SUSANNE FOURMENT
(Femme de Raimond Del Monte et d’Arnold Lunden, 1599*1643).
(Le Chapeau de paille).
Londres. National Gallery, 852.
e tableau représente une jeune femme à mi-corps, vue presque de profil, les mains croisées sur la ceinture. Elle porte un chapeau de feutre de couleur sombre, à larges bords, posé un peu de biais, relevé légèrement sur la gauche et rabattu sur la droite, orné de plumes d’autruche noires et blanches. Les cheveux sont de couleur châtain ardent ; sur chaque tempe s’ébouriffe une petite mèche mutine. Le visage est remarquablement petit et délicat, mais régulièrement taillé. La bouche est petite, aux coins relevés, aux lèvres vermeilles ; les sourcils beaux, les yeux énormes, d’un bleu
gris foncé. Le bord du chapeau jette sur la moitié supérieure de la figure une légère ombre transparente ; la gorge est fine, mais charnue ; les seins sont relevés par le corsage et nus jusque près des mamelons. La carnation est d’un blanc chaudement teinté ; les belles mains, petites, aux doigts en fuseau, sont d’un ton plus chaud, par suite du reflet des manches écarlates. Le modèle porte des pendants d’oreille, la boucle en or, la breloque en grosse perle fine, du linge blanc avec un ourlet où passe un mince ruban de velours, un corsage de soie ou de satin noir, des manches de velours écarlate avec une manchette de dentelle. Une écharpe de gaze verdâtre est artistement drapée sur le tout. La main droite a une bague au premier doigt. Pour fond, le ciel, d’un bleu vaporeux à gauche, plus sombre et nuageux à droite.
Il y a beaucoup d’élégance dans la pose de la dame et de crânerie dans la manière dont elle porte son chapeau. Les tons sont d’une clarté extrême ; la peinture est si légèrement touchée et d’une pâte si mince que la frêle figure parait transparente et vaporeuse. Les vêtements ont un éclat peu ordinaire, avec des reflets chauds et abondants. C’est un travail fait avec soin et avec amour, élégant jusqu’à la mignardise et par là même peu rubénien. Malgré ses qualités peu communes et sa haute réputation, nous préférons les portraits mieux nourris de Rubens. Celui-ci est trop de surface ; l’extérieur est charmant, l’intérieur est vide, matériellement et intellectuellement. Cette femme, si fine, si aérienne, ne pense pas, ne sent pas : elle pose ; ses grands yeux ne reflètent pas d’âme.
Le portrait date de 1620 environ ; il est entièrement de la main du maitre.
La collection Albertine de Vienne possède un dessin représentant la même dame, nu-tête. La pose de la figure est la même, la toilette est changée. On voit par ce dessin que, dans le tableau, Rubens a grandement poétisé son modèle qui était loin d’être une beauté. Son grand front et ses grands yeux n’étaient pas en proportion avec le bas de la figure ramassé et maigre ; mais le chapeau cache ces défauts. Le dessin porte l’inscription - Suster van Heer Rubbens, » (sœur de Messire Rubens) mots écrits de la main qui, du temps de Rubens ou peu après sa mort, indiqua sur les portraits en dessin appartenant au maitre où à sa mortuaire le nom des personnages représentés. Il est clair que par « sœur « il faut entendre « belle-sœur, » et que c’est une des sœurs d’Hélène Fourment qui est représentée ici. Reste à savoir laquelle. Daniel Fourment, marié le i3 février i5go à Claire Stappaerts, a eu onze enfants dont sept filles: Claire, née en i5g3, mariée à Pierre van Hecke ;