pour moi; je respectais toutes les convictions et je faisais toujours venir le prêtre au chevet des catholiques mourants, j'ai baptisé plusieurs enfants en danger de mort ; enfin depuis mon séjour en France on a beaucoup prié pour moi à Notre-Dame des Victoires.
Conversion
« UneAméricainede Washington, une protestante, a été l'instrument choisi par la Providence pour me ramener dans la vraie foi. Elle m'avait été adressée par un de mes amis pour lui donner des soins : pendant plusieurs semaines elle a suivi mes consultations, elle avait fini par s'intéresser beaucoup à ma situation.
« Quoique protestante, elle récitait chaque jour une prière qui lui avait été donnée par un prêtre catholique, c'était leF^m Sancte Spiritus, Esprit-Saint descendez en nous. Elle me demanda de la réciter chaque jour: Mais non, lui dis-je, je ne crois pas à la prière etc'est s'abaisser que de prier, que de demander comme un mendiant. Cependant, en lisant cette prière,