‹ L'Œuvre de LourdesChapitre 32 sur 47 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Rapport sur la guérison de M""^ Rouchel, discutée devant la Société de médecine de Metz, soumise à l'appréciation de deux professeurs de Paris.

Le 4 septembre igoS, M"i« Rouchel est venue à Lourdes avec le pèlerinage deMetz.Elle était atteinte depuis neuf ou dix ans d'un lupus au visage, qui étendait sans cesse ses ravages. Tous lesremèdes employés avaient été impuissants à enrayer le mal. Son aspect était lamentable. Le nez, la lèvre supérieure, la joue droite, l'intérieur de la bouche, le voile du palais, tout était envahi, déformé, rongé. Toutes ces parties étaient couvertes d'une suppuration abondante et fétide.

Aux lésions du lupus s'ajoutaient deux perforations : l'une à la joue droite, à trois centimètres environ de l'angle de la bouche; l'autre à la jonction des parties molles et des parties solides du palais.

a^o l'œuvre de lourdes

Ces deux perforations dataient de deux ans environ. La perforation de la joue faisait communiquer la bouche avec l'extérieur : il fallait la fermer avec un fort tampon pour empêcher les liquides de s'écouler par cette ouverture quand la malade essayait de boire. Cette perforation avait environ le diamètre du petit doig-t.

La perforation du palais avait un demi-centimètre de large et deux centimètres de long. Tout autour, la muqueuse était boursouflée. La bouche, rongée en tous sens, était remplie d'une végétation noirâtre et d'une suppuration fétide. Vainement pour arrêter les progrès du mal, on avait arraché toutes les dents, cautérisé l'intérieur de la bouche au fer rouge ; tout était resté sans effet.

Le D' Ernst, qui soignait cette malade depuis neuf ans au Bureau de bienfaisance, l'avait examinée avec soin onze jours avant son départ pour Lourdes, et décrivait en détail toutes les lésions que nous venons de mentionner : les deux perforations, la lèvre supérieure ulcérée, enflée, obstruant complètement les narines. La parole était inintelligible.

La maladie et la guérison de cette femme avaient fixé, à juste titre, l'attention de nos confrères de Metz. Dans quatre séances de leur société, cette guérison avait été mise à l'ordre du jour les 9, 28, 25 mars et 19 avril. Dans la première séance, le D"^ Ernst présenta lui-même la malade et fit un rapport sur elle.

Il fut déclaré par tous 4es médecins présents, y compris le D^ Ernst, que la malade n'était pas guérie (i).

Il fut en même temps reconnu que l'amélioration constatée par le D' Ernst pouvait s'expliquer par des facteurs naturels.

(1) Les perforations étaient bien fermées mais on n'en parlait pas.

M ' ROUCHEL

iG

24» l'œuvre de lourdes

Enfin, il fut décidé que la constatation de la nonguérison et de l'amélioration non miraculeuse serait verbalisée et communiquée aux journaux, ce qui fut faille 25 mars.

Ce jugement, absolu dans ses conclusions, n'était accompagné d'aucune justification et ne pouvait satisfaire l'opinion. La polémique, loin de se calmer, reprit plus ardente dans la presse, presse allemande, presse française, catholique, protestante. Nous avons relevé plus de trente articles écrits dans des sens opposés sur cette question.

Un député du Reichsrath disait dans le Vaterland de Vienne du 8 septembre 1904 : « Les médecins de Metz ont déplacé la question, ils ne l'ont pas résolue; ils ont laissé de côté les plaies, les perforations, on n'a plus parlé que du lupus dont on trouvait encore des traces dans la cicatrice; mais il ne faut pas permettre qu'on nous fasse perdre de vue ce seul fait intéressant : M^^ Rouchela été guérie le 5 septembre igoS, en quelques instants, de deux plaies profondes alors que tous les traitements étaient restés jusque-là sans effet. C'est là qu'est le nœud du problème.

« Si les médecins de Metz croient pouvoir donner une explication naturelle de ce changement instantané qui s'est produit le 5 septembre 1908, je les somme à mon tour, dans l'intérêt de la science, de donner cette explication qui, malgré toutes les invitations publiques faites jusqu'à cejour, n'a encore pu être obtenue. »

De notre côté, nous écrivions à la date du 9 septembre 1905 : « M^eRouchel a été guérie d'une perforation du voile dii palais et d'une perforation de la joue, dans laquelle on pouvait introduire le doigt jusque dans l'intérieur de la bouche; dans un temps très court, ces perforations ont été fermées par une cicatrice solide et définitive. Cette suppuration, qui

durait depuis neuf ans, a disparu sans laisser de trace. Voilà le fait qui prime toutes les théories et défie toute explication; et ce fait est appuyé par des témoignages pris jour par jour, heure par heure. »

En suivant par ordre les diverses dépositions que nous avons recueillies, nous pouvons établir que, jusqu'au 5 septembre, à 4 h. 1/2 du soir, rien n'était change dans l'état de M^e Rouchel; son lupus était en pleine suppuration et, à 5 heures du soir, toutes ses plaies étaient séchées et toutes ses perforations fermées.

Nous avons d'abord le certificat du D^ Ernst, que nous avons, en partie, reproduit plus haut. Dans la réunion du 10 avril dernier, ce médecin a précisé davantage ses affirmations : «J'ai vu, nous disait-il, la femme Rouchel le matin avant son départ pour Lourdes, et j'ai remarqué qu'elle rendait par le nez l'eau qu'elle voulait absorber. »

Le Dr Ernst, de Metz, déclare dans son certificat :

J'ai vu M*"" Rouchel pour la première fois en 1876 au Bureau de bienfaisance et j'ai constaté qu'elle était atteinte d'un lupus du visage, prenant surtout le nez et la lèvre supérieure. Tous les remèdes employés (iodure de potassium, etc.) ont été impuissants à enrayer le mal. De même le traitement du spécialiste, M. le D"" Bender, à qui je l'avais adressée, tel que curettage et cautérisation; mais tout fut inutile et dans le courant de l'année 1899, le palais se perfora; la joue droite se perfora également en 1901.

Onze Jours avant son départ pour Lourdes, en août igoS, la malade présentait un aspect lamentable, causé par la déformation et les ravages survenus au nez, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur ; à la lèvre supérieure, à la joue droite et au palais. A la jonction des parties molles et solides du palais subsistait toujours une perforation, de même à la joue droite à trois centimètres environ de l'angle de la bouche. Le nez et la lèvre supérieure étaient fortement entamés et couverts d'une suppuration fétide.

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J'ai revu M'"* Rouchel cinq jours après son retour de Lourdes, il s'était produit dans son état un changement complet. La rougeur avait à peu près disparu, les perfora lions du palais et de la joue étaient fermées; à l'endroit extérieur de la perforation de la joue subsistait à peine une tache rouge de la grandeur d'une lentille. La lèvre sur laquelle s'était formé le plus d'ulcérations était recouverte d'une croûte de belle apparence; l'enllure avait disparu aux deux tiers; des ulcérations il ne restait presque plus de traces. Sur les contours de l'ancienne inflammation apparaissaient quelques nœuds cicatriciels.

Cette amélioration prodigieuse, on pouvait dire cette guérison, a continué jusqu'à ce jour. Mon confrère, le D"^ Muller (israélite), spécialiste pour les maladies de peau, aussi bien que moi, ne pouvait qualifier que d'extraordinaire l'amélioration produite après les progrès continuels qu'avait faits la maladie jusqu'au départ pour Lourdes.

Il est impossible d'expliquer naturellement le changement survenu en si peu de temps.

Metz, 22 décembre 1903.

D"" Ernst.

Voici, par ordre, la déposition des divers témoins : Le curé de Saint-Maximin visitait M^^ Rouchel. le dimanche, veille de son départ.

J'ai été saisi, nous dit-il, d'une profonde compassion, d'une sorte d'épouvante, en voj^ant cette pauvre femme, qui cachait mal sous son bandeau sa bouche affreusement meurtrie, ses lèvres luméfiées, sa ligure remplie de cicatrices.

Sœur Sophie, de la Charité maternelle, de Metz, dépose :

1° En mon âme et conscience, j'affirme devant Dieu avoir accompagné et soigné M'"'= Rouchel, pendant son pèlerinage, du 3i août au 12 septembre.

2" Du 3r août au 5 septembre sa figure était hideuse. Sur la joue droite, à trois centimètres delà bouche, s'était formé un trou du diamètre d'un doigt, par lequel s'écoulaient les liquides froids qu'elle essayait de boire.

3° Jusqu'au 5 septembre je devais renouveler cinq ou six

fois par jour son pansement, ce qui me donnait l'occasion d'examiner de près l'état de la malade.

4° Pendant le trajet de Metz àLourdes, et à Lourdes même, je n'ai pas constaté la moindre amélioration dans l'état de la malade ; le samedi 5 septembre, vers 8 heures du matin, je la vis et la pansai pour la dernière fois avant sa guérison. A ce moment, j'ai remarqué encore dans la joue droite un trou grand comme l'épaisseur de mon petit doigt. J'y ai introduit un tampon de ouate par Vintérieiir de la bouche, parce que l'ouverture était plus forte de ce côté.

5'^ J"ai examiné l'intérieur de la bouche de M""® Rouchel pendant le voyage. Il était même plus horrible à voir que l'extérieur. Au palais se trouvait un trou long au moins d'un centimètre et demi et large d'un demi-centimètre. Il était bordé par une espèce de bourrelet de chair suppurante. Le palais était bourgeonné comme la tige de certains rosiers.

Non seulement j'ai vu le trou de la joue à diverses reprises, mais le bouchon de caoutchouc qui le fermait au départ de Metz s'étant égaré en route, j'ai fait un tampon de ouate et je l'ai placé moi-même en renouvelant les pansements, de manière à empêcher les liquides de s'échapper par cette issue.

Mme Lacroix, de Melz, dépose :

J'ai vu à Lourdes, le samedi matin, 5 septembre, M"^^ Rouchel qui se présentait pour se baigner la ligure; j'ai pu voir l'horreur de cette bouche, la lèvre supérieure bouchant complètement les narines ; sur le côté droit, un trou d'où s'échappait du pus : c'était affreux. Je vois encore cette malheureuse se laver, rincer son éponge; l'eau était devenue d'une couleur indescriptible.

M. le comte d'Autane, publiciste, a déposé dans les termes suivants :

Étant à la grotte, le samedi 5 septembre, à lo heures du matin, je vis entrer dans la grotte M""^ Rouchel, dont j'observai le bandeau imprégné de pus. Sans m'approcher d'elle, je fus fortement impressionné par l'odeur fétide qui se dégageait de sa plaie, et cela me suflit pour la distinguer des autres malades présents en ce moment à Lourdes. Lorsqu'on

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parla de sa guérison, je cherchai à la voir et je l'aperçus, le 6 au matin, sur le banc de droite de la grotte, dans l'espace réservé aux malades, la ligure complètement cicatrisée et, naturellement, sans bandeau. Toute trace de suppuration avait disparu, l'odeur n'existait plus, et la guérison ne fit pas de doute pour moi.

La religieuse chargée de la direction de la salle d'hôpital où se trouvait M^e Rouchel nous a parfaitement décrit l'état dans lequel elle se trouvait avant la procession ; elle s'exprime en ces termes :

J'ai eu à m'occuper de M"*^ Rouchel pendant le pèlerinage messin à Lourdes, en septembre igoS. M""" Rouchel fut installée dans la salle Saint- Jean-Raptiste. Comprenant qu'elle incommoderait les autres malades, je l'isolai et la plaçai dans un coin près d'une fenêtre. J'ai pansé la malade à plusieurs reprises. Je l'ai pansé pour la dernière fois le samedi 5 septembre, vers i heure il 2 de Vaprès-m.idi; je n'ai pas remarqué qu'il se fût produit un changement quelconque dans l'état de la malade. A ce moment, le nez, les lèvres, les joues ne formaient qu'une plaie, d'où s'exhalait une odeur insupportable. J'ai constaté une dernière fois dans la joue un trou grand comme l'épaisseur de mon petit doigt. Quand la malade buvait, une partie de ce qu'elle prenait sortait au dehors par ce trou. Ceci était encore arrivé le 5 septembre, à son repas de midi; un pus abondant se dégageait d'une manière continue des plaies et du trou de la joue. M'"'^ Rouchel ne prenait que des liquides; elle avalait difficilement.

En faisant le dernier pansement le samedi, à i heure 1/2 de l'après-midi, je dus encore mettre sur le trou de la Joue un fort tampon pour fermer l'orifice. — Signé : Sœur Mechtilde, religieuse de l'hôpital de Lourdes.

Déposition du supérieur du grand séminaire de Tarbes :

Le 5 septembre 1903, vers 4 h. 1/4 ou 4 h- 1/2 j'étais assis devant la porte de la crypte ; je disais mon bréviaire et j'attendais les pèlerins qui viennent parfois se confesser pendant la procession du Saint-Sacrement. Une femme passe devant moi,

la démarche lente, affaissée, paraissant fuir la foule. « Où allez-vous? lui dis-je. — Ah! si vous saviez, Monsieur l'abbé, quelle est ma situation. »A ces mots elle soulève le bandeau qui couvrait sa ligure et je vois une affreuse plaie. «Voyez ce trou, me dit-elle, quand je bois tout s'échappe par là. » Je vois, en effet, un trou qui traverse la joue, pénètre jusque dans la bouche et par où s'écoule une suppuration fétide. La femme relève son bandeau et continue son chemin, elle descend par l'escalier de la tour dans l'église du Rosaire.

Le supérieur ajoute :

La vue de cette horrible plaie m'avait laissé une impression pénible, cette odeur insupportable me suivait partout. Le soir je fis part à mes confrères, à M. Collin, directeur du pèlerinage de Metz, de ce que j'avais éprouvé à la vue de cette femme.

Un témoin muet. — Le bandeau

Mme Rouchel n'avait pas voulu se placer au milieu des autres malades pendant la procession. En chemin de fer, à l'hôpital, aux piscines, tout le monde s'écartait d'elle; les voisins étaient incommodés par l'odeur qui se dégageait de ses plaies; elle s'était réfugiée dans l'église du Rosaire, dans une chapelle latérale du chœur. Au moment où Monseigneur de Saint-Dié passe près d'elle en reportant le Saint-Sacrement, son bandeau se détache et laisse sur son livre qu'elle tenait ouvert à la main une tache profonde de sang et de pus. 11 y avait trois heures qu'on avait fait le pansement, et ce dernier, comme les autres, était tout imprégné des liquides qui s'écoulaient de ses plaies. Mme Rouchel, ne se doutant de rien, rajuste son bandeau et rentre à l'hôpital.

Ainsi tous les témoignages concordent : le jeudi 5 septembre juscju'à 4 li- 1/2 du soir M^^ Rouchel avait toujours ses plaies, la suppuration était aussi

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abondante, rien n'était changé dans son état : c'est à ce moment que se produisit une cicatrisation instantanée.

Mme Rouchel rentre donc à l'hôpital.

Elle trouve Sœur Sophie et lui reproche de n'avoir pas sufïïsamment lixé son dernier pansement. « Je n'avais pas fait ce pansement, dit Sœur Sophie. J'ôte ce bandage, et je constate le changement opéré chez celte femme: il n'y avait plus de plaies à la figure; une peau neuve s'était formée; l'intérieur de la bouche était complètement guéri; il n'y avait plus de trou, ni au palais, ni dans la joue. »

« On ne peut exprimer la joie de cette pauvre femme, ajoute encore la religieuse; j'ai constaté moimême qu'il n'y avait plus aucune trace de suppuration dans la bouche, la lèvre supérieure avait repris sa forme normale, le nez était dégagé, la bouche complètement guérie. On la fit manger un peu de légumes et de viande, ce qu'elle n'avait pas fait depuis longtemps, et ce qu'elle fit sans difficulté. »

Les compagnes de voyage, les demoiselles Risse, constatent aussi la guérison. « Nous trouvons, disentelles, après la procession, M"^*^ Rouchel, un miroir à la main, et regardant sa figure; il n'y avait plus de trou à la joue, ni de suppuration, ni de plaie, mais une peau nouvelle encore rouge, comme celle d'une plaie récemment fermée. Une Anglaise, qui se trouvait dans la salle, voulut voir l'intérieur de la bouche et constata, avec toutes les personnes présentes, qu'il n'y avait plus de trou au palais et que la bouche était complètement guérie. »

En rapprochant toutes ces dépositions, il nous paraît établi que la femme Rouchel avait, le 5 septembre, à 4 h. 1/2 de l'après-midi, les deux perforations que nous avons décrites. Jusqu'à 4 h. 1/2, son lupus a trahi sa présence par le môme écoulement de

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sanies et de pus; à 5 heures, elle rentre à l'hôpital, et l'on constate que les deux perforations sont fermées, que toutes ses plaies sont cicatrisées. Le lendemain, nous avons examiné M^e Rouchel au Bureau des Constatations, avec un grand nombre de médecins belges et français, deux internes de Lille. Le trou de la joue était remplacé par une cicatrice bien solide; il restait à peine une trace rouge de la largeur d'une lentille; le palais était reconstitué; il n'y avait plus trace de suppuration.

Cette instantanéité dans la réparation des plaies n'est pas un fait d'ordre médical.

Charcot nous le dit expressément; en nous racontant l'histoire de la demoiselle Coirin, guérie par suggestion d'une plaie du sein, il nous fait observer que la cicatrisation ne fut complète que quelques jours après; « car, dit-il, une cicatrisation demande toujours du temps pour s'effectuer. Ce ne fut que dixhuit jours plus tard que la peau de l'organe était devenue lisse, indemne de toute ulcération. » Il ajoute : « Dans les guérisons qualifiées de soudaines, les lois physiques demandent toujours un temps suffisant pour la cicatrisation des plaies. La suggestion religieuse a pour limite cette puissance que possède l'esprit sur le corps, et cette limite, aucune intervention n'est susceptible de la lui faire franchir. On n'a jamais observé la reconstitution instantanée des tissus détruits. »

Dans la guérison de M™^ Rouchel, deux plaies anciennes se sont fermées, sans aucun traitement, dans l'espace d'un quart d'heure, ou d'une demiheure, ce qui revient au même. Vingt témoins l'ont constaté, à l'hôpital, au bureau des médecins de Lourdes, enfin le médecin de la malade dans un rapport entièrement écrit de sa main a constaté la guérison entre ses deux examens.

La discussion de la guérison de M""' Rouchel devant la Société des médecins de Metz, le 10 avril 1905

La guérison de M^e Rouchel avait l'ait du bruit dans toute la Lorraine.

A l'occasion d'une conférence que je devais faire à Metz dans les premiers jours d'avril igoS, les médecins de cette ville m'avaient demandé de venir étudier avec eux cette guérison. J'avais accepté leur invitation et le lo avril j'assistais aune séance extraordinaire de la Société de médecine convoquée à cet effet. La réunion a eu lieu dans une salle réservée de la brasserie de « Bûrgerbrau » ; elle s'est ouverte à 5 h. lo sous la présidence du D' Len tz, conseiller d'hygiène : vint-cinq membres étaient présents.

En ouvrant la séance, M. le D> Lentz en rappelle brièvement le but. M. le Dr Ernst a, dit-il, délivré à l'époque un certificat constatant que M^e Rouchel, de Metz, qu'il avait soignée, avait été l'objet à Lourdes d'une guérison quasi miraculeuse. La Société des médecins de Metz l'ayant mis en demeure d'apporter des preuves, constata qu'il n'y avait pas eu guérison du lupus dont M^e Rouchel était atteinte; le Dr Ernst rétracta pour ainsi dire son certificat. Il importe donc de faire la lumière sur ce cas en le discutant avec M. le D^ Boissarie. MM. Les D^^ Amos et Mayer se chargeront de traduire en langue française les observations qui seront présentées en langue allemande.

M. le Z)r Boissarie. — Je suis reconnaissant à la Société de m'avoir invité à la séance. Nous resterons absolument sur le terrain scientifique. Il ne sera pas question de miracle. Nous parlerons de Mme Rouchel comme s'il s'agissait d'un cas d'hôpital ou de clinique. Vous savez dans quel état se trouvait M"'e Rouchel.

Il ne m'appartient pas de dire si cette malade avait en elle le germe d'une maladie autre que le lupus. Pensez-vous qu'elle n'avait que le lupus tuberculeux, ou qu'il y avait un mélange avec une autre maladie?

M. le Z)r Lentz. — Nous sommes d'accord sur ce point qu'il y avait autre chose que le lupus.

M. le D^ Millier, spécialiste pour les maladies de la peau. — En ce qui concerne cette question, il est hors de doute qu'on se trouvait en présence d'un lupus compliqué d'une autre diathèse. Mais quelle que soit la cause, il serait surprenant que des tistules du genre de celles constatées chez M^e Rouchel fussent guéries sur l'instant même. Je demande donc à M. leD^Boissarie si lui-même, le jour de cette guérison, avait visité auparavant Mn^e Rouchel. A-t-il vu la fistule le matin? Si tel n'est pas le cas, nous ne pouvons nous occuper de cette guérison. Deslaïques(i) ne sont jamais en état de remplacer les témoignages des médecins. Si aucun médecin n'a visité M™^ Rouchel immédiatement avant sa guérison, nous ne pouvons pas attacher de valeur aux autres témoins, pas même à celui de Sœur Sophie, bien qu'elle ait une certaine pratique dans les soins à donner aux malades, car elle est aussi à classer parmi les témoins laïques non initiés à la science.

Nous ne pouvons pas absolument nous en rapporter à ces témoignages. Donc, encore une fois, M. le D' Boissarie a-t-il visité la femme auparavant ou bien un autre médecin l'a-t-il examinée?

MM. les D's Amos et Christel traduisent les paroles du D' Millier.

M. le D"" Boissarie. — Je vais arriver à la question. Le certificat, délivré par son médecin dix jours avant sa guérison, constate que M™« Rouchel avait à ce moment une perforation de la joue et du voile du

(1) Par laïques il désigne tous les témoins qui ne sont pas médecins.

palais. Nous avons ensuite les témoignages de personnes très honorables, (lesquels il résulte que l'état reste le même pendant le voyage. Le fait à constater est d'ordre vulgaire et tout le monde peut se porter garant de l'existence de ces perforations après les avoir vues et touchées. Les témoignages se succèdent. Us ont été relevés jour par jour, heure par heure. Nous avons ensuite un témoin muet irrécusable : au moment de la procession . le bandeau tombe imprimant une large trace de pus sur le livre que la femme tenait en main. Cette femme avant la procession ne pouvait pas boire; elle rendait tout par le nez et la joue. Après, elle peut boire et manger comme toutle monde. Il faut donc admettre qu'il y a là une série de témoignages qui nous amènent à une certitude complète. Je ne crois pas qu'aucun médecin puisse dire qu'une perforation semblable peut se guérir sans traitement en huit ou dix jours, et à plus forte raison en un jour, en une heure.

M. le Z)' Minier. — Nous avons entendu de M. le D' Boissarie qu'il n'a pas vu M"ie Rouchel avant sa guérison. Dans ces conditions, cette guérison subite n'existe pas ou est considérée comme non existante, pour un homme de science. M. le D' Boissarie demande si une fistule de cette nature peut guérir même dans dix jours. Gela est non seulement possible, mais nous le voyons tous les jours.

M. le /)' JioUsarie. — Admettez- vous que la malade, le jour de son départ pour Lourdes, ait eu le voile du palais perforé?

M. le D' Millier. — Oui, je le crois, mais je ne l'ai pas vu.

M. le D^ Boissarie. — En dehors des médecins vous n'admettez ainsi aucun autre témoignage. C'est dangereux. II s'agit ici de constatations d'ordre vulgaire et non scientifique. Tous ceux qui ont vu de près

254 l'œuvre de lourdes

M™* Rouchel peuvent dire si elle avait un trou dans la joue, surtout si on pouvait passer le doigt dans ce trou et si les liquides sortaient par là quand elle buvait. Les témoins nous disent que Ton enfonçait par l'intérieur de la bouche un tampon qui devait ressortir par la joue. Ce témoignage ne peut être négligé, il a la valeur de tous les témoignages scientifiques.

M. le D"^ Millier, ne tenant aucun compte des dépositions des témoins, ajoute: «Uneguérison en dix jours d'une perforation du genre de celle qui nous occupe n'est absolument pas chose rare. Il suffît qu'un charlatan aitadministréà la malade de l'iode à forte dose pour obtenir la fermeture des perforations. Aucun d'entre vous ne peut savoir si la malade n'a pas reçu de l'iode, Ilestde faitque ces perforations guérissentrapidement. Je n'attache donc aucune importance à la circonstance que la malade ait été guérie dans un laps de temps de dix jours. »

M. le D"^ Ernst, médecin de la malade, proteste en ces termes : « Avant son départ pour Lourdes, j'ai vu la femme Rouchel et j'ai remarqué qu'elle rendait par

le nez l'eau qu'elle voulait absorber. J'ai employé

l'iode et le mercure dans une large mesure. Dix mois

avant son départ pour Lourdes, je n'ai rien obtenu. «L'hypothèse du charlatan est absolument gratuite :

dans les six derniers mois la femme Rouchel n'a pris

aucun remède. »

M. le D^" Millier persiste à déclarer que la guérison

de perforations semblables n'a rien d'exceptionnel avec

un traitement intensif dans l'espace de dix à douze

jours.

M. le D"^ Boissarie répond que le médecin de la

malade a donné sans résultat ce traitement intensif.

mais que dans les six derniers mois la femme Rouchel

n'a pris aucun remède.

Il ajoute, ce n'est pas du reste dans l'espace de dix

jours que cette femme a été guérie, mais instantanément, à 4 h- i/"^ du soir, le 5 septembre.

M. le D' Zanimert. — Un professeur de Paris m'a dit qu'il peut y avoir guérison de perforation de ce genre en huit jours.

M. le D^ Boissarie. — Quel est ce professeur ?

M. le D'^ Zammert. — C'est M. le D"^ Tenneson.

M. le Z)' Boissarie. — J'ai vu M. le D^ Tenneson il y a deux jours, j'ai parlé longuement avec lui du cas de Mn^« Rouchel et il m'a dit le contraire : une guérison dans un laps de temps si court est inexplicable. (Voir sa déclaration plus bas.)

Dans ces conditions ladiscussionnepouvaitaboutir; je proposai de soumettre la question à des arbitres.

Le Président. M. le D" Lentz. — M. le D^ Boissarie propose de soumettre vos conclusions et les siennes à un médecin de Saint-Louis, à choisir d'un commun accord.

M. le Z)' Millier — Je suis tout à fait d'accord : mais je demande qu'une autorité d'Allemagne, M. le professeur Wolfr,de Strasbourg, soit également saisi de l'affaire. Gomme autorité étrangère, je proposerai M. le D' Fournier, à Paris.

M. le D^ Boissarie — Permettez, vous choisissez votre arbitre à Strasbourg et vous me choisissez le mien à Paris, et moi je ne choisispersonne.

Finalement l'assemblée décide que chaque partie désignera un expert; ces deux arbitres choisiront s'il y a lieu un troisième et l'on s'arrête sur les noms du professeur Fournier, de Paris, et de M. Besnier, de l'hôpital Saint-Louis.

1^ La séance est levée à 6 h. 1/2.

Toute la discussion avait porté sur un point d'enquête. Entre les examens des médecins dix ou douze jours se sont écoulés, dit le D'" MûUer, et ce délai est plus que suffisant avec un traitement intensif pour

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obtenir la fermeture des perforations. Il récuse tous les témoins qui le gênent et fait intervenir un charlatan que personne n'a vu et qui n'a jamais existé. Toute sa thèse repose sur ces deux données qui sont également fausses. Les témoignages que nous avons cités prouvent jusqu'à l'évidence que M^e Rouchel avait encore ses plaies le 5 septembre à 4 h- 1/2 du soir, un quart d'heure avant sa guérison.

Le D> Zammert avait invoqué le témoignage du Dr Tenneson, de l'hôpital Saint-Louis, qui a bien voulu me donner une note très détaillée sur cette guérison.

Il me dit dans sa lettre :

Vous m'avez présenté M'"'' Rouchel et vous me demandez mon avis sur ce qui la concerne. Elle présente quelques cicatrices qui ont succédé à des ulcérations guéries. Une de ces cicatrices occupe la voûte palatine, une autre est* située sur la joue droite, celle-ci a succédé à une perforation qui faisait communiquer la boucha avec l'extérieur.

Cette cicatrice est à peine visible. Ces deux perforations sont d'une rareté extrême dans le lupus. Mais là où nous sortons de l'observation ordinaire, c'est qu'il résulte de l'enquête que ces deux perforations et les lésions suppuratives et ulcéreuses de la bouche ont guéri à Lourdes en quelques heures.

Je déclare qu'aucune thérapeutique ne peut produire cela et que le fait, s' il est exact, n'est pas d'ordre médical.

Pour en établir l'exactitude, il faut tenir compte des commémoratifs fournis par la malade et par son entourage. C'est ce que les médecins font tous les jours dans leur pratique. Sans doute, ils n'acceptent les renseignements fournis que sous bénéfice d'inventaire et la critique de tous ces renseignements doit être indépendante de toute considération extra-médicale. Il n'y a pas de raison de soumettre cette critique à un régime d'exception, quand il s'agit des malades de Lourdes.

Si vous pensez que cette lettre puisse être bonne à quelque chose, faites-en ce que vous voudrez.

10 juillet 1905. D"" Tenneson,

Médecin de Vhôpital Saint-Louis.

Le docteur ajoutait encore : « Les perforations du voile du palais et de la joue quand elles ont cette durée et cette étendue ne s'oblitèrent pas spontanément.

«En outre, une suppuration ancienne, abondante, félide s'écoulait de la bouche; elle pouvait être due à un lupus ulcéré de la cavité buccale, elle pouvait être secondaire. Mais peu importe. La guérison com plète en quelques heures d'une lésion suppurative, diffuse de la cavité buccale est une chose que je n'ai jamais vue. »

Voilà donc toutes choses bien mises au point.

M. le Dr du Castel, membre de l'Académie de médecine, médecin de l'hôpital Saint-Louis, nous donnait son avis dans le même sens.

M. le D' Lebec écrivait : « Le fait est très intéressant et quelle que soit la nature du mal, la guérison a été instantanée, c'est là le point capital et contre nature. »

M. le D^ Guéniot, ancien président de l'Académie de médecine, écrivait également : « Le rapport de notre collègue Boissarie m'a beaucoup intéressé et je regrette de ne pouvoir me rendre à votre invitation.

Nos arbitres de Paris : M. le professeur Fournier et M. le D' Besnier

M. le D' Gouraud, ancien médecin de la Charité, voulut bien m'accompagner devant nos deux arbitres et me prêter l'appui de son autorité.

Le 8 juillet 1900, nous présentions M"»^ Rouchel à M. le professeur Fournier et à M. le D'' Besnier. Après un examen prolongé et minutieux de la femme Rouchel, nous eûmes à répondre aux objections qui nous sont faites d'ordinaire :

1° Nous n'avons pas vu cette malade avant et nous

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ne pouvons nous porter garants des modilieations qui ont pu se passer à Lourdes ;

2° Il ne faut pas mêler la science à la religion, dans l'intérêt même de la religion ;

3° Il n'en coûtait pas plus à la sainte Vierge de compléter son oeuvre en effaçant toute trace de lupus :

4" Le lupus n'est pas guéri, il reste des ulcérations;

5° Quelle que soit notre décision, les polémiques ne cesseront pas ; chacun conservera son opinion : alors, de quelle utilité sera notre sentence? Nous déclinons donc cet arbitrage ; nous sommes insuffisamment renseignés. Il nous faudrait trois mois d'études ou d'observation pour pouvoir nous prononcer.

Dans ces conditions, nos deux arbitres se sont récusés, et, dans la lettre que je recevais, le lendemain, du D' Besnier, je lisais :

Cher Confrère,

Nous avons pris la décision de décliner la fonction d'expert et d'en rester là.

Je ne trouve pas dans un examen extemporané et purement clinique les éléments nécessaires pour prononcer une sentence arbitrale dans un cas aussi complexe où serait indispensable une observation suffisamment prolongée.

Bien cordialement à vous.

Lundi, 9 juillet 1903

Ernest BesxMER.

Nos arbitres étaient restés sur le terrain scientifique, sans s'occuper de l'enquête sur laquelle portait, cependant, tout le débat. Ils décrivaient bien l'état actuel de la femme Rouchel, mais ne voulaient pas s'occuper des lésions disparues, des perforations guéries à Lourdes ; ils comprenaient fort bien qu'une cicatrisation instantanée n'était pas d'ordre médical. Mais avant de l'accepter, il aurait fallu refaire toute

LE LUPUS DE METZ aOQ

l'enquête, entendre les témoins, venir peut-être à Lourdes pour reprendre, sur place, tous les détails de la guérison ; ils n'en avaient ni le temps, ni le goiit.

Plus encore que nos confrères de Metz, les médecins de Paris s'étaient tenus en dehors de la question. Nos confrères de Metz, dans leur désir d'écarter le surnaturel, faussaient les données de l'enquête en supprimant les témoins qui les gênaient, en faisant intervenir un empirique qui n'avait jamais existé, ne tenaient aucun compte des observations du médecin de la malade. Les professeurs de Paris ne voulaient pas sortir du terrain scientifique et s'engager dans une enquête, question de fait qui supprimait leur compétence, et je pouvais dire à nos arbitres :

« Il est impossible A' explique!^ naturellement le changement survenu en si peu de temps. »

Cette femme avait deux perforations ; que ce soit par le fait d'un lupus ou d'un traumatisme, perforation par un coup de couteau, une balle de revolver, peu m'importe. Il y a perte de substance et la nature ne répare que progressivement ses brèches. Zola me le disait : « Il y aurait autant de surnaturel dans la cicatrisation instantanée d'une égratignure, que dans ■celle d'une plaie profonde. » Il y avait plus qu'une égratignure chez la femme Rouchel.

Gomment, à celte femme (pii partait pour Lourdes, fendant le pus à pleine bouche, objet d'horreur pour tous, qui ne se nourrissait pas, avalait le pus qui l'empoisonnait, dont la parole était inintelligible et la respiration embarrassée, que des pensées de suicide hantaient dans ses moments de désespoir, vous -oseriez comparer cette femme qui expose à tous les regards cette balafre dont elle est fière, et dont la physionomie respire la force et la santé? Si nous pouvions faire passer, dans un même tableau, M'"e Rou-

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chel avant et après son pèlerinage, nous n'aurions plus besoin ni de juges, ni de témoins. L'évidence en tiendrait lieu.

La guérison de M«»e Rouchel relève des lois qui président à la cicatrisation des plaies, ou plutôt renverse ces lois. Il importe de lui conserver le caractère plus général et de ne pas la circonscrire dans une étude des maladies de la peau. Ce serait restreindre la portée de cette guérison.

En résumé, à l'occasion d'une conférence que je devais faire à Metz, les médecins m'ont demandé de venir étudier avec eux la guérison de M^e Rouchel.

En écartant tous les témoignages qui venaient à rencontre de sa thèse, M. MuUer se faisait fort de guérir, dans dix ou douze jours, des perforations semblables à celles de la femme Rouchel ; la Société refusait de le suivre sur ce terrain, d'autant que les dix jours se réduisaient à quelques instants.

De notre côté, nous arrivions à prouver : i» que la malade n'avait suivi aucun traitement pendant les six derniers mois ; 2° que la guérison avait été à peu près instantanée. A ce propos un ancien médecin de l'hôpital Saint-Louis nous écrivait : « La cicatrisation des ulcérations demande au moins plusieurs semaines. Si le travail ulcératif a produit une perforation, il s'agit non plus seulement de cicatrisation, mais d'oblitération ; c'est plus long. Et si le trou a la largeur d'un doigt, je doute que l'oblitération soit possible ; je ne l'ai jamais vue. »

Nous concluons donc que tous ces résultats ne sont pas d'ordre médical.

Nous ne pourrions pas appliquer là les principes posés par Gharcot lorsqu'il nous cite des plaies guéries en quinze ou dix-huit jours. Gharcot était trop sérieux pour vouloir faire du miracle.

J'ai pris tous les témoignages ; il suffît d'avoir des

yeux pour constater l'existence d'une perforation dans laquelle on peut passer le doigt.

Je dis donc : la guérison de M^e Rouchel n'est pas d'ordre médical.

En terminant, je tiens à remercier mes confrères de Metz ; ils m'ont ouvert à deux battants les portes de leur Société. Séparé d'eux par la nationalité, la langue, la religion, j'ai trouvé auprès d'eux l'accueil le plus franc. C'est peut-être la première fois que la science abaisse toute barrière devant l'étude de ces grands problèmes.

Ce sont des médecins protestants qui nous ont convoqué pour étudier avec eux ces difficiles problèmes et le président de la Société, le D' Lentz, nous écrit : « Je crains bien que quelle que soit la décision de vos arbitres vous n'arriviez jamais à convaincre les incrédules. » Je le crois comme lui, mais ces questions préoccupent à juste titre l'opinion : un très grand nombre de médecins, de professeurs, ont pris position : nous recevons chaque année des adhésions nouvelles : nous devons faire connaître, dans l'intérêt même de la science, les faits exceptionnels dont nous sommes témoins.

Je remercie égalementMM. les professeurs Fournier et Besnier d'avoir bien voulu examiner la femme Rouchel. En récusant l'arbitrage, ils ont rendu un hommage indirect à la cause que nous défendions, ils ont reconnu qu'ils étaient en présence de problèmes difficiles qui demandaient de longues et consciencieuses recherches. S'ils avaient suivi les détails de l'enquête, ils auraient reconnu qu'il y avait eu cicatrisation instantanée d'une plaie profonde et que le fait n'était pas d'ordre médical.

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