‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessins (volume 2)Chapitre 137 sur 302 · HÉLÈNE FOURMENT A LA PELISSE · texte numérisé non relu

HÉLÈNE FOURMENT A LA PELISSE

Vienne. Galerie impériale, 1 1 8 r .

élène Fourment, toute déshabillée, est debout sur un tapis cramoisi contre un fond d’un noir opaque. Sur ses épaules est jeté un manteau de velours noir, doublé de fourrure. De la main gauche, elle tient les bouts croisés sur la ceinture et un linge blanc qui passe sur le bras. De la main droite, elle maintient la pelisse sur l’épaule gauche. Sur la tête, elle

porte un léger bonnet attaché sur le front par un ruban blanc. On voit les bras nus, la poitrine, le buste jusqu’à la ceinture, les jambes et les pieds. Son visage est tourné de trois quarts vers le spectateur. Elle est encore en pleine efflorescence juvénile et peut avoir 17 ans, l’âge où sa fraîche jeunesse séduisit Rubens, où sa carnation blanche et moelleuse charmait l’œil de l'artiste. Dans ses traits réguliers et ses grands yeux fendus en amande, elle a l’expression de timidité, d’effarement, qui lui restera toujours. Ses cheveux tombent en petites boucles sur le front et descendent en boucles plus longues sur les oreilles.

Une lumière pleine tombe sur sa peau d’une blancheur éclatante; ses bras dodus, ses seins jeunes et fermes, ses jambes bien tournées, tout est traité avec une complaisance qui trahit le peintre amoureux. Sa figure gentille et naïve est surtout charmante : la lumière qui lui tombe sur le front st glisse dans une demi-ombre sur la joue donne à la partie inférieure un éclat velouté. Le geste avec lequel elle se couvre en minime partie de son manteau a quelque chose d’ingénu qui s’harmonise bien avec le reste de la peinture. Le tapis rouge et le fond sombre font fortement ressortir l’éclatante blancheur de sa carnation.

C’est bien un portrait de femme réelle et nullement idéalisée ; ses pieds ont été serrés dans des souliers étroits, le poids de son corps a reposé sur ses genoux, mais c’est la plus belle carnation de femme, la plus naïve des figures que l’on puisse rêver.

Le tableau, un des chefs-d’œuvre du maître, est entièrement de sa main. Il a été fait vers i63o.

Par son testament, Rubens légua ce tableau, qu’il nommait la petite Pelisse , à Hélène Lourment, sans qu’elle eût rien à payer de ce chef à la mortuaire (1).

Au château de Sans-Souci, à Potsdam, il existe une copie où l’on a ajouté un enfant et un chien.

Gravures: V. S. 100, Paul Gleditsch ; 101, J. Mettenleiter ; 102 et io3,

(1) Aengaende de contrefeytsels van desselffs heer afflyvigens huysvrouwen ende van hem selven daerop corresponderende, alsoo hy by synen voors. testamente begeert ende geordonneert heeft, dat die sullen volgen aen hunne respective kinderen, ende de schilderye genaemt liet pelsken, aen svne alsdoen tegenwoordige huysvrouwe, sonder iet daervore te geven oft intebrengen, dwelk hier oock dient p. memorie. P. GÉNARD : La Succession de Rubens , CVI (Bulletin des archives d’Anvers. II, g3).

F. von Starnpart et Premier; 118, J. Mannsfeld. Non décrites: F. John; W. French ; Andréas Geiger ; W. Unger ; Louis Lenain.

Voir planche 289.

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