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STRUENSEE. LES MARCHES AUX FLAMBEAUX

aux variations de la mélodie de la Bénédiction, conduisent à un brillant final.

L'entr'acte de la révolte des soldats du roi Christian contient une phrase d'une expression d'angoisse indicible, et un chœur des preux, dont la mélodie, empruntée à un chant populaire danois, traitée à quatre voix et chantée dans la coulisse avec l'accompagnement des tambours, a un très grand caractère.

Dans l'acte suivant se trouve une marche avec chœur, sur le thème développé de la mélodie danoise, contrepointé avec autant de talent que l'est le choral de Luther dans les Huguenots.

La scène du bal contient la célèbre Polonaise, écrite avec un grand brio et d'un mouvement étourdissant. Nous lui préférons néanmoins l'entr'acte de l'Auberge du pillage, et son allegretto villareccio, d'une si délicieuse fraîcheur rustique. Le rêve de Struensée dans sa prison et la marche funèbre sont puissamment dramatiques.

Edouard Colon ne a donné plusieurs auditions de Struensée, dans ses concerts, mais le génie de Meyerbeer était avant tout scénique, et sa musique de drame ne peut être jouée qu'au théâtre, comme nous l'avons déjà dit.

La première représentation de Struensée a été donnée le 19 septembre 18465 a Berlin, et l'ouvrage fut représenté depuis lors dans de nombreuses villes de l'Europe.

C'est après Struensée qu'ont été composées les Quatre marches aux flambeaux.

Elles présentent cette particularité rare d'être écrites à trois temps et plutôt sur un rythme de menuet ou de Polonaise. Ces morceaux étaient d'ailleurs destinés à être joués pendant une certaine cérémonie nuptiale à la Cour de Prusse, au cours de laquelle se déroulait un cortège de princes et de nobles dans les salles du château royal brillamment illuminées, d'où le nom de marches aux flambeaux . Les quatre marches ont été écrites spécialement pour les mariages de différentes princesses de Prusse : Anne et Charlotte, entre autres.

Parmi les marches de Meyerbeer, il faut mentionner aussi le Schiller marsch, exécuté à Paris à l'occasion de l'anniversaire de naissance de Schiller (10 novembre 1859). Tous ces morceaux sont des modèles de développement et, au point de vue technique, d'instrumentation d'orchestre militaire. Ils sont d'ailleurs restés au répertoire classique des musiques régimentaires.

Enfin, en 1849, apparaît le Prophète, qui marque le point culminant de la carrière meyerbeerienne.

Le Prophète est considéré par la généralité des musiciens et des critiques comme le chefd'œuvre le plus complet de Meyerbeer.

Le sujet de l'ouvrage est d'abord d'un ordre d'idées tellement élevé, qu'il n'y a plus, comme dans les deux premiers opéras de Meyerbeer, place pour les épisodes qui distraient le public. C'est aussi pour cette raison que le style en est tout différent et que l'inspiration y plane, d'un bouta l'autre, très au-dessus des drames vulgaires.

Il n'y a ici que la peinture de l'amour maternel en face du fanatisme religieux, car Bertha est un personnage épisodique très effacé, et l'amour de Jean, qui n'est qu'un prétexte à l'intrigue, y tient en somme fort peu de place.

Nous ferons ressortir, dans un chapitre spécial, l'importance du sentiment maternel et filial, dans l'opéra de Meyerbeer en général et dans le Prophète en particulier. Disons seulement ici quelques mots du livret et de la partition.

Le sujet a été tiré de l'histoire de la Guerre

des anabaptistes qui ensanglanta PAllemagne de i520 à 1 535. Ces hérétiques improuvaient le baptême donné aux enfants, ne conféraientce sacrementqu'à ceux parvenus à l'âge de raison et rebaptisaient ceux qui avaient été baptisés trop jeunes.

L'Histoire de la Guerre des anabaptistes a été écrite par M. Weil et a, nous devons le dire, peu de rapports avec la fable de Scribe. Le véritable nom de Jean de Leyde est Bockelson. C'était un aubergiste de Leyde, qui, séduit par les prédications et les promesses des anabaptistes, se mit à la tête de leur armée et prit Munster à l'évêque Waldeck, après avoir commis toutes sortes de crimes. Mais Waldeck fut soutenu par les troupes impériales ; il rentra dans Munster à la faveur de la trahison et fît périr Bockelson dans les tortures, en i535.

Scribe inventa les amours chastes de Jean de Leyde et de Bertha, pour faire diversion au tableau sanglant de la guerre religieuse. Il donna une importance capitale au personnage de Fidès, pour faire, selon son habitude, une opposition frappante entre l'amour des deux femmes pour Jean, (amour qui va jusqu'au suicide) et l'horrible caractère des trois anabap-

tistes, fanatiques religieux, pillards, traîtres et assassins.

On voit que ce livret est très supérieur à ceux que Meyerbeer avait reçus jusque là de son collaborateur. Peut-être aussi est-ce pour cela que le musicien fut inspiré encore plus largement dans cette œuvre que dans les autres.

La partition en effet, est supérieure aussi aux Huguenots eux-mêmes.

Après un chœur de paysans, exquis de fraîcheur, le premier acte est occupé par répisode, tout à fait charmant, de Bertha venant demander à Oberthal, seigneur et tyran du pays, la permission d'épouser Jean, qui lui avait sauvé la vie. Oberthal refuse et ordonne que la jeune fille soit emmenée prisonnière dans son château. A ce moment, les trois anabaptistes surviennent, groupent autour d'eux les paysans et les appellent à la prière par leur choral, puis ils les poussent à la révolte.

Dans ses chroniques des 29 avril et 27 octobre 1879, Berlioz, analysant la partition du Prophète, loue d'abord le choral des anabaptistes, dont « le caractère lugubre prend un aspect de plus en plus terrible, au fur et à me-

sure que le fanatisme de la nouvelle secte va se propageant et grandissant ».

L'un des thèmes principaux du Prophète est le chant: Ad nos, ad salutarem undam... or, nous avons retrouvé dans un choral de 1657 la mélodie dont Meyerbeer s'est inspiré pour en faire son leitmotiv. D'après les premières mesures que nous donnons en note (i), on voit que Meyerbeer n'a eu à changer, dans la première, que le la qu'il a remplacé par un fa, et le fa de la seconde qu'il abécarrisé.

L'auteur de la Damnation de Faust a une admiration sans bornes pour la scène révolutionnaire du Ier acte : « Cela fait frémir » dit-il, et il continue : « Ce chœur est si extraordinaire qu'il faut regretter de le trouver en Ier acte. Ces coups de foudre rendent toujours, pendant plus ou moins de temps, l'oreille insensible aux sons qui leur succèdent ».

Au second acte, les anabaptistes persuadent à Jean de se venger d'Oberthal et de s'enrôler sous leur bannière. Ils lui prédisent qu' « il sera roi ! » car leur dessein est de faire croire

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à leurs soldats que Jean est fils de Dieu et les conduira à une victoire certaine.

Le cabaretier de Leyde a eu précisément la nuit précédente un rêve, dans lequel il s'est vu couronner roi et, à propos de ce songe, nous signalerons dans ce morceau encore un exemple, à l'opéra, du leitmotiv, qui avait déjà fait son apparition dans Robert et Struensée. C'est en effet Meyerbeer qui fut le créateur de ce procédé d'expression.

M. Lavignac, dans son remarquable ouvrage « la Musique et les musiciens », écrit ceci : « Le récit du songe du Prophète n'estil pas basé sur une merveilleuse allusion orchestrale, à la scène du Sacre ? La partition entière de Struensée ne fourmille-t-elle pas, depuis le début de l'ouverture, des plus émouvants rappels d'une phrase symphonique admirable, qui, après s'être promenée dans tous les groupes de l'orchestre, ne trouve son explication et sa raison d'être qu'à la fin de l'ouvrage, à la scène de la bénédiction ? Si Struensée ou le Prophète étaient écrits de nos jours, on dirait que Meyerbeer a adopté la formule nouvelle : pourquoi ne pas lui laisser l'honneur d'avoir contribué à son développement ? »

Et M. Lavignac ajoute : « L'un des traits caractéristiques de la réforme wagnérienne est l'emploi systématique du leitmotiv symbolique, soit d'un personnage ou d'un objet, soit d'un état d'esprit, soit encore d'un fait, d'un acte dont il devient en quelque sorte l'hiéroglyphe invariable ».

« Je dis avec intention : emploi systématique et non invention. »

Ayant pour principaux personnages Jean de Leyde et sa mère, le second acte sera analysé dans le chapitre que nous avons consacré, vers la fin de cette étude, à la peinture de l'amour maternel et filial.

Le troisième acte dépeint les horreurs de la guerre religieuse, et la furie des anabaptistes s'v donne libre cours. Le chœur des soldats, qui veulent massacrer leurs prisonniers exprime, avec une puissance extrême, la fureur criminelle des bourreaux. C'est là aussi que se trouve la scène de la révolte apaisée par Jean , et ce sont, avec le tableau de la cathédrale, les pages les plus inspirées de la partition. Il y a un souffle de génie qui commence aux premiers mots du Prophète à ses soldats :

Qui vous a, sans mon ordre, entraînés au combat ?

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