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CHAPITRE XVI

Pie IX. — Sa dévotion pour Notre-Dame de Lourdes. — Léon XIIL — L'oflîce de la fête de l'apparition. — Inauguration de la grotte dans les jardins du Vatican, 4 Juin 1902. — Pie X. — Inauguration des sanctuaires de Lourdes, 28 mars 1904. — Pèlerinage des médecins à Rome. — Gonlerence sur les guérisons de Lourdes. — Le Saint-Père demande que les guérisons de Lourdes soient soumises à l'étude de la Curie.

Lourdes devait s'unir étroitement à l'Église. Dans la série des apparitions qui ont rempli la moitié du siècle dernier, nous trouvons une disposition qui nous indique que les enseignements de Lourdes devaient recevoir la consécration de l'Eglise.

La première apparition a lieu en i83o à Paris, dans la chapelle de la rue du Bac : la seconde en 1842 à Rome, sous les yeux de M. de Ratisbonne ; dans les deux, c'est Marie conçue sans péché telle que nous la voyons dans la médaille miraculeuse.

En i858, la Vierge de Lourdes nous donne son nom, mais depuis quatre ans Pie IX a proclamé le dogme de

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l'Immaculée Conception, et c'est lorsque Pie IX a parlé que la Vierge de Lourdes déchire tous les voiles ; ce n'est plus Marie conçue sans péché : c'est l'Immaculée Conception qui s'affirme et vient faire écho à la parole du Pape, Lourdes et Rome s'unissent dans une affirmation solennelle de ce glorieux privilège.

Depuis un demi-siècle le pèlerinage de Lourdes est toujours en évolution. En 1888, trente ans après les apparitions, la Vierge conduit les foules à son divin Fils, elle nous inspire ces manifestations eucharistiques qui resteront comme la plus solennelle affirmation de notre foi, comme le plus bel hommage rendu au Dieu de nos autels.

Au début du vingtième siècle, la Vierge met son œuvre préférée sous la sauvegarde du Pontife suprême : non seulement sa grotte s'élève dans les jardins du Vatican, mais toutes les institutions de Lourdes viennent demander la consécration de l'Eglise.

Pie IX

Les trois derniers Pontifes n'ont cessé de suivre d'un œil attentif le développement de nos pèlerinages.

Pie IX avait une grande dévotion pour Notre-Dame de Lourdes, il visitait souvent line grotte que lui avait offerte M. Hispa, de Toulouse; grotte très réduite et très imparfaite que l'on voit encore aujourd'hui dans les jardinsdu Vatican.

Le 19 février 1874. Mgr Langénieux, évêque de Tarbes, faisait don à Pie IX d'un émail cloisonné du plus beau dessin, représentant l'apparition du aSmars à Bernadette. Pie IX voulut mettre ce tableau dans son oratoire : « Là, dit-il, je vais plusieurs fois par Jour

adorer le Saint-Sacrement et si mon àme est désolée/ s'il me semble que Dieu estsourd à notre voix, je lèverai les yeux vers l'immaculée, Elle priera avec nous, Elle priera pour nous. » C'est le ii février 1907, anniversaire des apparitions, à l'aurore du cinquantenaire, que la cause de Pie IX a été introduite dans la Curie romaine.

Léon XIII

Sous le pontificat de Léon XIII, le 16 juillet 1890, la Sacrée Congrégation des Rites approuvait l'oflice pour la fête de l'Apparition de la Vierge Immaculée à la grotte de Lourdes. Par un acte qui n'avait guère de précédent, elle faisait monter sonapprobation jusqu'à l'apparition même de la Vierge. Le titre de l'Office portait : En la fête de V apparition.

Le procès-verbal de la première commission d'enquête nommée par Mgr Laurence était absolument probant dansle fond, mais il se trouvait manquer des formes canoniques prescrites et ce défaut le rendait nul. Le Pape, sur l'assurance que le rapport était valide quant au fond des choses, dispensa des formalités de la procédure.

Les leçons du deuxième nocturne contiennent tout le récit des apparitions avec le charme qui les rend si chères et les garde si vivantes dans le cœur des pèlerins. Entin par une exception bien rare nous trouvons en plein texte lalin le nom français de Lourdes et de Bernadette; le bréviaire romain fera de la sorte vivre ces noms tant aimés dans notre langue.

Le 10 décembre 1900, Mgr Schœpfer écrivait au Saint-Père pour lui demander la faveur d'édilier dans les jardins du Vatican une reproduction exacte de la grotte de Lourdes, et digne autant que possible, ajoutait-il, de noire sanctuaire et de la majesté de Rome.

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Mgr Schœpfer nous a dit souvent : « C'est évidemment par une inspiration providentielle, que la pensée m'est venue de placer la grotte dans les jardins du Vatican. J'étais loin de prévoir toute la portée de cette entreprise. J'allais souder ainsi plus étroitement Lourdes et l'Eglise catholique. »

Non seulement le Saint-Père accueillit cette offre avec la plus vive satisfaction, mais il désigna sur-lechamp le lieu où il lui serait agréable de voir s'élever cette nouvelle grotte. L'inauguration solennelle se fit le lei- juin 1902 et cette inauguration comptera parmi les événements les plus importants de l'histoire de Lourdes. Ce fut une fête splendide et que n'oublieront pas ceux qui y ont assisté.

Lorsque Mgr Schœpfer, évêque de Tarbes, offrait au Saint-Père cette grotte dont chaque pierre, disaitil, portait, avec le nom, la pensée d'un souscripteur, un silence religieux régnait dans l'assemblée; nous comprenions tous qu'un acte d'une portée considérable venait de s'accomplir.

Toute l'histoire de Lourdes se déroulait en ce moment devant nos yeux. Depuis i858. Pie IX et Léon XIII, le Pape de l'Immaculée Conception et le Pape du Rosaire, n'avaient cessé de suivre les progrès de nos œuvres ; les deux plus beaux fleurons de leurs couronnes sont enchâssés dans la pierre de nos Basiliques, et leurs noms, à travers les âges, seront répercutés par tous les échos de Lourdes.

En présence du Sacré Collège, de l'ambassadeur français, de la cour Pontificale et d'une nombreuse assistance, le Pape, après avoir suivi tous les détails de la cérémonie, voulut bénir lui-même la statue de la Vierge, à qui il se disait redevable de sa santé et de sa longévité.

Le lendemain, j'avais la consolation d'être reçu en audience privée. « Lourdes, me dit le Pape, c'est

le salut, l'espérance : Lourdes nous sauvera. » Son regard s'animait, sa parole devenait plus chaude, il semblait avoir hâte de se soustraire à toutes les préoccupations dont il recevait les échos; la pensée de Lourdes dissipait devant ses yeux tous les nuages: puis il m'interrogeait sur nos guérisons, sur nos travaux... Enfin, répondant à mes questions, il me dit : « Que pouvez-vous craindre pour votre œuvre? Sous la direction de votre évèque vous êtes dans une voie sûre : continuez vos études avec confiance. » Il ajouta : <( La cérémonie d'hier m'a procuré une grande joie; la grottede Lourdes sera désormais dans les jardins du Vatican, » En terminant, le Pape ouvrit les deux bras en me disant : « La sainte Vierge nous ouvre ainsi les hras, elle nous appelle, elle veut nous recueilir. nous sauver tous. »

La cérémonie de la veille rendait sans doute toutes ses impressions plus vives, sa parole plus affirmative, mais ce nom de Lourdes faisait toujours naître les mêmes impressions dans l'esprit du Saint-Père.

PieX

Pie X était depuis un mois à peine chargé du gouvernement de l'Église, quand il écrivait à Mgr de Tarbes en lui allirmant ses sentiments de tendre ilévotion envers la Vierge de la grotte. Soyez persuadé, disait-il, qu'à l'égal de nos prédécesseurs. Nous nous contions à sa maternelle protection, c'est par son secours que nous avons la confiance de voir non seulement votre patrie, mais aussi l'Eglise universelle se relever des maux dont elles sont assaillies.

Le Saint-Père visitait souvent la grotte de ses jardins : malgré sa ressemblance avec celle de Lourdes, il la trouvait trop nue ; « telle qu'elle est, disait-il, elle

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ne saurait donner entière satisfaction à mon cœur, il faut y faire quelque chose (jui la mette en valeur ».

Dès que Mgr Schœpfer, évèque de Tarbes, connut ce désir, il demanda comme une grande faveur que le Saint-Père voulût bien lui permettre de réaliser un projet si conforme à la piété catholique envers la Vierge de la grotte.

Pour entrer autant que possible dans les vues du Pape et mettre pour ainsi dire la perspective de Lourdes à la portée de ses yeux, les promoteurs de l'Œuvre décidèrent que l'on donnerait à la grotte un cadre qui rappellerait le panorama du sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes.

C'était un monument aux proportions plus grandes que l'on allait élever l'année du cinquantenaire de la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception et qui conserverait le souvenir de ces grandes fêtes.

Par une heureuse coïncidence, c'était le 27 février que le Saint-Père recevait les membres de la Commission qui devait exécuter ce plan. C'était l'anniversaire du jour où la Vierge avait dit à l'enfant : « Allez dire aux prêtres que je désire avoir une chapelle. »

L'inauguration eut lieu le 28 mars 1904 : elle se fit avec encore plus de pompe que la première fois, en présence d'une foule immense de près de vingt mille personnes; elle consacra délinitivement la prise de possession des jardins du Vatican par la grotte de Lourdes. Cette installation et cet agrandissement avaient pris trois ans : et deux papes avaient solennellement inauguré ce monument.

Désormais la grotte de Lourdes jettera un plus vif éclat à côté de la coupole de Saint-Pierre ; la llèche légère de sa basilique s'élève vers le ciel à une grande hauteur : on l'aperçoit de divers points de Uome.

Le pèlerinage des médecins catholiques à Rome

L'idée première de ce pèlerinage appartient à M. le professeur Durel, de la Faculté de Lille, mais à ce moment ce projet paraissait irréalisable : rien n'était prêt, ni les hommes, ni les ressources, ni les circonstances, et ce programme si invraisemblable devenait pourtant dix-huit mois plus tard une vivante réalité. ]\L le D' Féron-Yrau. qui fut le principal organisateur, a bien voulu nous faire l'historique du pèlerinage. Nous reproduisons ici son récit :

Notre-Dame de Lourdes, nous dit-il, devait nous ouvrir la voie.

Au mois d'août igoS, je me trouvais à Lourdes.

INL lîoissarie me dit que l'année 1904 approchait et, avec elle, l'anniversaire jubilaire de la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception, Les médecins devaient avoir une part active dans les manifestations qui se préparaient. D'ailleurs, Mgr Schœpfer, évèque de Tarbes, avait déjà pris une initiative dans ce sens et voulait organiser un pèlerinage pendant les vacances de Pâques.

Entin, un pèlerinage italien allait arriver au premier jour, sous la direction d'un prélat romain, Mgr Radini Tedeschi, secrétaire de la commission des Fêtes mariales à Rome, en 1904. Il convenait, me dit M. Boissarie, de s'entendre avec Mgr Radini-Tedeschi et d'étudier avec lui ce que nous pouvions préparer pour la gloire de Notre-Dame de Lourdes.

Mgr Radini-Tedeschi ne manqua pas d'approuver le projet et de s'en faire à Rome le zélé promoteur. Le journal L' Osservatore Bomano, du 7 septembre 1903, annonçait notre pèlerinage.

M. Boissarie avait accepté avec un véritable enthousiasme notre projet. Dès les premiers jours, nous

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nous engageâmes à mettre en commun toute l'énergie de notre foi et de notre dévouement pour la réalisation de cette grande pensée.

Nous ne pouvions rien faire avant d'avoir consulté la Société de Saint-Luc. Le i8 octobre, jour de son assemblée générale, notre proposition fut présentée par M. le D' Duret, qui sut par son éloquence couper court à toutes les hésitations et, séance tenante, un télégramme fut adressé au Saint-Père pour lui annoncer notre projet et lui demander sa bénédiction. On nomma immédiatement une commission, dont MM. les D^sDaucliez, Boissarie et Féron-Yrau furent membres, avec mission de préparer les éléments d'un programme de pèlerinage. Le journal La Croix nous offrit son concours, un employé supérieur de ce journal fut mis à notre disposition pour la correspondance.

Il y a en France plus de 20.000 médecins, nous en avons choisi un peu plus de 2.000. Nous nous adressâmes aussi à quelques confrères de Belgique, de Hollande, d'Espagne et d'Italie. Faute de temps, nous avons dû renoncer à toute propagande dans les autres pays catholiques. Quoi qu'il en soit, nous nous trouvions plus de 200 médecins réunis à Rome en audience pontificale.

Notre cher président général, retenu à Paris par le mauvais état de sa santé, avait confié la direction du pèlerinage à M. le D^ Lebec, vice-président de la Société.

Les médecins italiens, de leur côté, avaient fondé, sous la présidence du D' Taussig, une Société de Saint- Luc, à Rome, atin de nous recevoir d'une façon oilicielle.

Une circonstance toute providentielle obligeait M. Féron-Vrau à faire le voyage de Rome au commencement de février. Il put faire directement au

LOURDES A ROME SÔQ

Saint-Père l'exposé de notre programme. Le Saint- Père accueillit toutes ces communications avec grande bienveillance. Sa Sainteté consentit à entendre dans l'audience promise la lecture de deux ou trois relations des plus belles guérisons. Je devais communiquer, au moins quinze jours avant l'audience, ces relations en nombre suffisant pour que le Saint-Père pût choisir et préparer sa réponse. Ces relations lurent imprimées et les personnes qui en faisaient l'objet vinrent à Rome; tout semblait en très bonne voie. Nous avions en même temps élaboré le projet d'une conférence que je devais faire pour le public religieux de Rome.

M. Taussig eut la pieuse pensée de nous faire gagner le jubilé à Rome. Le 12 avril, une messe fut célébrée, dans l'église Saint-Côme et Saint-Damien, par jNIgr Schœpfer, qui voulut bien nous adresser une allocution pour contirmer l'entente détinitive des médecins catholiques de tous les pays et le succès de leur pèlerinage à venir.

Le programme médical était pleinement tracé, mais comment expliquer les difficultés de la dernière heure au sujet des hommages que nous voulions rendre à Notre-Dame de Lourdes? certes, ce n'est pas dans les sentiments personnels du Saint-Père qu'il faut en rechercher la raison. Sa Sainteté Pie X a, pour Notre-Dame de Lourdes, une affection toute spéciale; il a dit souvent qu'il avait deux regrets, c'est de n'avoir pu, avant d'être élevé au suprême ponliticat, aller ni à Jérusalem, ni à Lourdes. Mais, lorsque Pie X formula les réserves au sujet des faits merveilleux qu'on voulait lui faire connaître en audience solennelle, déjà, autour de lui, on avait signalé le danger qu'il y aurait à parler de guérisons qui n'auraient pas été reconnues par la congrégation des Rites; les médecins auraient pu sans doute étudier

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dans leurs réunions les principales guérisons, nous avions avec nous une quinzaine de nos miraculés, mais, au milieu des préoccupations du pèlerinage, avec un programme aussi chargé, ils n'en avaient pas le temps, s'ils en avaient eu le désir; ce n'est pas dans uii congres que l'on peut poursuivre des enquêtes qui demandent l'étude de volumineux dossiers et même l'audition de plusieurs témoins.

Au milieu de ces difficultés qui renversaient nos plus cliers projets, nous pouvions conclure avec M. Féron-Vrau que ce n'était pas encore le moment voulu de Dieu et qu'il fallait, tout d'abord, songer à l'intermédiaire de la Curie romaine.

L'installation de la grotte de Lourdes dans les jardins du Vatican avait demandé trois ans; l'étude des guérisons par des commissions canoniques régulièrement instituées par les évêques était une entreprise plus difficile et devait demander une longue préparation; l'initiative, du reste, devait partir de haut.

Mgr l'évêque de Tarbes avait conduit à Rome les représentants de toutes les œuvres de la grotte. Les médecins du pèlerinage étaient, pour la plupart, des habitués du Bureau des Constatations; un groupe très important de nos malades guéris étaient avec nous ; les membres de notre hospitalité assistaient à l'inauguration de la grotte.

C'était donc Lourdes qui venait à Rome, avec ses institutions et ses œuvres.

Dans une audience privée que le Saint-Père voulut bien m'accorder, le 12 avril 1904, au lendemain du pèlerinage, il nous disait : «Le mot de miracle ne doit pas être prononcé à la légère, car nous vivons aune époque où, plus que jamais, on peut invoquer la suggestion, mais nous savons, ajoutait-il, que la cicatrisation d'une plaie, la consolidation instantanée d'une plaie ne peuvent être rangées dans les effets de suggestion.»

Le Saint-Père voulait ainsi nous rappeler, dans une circonstance où tout semblait l'y convier, alors

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