CONVERSION D UN MEDECIN PROTESTANT I()I
mettre un terme à mes hésitations et me fit prendre le chemin de Lourdes, où je devais trouver la double guérison de l'àme et du corps. Au mois de juillet, je devins sérieusement malade, la tièvre était continue et les anciennes poussées du côté de la poitrine s'étaient réveillées.
«Justement préoccupé de mon état, je demandai le baptême. Dans mes derniers entretiens avec le P. Mathieu je l'écoutais sans discuter, rien ne m'arrêtait, je ne trouvais plus de difTicultés. Le aS juillet 1892, je faisais mon abjuration et je recevais le baptême dans l'église des Passionnistes et dans la chapelle de la sainte Vierge.
« Quelques jours après je partais pour Arcachon ; j'avais encore 38 et 89 degrés de fièvre. J'y restai un mois, mais sans amélioration sensible; cependant le baplême m'avait transformé, quand je me réveillais pendant la nuit je me disais : « Je suis catholique; » et aussitôt tout s'éclairait devant moi.
« Avant de faire mon abjuration, j'avais demandé l'autorisation à mon père et à ma mère, tous deux protestants. Manière m'avait permis, mon père ne m'avait pas répondu, mais à partir de ce jour il avait cessé de blasphémer contre la religion catholique.
« J'arrivai à Lourdes à la fin d'août, j'entendis la messe des Alsaciens-Lorrains, je vis arriver les pèlerinages bretons, et le i*^' septembre, le R. P. Burosse me faisait faire ma [)rcmièrc communion dans l'église (lu Rosaire, le lendemain je recevais le sacrement de conlirmation des mains de Mgr l'évêque de Nimes, dans la chapelle des RU. PP. Missionnaires. Tel est, en résumé, le récit de ma conversion. »
J'accompagnai ce cher confrère à l'autel, je fus son témoin; j'ai encore bien présentes à l'esprit les émotions de ce jour. Sa foi si vive faisait notre admiration.
Le Saint-Esprit, qu'il avait invoqué pendant trois ans, semblait éclairer son esprit d'une lumière surnaturelle, et lui donner la pleine connaissance des vérités catholiques. Il était encore malade, brûlé par la fièvre, mais sa contiance était absolue, il ne doutait pas de sa guérison. Il resta quelque temps à coté de nous et lorsqu'il revint à Paris, à latin de septembre, sa convalescence était complète.
Depuis ce jour le D' Bull s'est senti pris d'un zèle sans limite, pour la conversion de ses anciens frères séparés : « J'ai tant soufïert, nous disait-il encore ces derniers jours, d'être privé de la foi, je comprends si bien les dangers que l'on court lorsqu'on en est privé que je voudrais pouvoir procurer à tout le monde le bienfait que j'ai reçu. »
Il a converti de nombreux protestants et même des juifs. Les Anglais et les Américains ont des moyens à eux pour arriver à leur but. Ils ne comptent ni avec le temps, ni avec les discussions prolongées, leur patience ne se lasse jamais; ils discutent pied à pied, ne laissent place à aucun doute. n
C'est par l'esprit qu'ils font pénétrer la lumière, aidés par une prière constante. Nous sommes plus accessibles aux émotions extérieures et c'est souvent le cœur qui chez nous ramène la raison. Chaque race a son tempéramment et doit être conduite suivant son génie particulier.
La façon dont le culte de la Vierge a germé dans l'esprit du docteur est intéressante. Cette Vierge inconnuequ'iln'avait pas trouvée dans ses recherches, est venue d'elle-même prendre en main la grande œuvre de sa conversion. Par la maladie elle a triomphé de ses dernières hésitations: la maladie ramis'surle chemin de Lourdes ; il en est revenu chrétien complet, et bien préparé pour commencer cette œuvre d'apostolat qui fait désormais le but de sa vie. Une énergie
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contenue, mais qui ne connaît pas les défaillances, fait le fond de son caractère; cette énergie devait lui assurer le succès dans sa carrière médicale, elle lui a permis de triompher de tous les obstacles accumulés devant lui, elle entretient aujourd'hui dans son cœur une flamme d'apôtre qui ne trouve jamais assez d'aliments pour son zèle.
Dans la conversion du D^ Bull il y a des enseignements bien consolants pour les médecins.
Quel est celui d'entre nous qui n'a pas comme lui fait appeler le prêtre au clievet d'un mourant? Qui n'a pas baptisé, ou fait baptiser un enfant en danger de mort? Ou du moins quel est celui d'entre nous qui n'a pas soigné les pauvres avec dévouement? Ces actes de charité, qui rentrent dans nos premiers devoirs professionnels, reçoivent toujours leur récompense. Aussi, dans ces grands appels qui se font entendre depuis un demi-siècle autour de la grotte, il n'y a pas une profession qui ait été plus favorisée que la nôtre, qui soit venue de plus loin, qui ait donné une adhésion plus complète.