GUÉRIE I,K G MAI I90Ô
M. Henri Davignon nous raconte d'une façon bien saisissante la guérison d'une Clarisse de Rennes
Sœur Marie-Gabriel de Sainte-Germaine, Clarisse de Rennes, émigrée en terre belge, n'a d'autre aspect que celle d'une paysanne, au teintaussi éclatant que la couleur des pommes de son pays d'origine, le pays de Rédange en Luxembourg. Car elle est de trois pays, aujourd'hui, la bonne Sœur. Née dans le grandduché, prise par la vocation en Bretagne, elle a échoué avec quelques compagnes en Belgique, afin d'y préparer aux clarisses de Rennes un asile pour les mauvais jours qui semblent approcher.
C'est à cette circonstance qu'elle doit de n'être point aujourd'hui mourante ou morte. La règle imposée [)ar sainte Claire à ses tilles ne permet pas qu'une t'ois franchi, le seuil du cloître soit repassé. Mais ici, à Dînant, il n'y avait pas de cloître encore. Les cinq ou six religieuses vivaient, comme elles pouvaient, dans trois mauvaises chambres, dont l'une servait de chapelle. Sans les moindres ressources, — et d'ailleurs leur règle leur interdit de rien posséder, — il leur est arrivé de vivre six jours d'une boîte de sardines.
C'est après leur arrivée que la Sœur Sainte-Germaine tomba malade. Elle le fut pendant dix-huit mois. Elle ne digérait presque rien ; on constata des hémorragies et des suppurations internes. Le prêtre lui apportait la sainte communion dans son lit.
A trois reprises la pensée de Lourdes se présenta à son esprit. Elle en parla à ses sœurs, mais comme
d'une chose irréalisable. Pourtant, puisque la clôture n'y mettait pas obstacle, on écrivit à la Mère abbesse à Rennes. Elle était, pourles religieuses, la volonté de Dieuenquiellesremeltentlaleur,aujourdelavocation. L'abbesse répondit qu'il fallait consulter le Père abbé de l'abbaye des Prémontrés installés à Dinant depuis leur expulsion de France, etqu'il fallait aussi demander l'autorisation de Mgr l'évêque. Tous deux autorisèrent. Alors seulement Sœur Sainte-Germaine laissa entrer en elle la perspective d'aller à Lourdes. Alors seulement, elle se décida à demander à Dieu sa guérison, car elle ne tenait pas à guérir. Je l'entendrai toujours me dire, avec un léger accent tudesque :
« Moi, monsieur, je préférais mourir, mais puisque ma supérieure me laissait aller à Lourdes, c'est qu'elle voulait que je demande ma guérison. A Rennes et à Dinant on priait pour cela. Alors j'ai dit au bon Dieu : Puisque ma supérieure veut que je guérisse, guérissez-moi! »
Et elle a été guérie, le samedi 6 mai 1900. Ce ne fut point à l'heure, impressionnante entre toutes, de la procession des malades, parmi les cris et les supplications; ce ne fut pas non plus à l'instant saisissant où on la plongea dans la piscine. Trois jours consécutifs, cependant, la malade avait été baignée, avait été traînée sur une petite voiture à l'esplanade du Rosaire. Ce fut à la minute silencieuse et recueillie de l'élévation, pendant la messe. Nul bruit que la clochette de l'enfant de chœur, nulle rumeur de foule autre que l'imperceptible bruissement des livres et les soupirs étouffés des poitrines. C'est le moment de l'adoration et de la foi.
« Alors, monsieur, raconta la Sœur, je me suis levée et je me suis mise à genoux, ce que je ne pouvais pas faire. »
Elle ne l'avait plus fait, ce geste, depuis plus d'un
an. Il avait fallu quatre hommes pour la mettre dans le train à Dinant. A Namur, on avait dû la coucher dans la voiture d'hôpital, où elle n'avait trouvé place que parce qu'un malade était mort à l'heure du départ. Pendant le trajet, elle s'était sentie si mal qu'elle avait souhaité que le train la ramenât en arrière. A Lourdes, il avait fallu l'administrer...
« Je me suis mise à genoux. A la fin de la messe, le brancardier, n'a pas voulu que je retourne seule à l'hôpital. Alors je suis allée à pied à la grotte, et j'en suis revenue. Gomme il n'y avait personne encore, je suis retournée à la grotte. Enfin on m'a accompagnée jusqu'à l'hôpital où j'ai pu diner. »
Elle mangetout ce qu'on lui apporte, et, une heure plus tôt, elle ne pouvait rien prendre. Elle a une préoccupation pourtant, c'est de ne rien avaler qui soit défendu par sa règle. « Dès que je sentais du gras, je le laissais, mais je n'ai pas toujours su... »
Les médecins ne constatent plus rien de ses précédents troubles. Elle a repris dans toute son austérité sa dure règle de Clarisse. Elle partira demain, par cet horrible temps d'hiver, avec une de ses compagnes, pour Luxembourg où elles vont mendier afin d'obtenir de quoi bâtir une modeste chapelle.
Qu'on discute sur laportée médicale de sa guérison, peu importe! Nous n'affirmons pas que c'est un miracle. Mais qui niera que cet épisode surprenant de la vie de cette religieuse est bien dans le cadre de cette existence tout éclairée par un rayon surnaturel et divin? Qui se fera fort d'expliquer, par les seules ressources del'interprétation humaine, la vocation, les souffrances volontaires, l'épreuvephysique et la guérison de cette personnalité si différente, si au-dessus de la conception matérielle de l'humanité?
Pour moi, je ne puis pas vous regarder avec des yeux de chair, Sœur Sainte-Germaine, quand vous
me dites simplemenl, presque en riant, comment le cloître vous a attiré, alors que vous enseigniez l'allemand dans une famille de Rennes; comment vous avez renoncé à tel autre ordre, parce qu'il ne vous semblait pas assez austère ; comment vous désirez la mort comme une délivrance; comment vous aimez la souffrance pour vous-même, pour les autres et surtout pour l'amour de Dieu. Et cependant, vous n'êtes pas la seule. Cette autre Clarisse du Morbihan qui vous accompagne et dont le rire sonne clair comme les cloches des églises de son pays, comme vous se lève à minuit 2)0ur prier jusqu'à 7 heures; comme vous marche pieds nus sur les dalles du cloître: comme vous, se nourrit d'eau, de farine et d'un mauvais poisson que le poissonnier du quartier vous abandonne. Et vous êtes des centaines et des milliers, Clarisses. Carmélites, Augustines, Sœurs de contemplation, de pénitence et d'amour divin, dont la chaste chair se meurtrit volontairement, dont les candides âmes s'elfeuillent comme des roses d'octobre! La France vous a possédées pendant des siècles, et je ne m'étonne plus qu'elle demeure, malgré tout, une terre d'abondance, de générosité et de foi. La Belgique vousaccueille parmi ses Filles, vêtues, ainsi que vous, de bure et d'innocence, et c'est pourquoi elle est, entre toutes, la patrie de la persévérance, de la sagesse et de la liberté.
Quelle que soit la maladie de la Sœur Clarisse, la médecine ne peut expliquer cette guérison soudaine sans convalescence. Elle était dans un état de cachexie très prononcée, ne mangeait pas, ne pouvaitmarcher: en une seconde elle a repris la vie commune ; un médecin avait même cru reconnaître une tumeur intestinale.
M"*' MRHIE COOL»S
M" Marie Cools, d'Anvers, a été soignée par quatre médecins. Deux ont reconnu un mal de Pott; deux une maladie nerveuse. Le diagnostic était difficile. Le Conseil municipal d'Anvers a discuté cette guérison dans une de ses séances.
M''" Maria-Julia Cools, de l'hôpital Sainte-Elisabeth, d'Anvers, âgée de dix-neuf ans, a été élevée à l'Orphelinat d'Anvers depuis l'âge de neuf ans. Ses parents sont morts des suites d'alfections tuberculeuses.
Le cerlificat du médecin qui lui a donné des soins à l'hôpital Sainte-Elisabeth, déclare qu'elle souffrait de douleurs dans la colonne vertébrale, qui avaient graduellement gagné les membres inférieurs et avaient bientôt été suivies de parésie, puis de paralysie complète des deux jambes, ne laissant possible que quelques légers mouvements des orteils. La malade était couchée depuis plusieurs mois et, depuis dix mois, elle avait une (ièvre constante, variant de S^» 5 à '38° 5, Les vomissements étaient fréquents, les digestions pénibles et difficiles. L'examen des poumons n'avait révélé aucune lésion de ces organes. 11 existait une déviation latérale de la colonne vertébrale, et de l'atrophie des muscles des membres inférieurs.
L'état de cette jeune lille a commencé à s'améliorer à Lourdes, au deuxième bain de piscine. Les douleurs de la colonne vertébrale, jusque-là constantes, ont alors disparu brusquement, mais la paralysie des membres inférieurs ne s'est dissipée ([u'à la quatrième immersion. M"»^ Cools a marché depuis ce
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moment : elle a fait ses premiers pas soutenue par deux personnes, et, peu de temps après, elle a pu marcher seule. Les jambes ont repris leurs fonctions d'une manière progressive, mais constante. L'appétit est redevenu normal, les vomissements ont cessé, et les forces sont revenues à vue d'œil.
A l'examen pratiqué au Bureau médical, on a constaté une déviation latérale peu prononcée dans la région dorsale de la colonne vertébrale, ainsi que de l'atrophie des muscles des membres inférieurs. La marche était assez facile, quoique un peu chancelante.
La guérison jugée par son médecin, M. le D^ Van de Vorst
Son médecin résume ainsi son opinion :
« On a dit beaucoup de choses inexactes au sujet de ce cas. La jeune fille dont il s'agit, une orpheline, pupille des hospices, était malade depuis l'âge de quatorze ans. Les docteurs qui la soignaient avaient diagnostiqué une maladie de la colonne vertébrale — la maladie de Pott — et une paraplégie. On l'envoya d'abord dans un hôpital de Tirlemont, d'où elle revint aussi malade qu'auparavant ; puis elle passa à l'hôpital de Stuyvenberg, où elle fut soignée par deux médecins anversois des plus connus, MM. les D'^Thieron et Ciselet, toujours sans qu'aucune amélioration ne survînt: enfm elle fut transportée à Sainte-Elisabeth et lit partie de mon service. Elle était, à ce moment-là, paralysée depuis trois ans, des deux jambes jusqu'à la ceinture. Les deux membres étaient absolument insensibles ; l'anesthésie était si complète qu'on pouvait enfoncer des aiguilles sans que la malade s'en aperçût. Celle-ci perdait ses urines, avait 40° de fièvre et ne présentait aucun
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symptôme de la vie féminine. Dans les derniers lempsmème on avait dû lui passer la camisole de force. Après un très long examen, je fus intimement convaincu (jue je me trouvais, non point devant un cas de maladie de Pott, mais devant un cas d'hystérie nettement caractérisé. Cet avis, qui n'était nullement p^énéral à l'hôpital, fut également partagé cependant par le D' Fritz Sano, le meilleur neurologiste belge après Van Gehuchten, deLouvain.
« Quoicpicje ne sois nullement un croyant, j'estimai (ju'il ne restait qu'un moyen de sauver la malade : la suggestion de la foi, le pèlerinage à Lourdes. La jeune lille, qui était très pieuse, accueillit cette perspective avec le plus grand enthousiasme, et. contrairement à ce qui a été dit, les frais du voyage ne furent nullement couverts par un « comité de dames charitables ». Il ne me convient pas de dire quel fut ce a comité ».
« C'est quelques jours seulement avant le départ (lu pèlerinage que nous nous rappelâmes que la malade était orpheline et qu'il fallait l'autorisation des hospices. Le D' Jacobs, chef de service, écrivit donc une lettre au conseil de cette administration, qui se réunit aussitôt et m'appela devant lui. Ma proposition fut très violemment prise à partie, principalement par deux des cinq membres ayant voix délibéralive(le secrétaire, M. Mestdag, n'estpasdanscecas), >L Lug. Kreglinger, (]ui, à la suite de ces incidents a, du reste, donné sa démission, et' par M, L. Nyssens. On voulait m'obliger à recueillir l'avis de mes collègues à l'hôpital, qui ne connaissaient pas la malade et n'avaient peut-être pas la même conviction ({ue moi de sa guérison. Je m'y opposai vivement et je recommandai chaleureusement le seul moyen de salut qui subsistât, faisant ressortir surtout que le conseil était le « père de famille » de la malade, et
(ju'aucune coiisidcration sectaire n'aurait fait reculer un père devant une pareille tentative. Cet avis fut immédiatement partagé par les deux autres membres, MM. A. Van Nicuwenhuyse et V. Maquinay, un de mes amis personnels, et le président, M. Ferd. de Wael, après avoir combattu ma thèse, s'y rallia. Le voyage fut décidé.
« Il eut d'ailleurs un résultat que je qualierais moi-même, quoique non croyant, de merveilleux. Marie Cools est revenue complètement, absolument guérie. Nulle trace de paralysie et d'anesthésie. Elle est actuellement sur pied et deux servantes de l'hôpital étant atteintes de la fièvre typhoïde, elle remplace l'une d'elles.
i< Tous les docteurs à l'hôpital n'en reviennent pas.
« — Et quant à votre éviction à la récente nomination de médecin ?
« — Je suis certain que cette affaire a excité des sectaires contre moi. Je crois avoir agi en médecin, et en bon médecin, soucieux avant tout de la santé de ses malades. Le reste m'est indifférent. J'ajoute que si réellement — ce qui n'est pas prouvé — le traitement de Marie Cools était pour quelque chose dans mon éviction, tous les médecins protesteraient contre cette atteinte, non seulement à la liberté de conscience, mais encore à la liberté scientifique. »
La guérison de M"*" Marie Cools et la laïcisation des hôpitaux au conseil communal d'Anvers
Une lettre du parti libéral démocratique demand (ju'on remplace M. Kreglinger,le membre de commission des hospices qui a donné sa démission à la suite
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de l'afraire de Lourdes (guérison de M"" Marie Cools), par un conseiller ouvrier.
M. Arenls (conseiller ouvrier libéral) soutient cette proposition.
M. Desguin déclare que le collège est d'avis qu'il faut donner satisfaction à la demande des ouvriers.
■NI. Uycknians (catholique) fait observer que 99 pour 100 des malades se déclarent catholiques et pratiquants. Il faut donc chercher à faire représenter dans le conseil des hospices les intérêts respectables de ceux qui sont hospitalisés ; il faut nécessairement nommer un conseiller catholique. (Approbation à droite.)
M. Terwagne {socidlxsie). — Halte-là! Les hôpitaux et tous les services sont déjà complètement {sic) sous la dépendance des religieuses. Et vous proposez d'accroître cette influence!
M. Coremans. — Alors vous, qui avez été médecin à l'hôpital, vous avez été sous la dépendance des Petites Sœurs? (Rires.)
M. Ryckmans. — Je m'attendais à la haineuse déclaration de M. Terwagne. Ce qu'il vient de raconter de l'influence des Sœurs de Charité m'étonne très fort, puisqu'en ce moment les membres religieux du personnel des hôpitaux ne forment plus que le tiers de l'ensemble, il/. Terwagne. — C'est encore un tiers de trop! jI- JRj'ckmans. — Oui, pour M. Terwagne, mais non pour les ouvriers et les pauvres qui trouvent dans les Sœ'urs des consolatrices pour leurs maux et des anges de douceur et de dévouement.
AL Terwagne interpelle le conseil sur l'affaire de Lourdes.
Il dit:
« Les médecins étaient d'accord au sujet du voyage à Lourdes, l'argent était réuni et le conseil a
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cru devoir laisser faire. Il a même permis qu'on fasse dans les salles de l'hôpital des collecles pour réunir l'argent de poche de la pèlerine! Je ne sais pas qui a donné l'argent du voyage. Ce que je sais, c'est que je ne comprends pas comment les médecins ont mis d'accord leur conscience et leur science. Ils ont commis, en tout cas, une véritable trahison contre cette dernière!
M. Coremans. — Vous l'auriez sans doute laissé mourir au nom de la science! (Sensation.)
M. Terwagne. — J'aurais consulté un spécialiste des maladies hystériques, ce que les médecins de Sainte-Elisabeth ont eu le tort de négliger. Ce qui est certain, c'est que, sous l'influence de la suggestion, un phénomène et rien qu'un phénomène maladif s'est amendé. L'orpheline a regagné l'usage de ses jambes. Il lui est arrivé de regagner cet usage par intermittence et de sortir de son lit.
M. Ryckmans. — Où M. Terwagne trouve-t-il ces balivernes? Elles ne se trouvent dans aucun rapport.
M. Terwagne. — C'est mon enquête personnelle qui me l'a appris. Quand on veut appliquer dans les hôpitaux les méthodes scientifiques, le personnel se rebilTe ; quand il est question de Lourdes et de soidisant miracles, tout le monde s'emballe, jusques et y compris les médecins, et se met en quatre pour la propagande superstitieuse. Dans nos hôpitaux, l'agitation règne. On s'apprête à expédier de nouveaux malades à la grotte de Lourdes. C'est une épidémie de pèlerinards {sic). La sainte Vierge ne fait plus les miracles qui lui plaisent, mais ceux que lui commandent les médecins anversois. (Rires à gauche.)
M. Henderickx. — Le principal, c'est que la malade soit guérie!
M. Terwagne prétend que de pareils faits produi-
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sent de nouvelles adhésions à l'obscurantisme. (Applaudissements à gauche.)
Il combat l'esprit qui règne dans l'administration des hospices et espère que l'administration communale sera d'accord avec lui pour y introduire l'esprit nouveau.
M. Ryckmans répond. J'ai cru, dit-il, que les libres penseurs étaient des gens qui respectaient les opinions d'autrui. Je suis détrompé. La gauche a applaudi quand M. Terwagne s'est moqué de nos convictions religieuses. Des libres penseurs véritables n'auraient pas agi ainsi.
Au sujet des guérisons de Lourdes^ M. Terwagne ne niera pas l'opinion de Bernheim, un libre penseur pourtant, qui a étudié trois mille guérisons et ne les nie pas. Zola, lui-même, interviewé par le Temps, a déclaré qu'il croyait à la réalité du miracle Et il est d'accord avec les médecins en chef des hôpitaux laiquesdeNîmes, Montpellier, Paris, avec leD^ Lacroix, avec le D' Hébrard.
Etant donné ces faits, ne serait-il pas criminel d'empêcher un malade qui croit, et avec raison, aux guérisons surnaturelles de Lourdes, d'aller chercher là-bas la guérison espérée? Quand des médecins libres penseurs, comme le D' Jacobs et le D' Van de Vorst, des savants qui croient à la possibilité de la guérison sans croire au miracle, décident que l'enfant malade peut et doit aller à Lourdes, ils ne doivent pas être raillés et critiqués. Ils sont dignes du respect de tous les honnêtes gens. (Applaudissements à droite.)
L'enfant est complètement guérie, dit le D"" Van de Vorst, dans une interview. Faut-il croire à sa déclaration ou à celle de M. Terwagne, qui n'a pas soigné et ne soigne pas la malade?
M. Franck. — L'enfant n'est pas guérie. Je l'ai
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entendu dire par quelqu'un qui louche de très près à l'hôpital.
M. Jij^ckmans. — Vous l'aurez entendu raconter par la servante de l'employé du directeur de tel ou tel bureau. Laissez-moi rire! Il faut des preuves, monsieur Franck, et non des allégations ridicules!
M. Franck proteste violemment. Il annonce que, lui aussi, il apportera ici des livres pour renseigner le conseil sur Lourdes. (Hilarité générale.)
M. Terwagne, qui est médecin, n'a pas vu Lourdes. Il a parlé de la « saleté de la piscine ». C'est une pure légende! J'ai été trois fois à Lourdes et jamais je n'y ai vu l'ombre de pareille chose. Le D' Birot, anticlérical, a affirmé, dans le Journal de la Grotte, que les lois de l'hygiène les plus rigoureuses sont observées à Lourdes. Tous les gens sensés et sincères concluront avec moi que le médecin et les membres des hospices ont bien fait d'envoyer à Lourdes l'orpheline guérie. (Applaudissements à droite.)
M. Desguin, faisant fonction de bourgmestre. — Ce n'était pas la place, ici, de parler de miracles. Impuissants à guérir le mal dont elle soulfrait, de guerre lasse, les médecins ont songé à envoyer] M'ie Cools à Lourdes. La tillette a accepté cette proposition. La permission a été accordée, par les] hospices, par 3 voix contre 12 et le voyage a eu unj résultat heureux.
Nous n'avons rien à redire à ces agissements et] nous n'avons pas à critiquer le conseil des hospices qui, de l'avis conforme des médecins, a agi simplement pour le mieux d'une pauvre malade.
Une violente discussion s'engage sur l'ordre du] jour.
M. Coremans demande la priorité.
M. Terwagne oppose la question préalable.
Un boucan formidable éclate. Dans le bruit, oui
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entend M. Ryckmans (|ui s'écrie : « C'est ainsi que l'on respecte les droits de la minorité! »
La question préalable est rejetée au vote.
L'ordre du jour du collège est adopté par la gauche. La droite s'abstient.
Nous avons voulu reproduire une séance mémorable du conseil municipal d'Anvers, qui s'est prolongée pendant plusieurs heures entre les membres libéraux et catholiques du conseil.
Les guérisons de Lourdes ne franchissent pas seulement le seuil de nos sociétés savantes, mais ont leur retentissement dans les assemblées politiques.
Il est difticile de porter un jugement sur la maladie de la jeune Marie Cools. Les médecins qui l'ont soignée ne sont pas d'accord sur son cas, mais tous reconnaissent que sa guérison sort de l'observation ordinaire.
Nous pouvons dire ({ue si cette jeune fille reste complètement guérie, à l'abri de toute rechute, si elle a retrouvé à Lourdes non seulement l'usage de ses jambes, mais une santé bien équilibrée, on ne pourra parler ni de suggestion, ni de nerfs. Ce ne sera pas seulement une paralysie guérie, mais un tempérament refait. L'avenir nous dira ce que nous devons penser de cette guérison. Il serait téméraire de se prononcer en ce moment.
Quand il s'agit de maladies nerveuses, il faut toujours se rappeler les règles de Benoit XIV : « Il ne faut pas faire consister le miracle dans la cessation des crises, mais dans la cessation de l'état nerveux qui les produit. »
Dans toutes les maladies, il peut y avoir des accidents nerveux. Il y a, presque toujours, un mélange de lésions organicjues et de troubles fonctionnels. Il faut un grand sens clinique pour se prononcer sur le
caractère d'une guérison instantanée, même en admettant une maladie nerveuse.
Les théories de la suggestion, dans les maladies nerveuses, ne sont pas applicables dans la plupart des cas, dans le sens absolu qu'on veut leur donner. Nous allons reprendre cette question au chapitre de la suggestion.