SUSANNE FOURMENT
(Le Chapeau de Paille).
Gravé par R. COOPER.
Pl. 2g3.
Jeanne, née en i5g6, mariée à Balthasar de Groote ; Susanne, née en i5gg, mariée à Raimond Del Monte en 1617 et à Arnold Lunden en 1622 ; Marie, née en 1601, mariée à Henri Moens ; Catherine, née en i6o3, mariée à Pierre Hannicart ; Élisabeth, née en 160g, mariée à Nicolas Picquery et Hélène, née en 1614, mariée en i63o à Pierre-Paul Rubens.
Le modèle du Chapeau de Paille est Susanne Fourment, femme d’Arnold Lunden. Si on ne l’a pas découvert plus tôt, c’est qu’on s’est trompé sur la valeur du titre que la tradition ajoutait au nom du modèle. Celui-ci est de longue date connu comme « mademoiselle Lunden « (Jufvrouw Lunden). La désignation flamande était exacte, jufvrouw (mademoiselle) signifiant dans le langage du temps une femme mariée qui n’était pas noble de naissance. La traduction française était incorrecte et devait contribuer à dépister ceux qui cherchaient à désigner le modèle et voulaient y trouver une fille d’Arnold Lunden. Le doute n’est pas possible: les documents sont d’accord avec la tradition : Rubens a immortalisé dans le Chapeau de Paille les traits de Susanne, la sœur de sa seconde femme, Hélène Fourment.
Une estampe de Debucourt reproduisant approximativement le Chapeau de Paille l’appelle « Mademoiselle Lundens, maitresse de Rubens. » C’est aller un peu loin. Il est évident cependant que, même avant son mariage avec Hélène Fourment, Rubens était un commensal de la maison de Daniel Fourment dont le fils puiné, Daniel, épousa Claire Brant, la sœur de la première femme de Rubens. Les filles de Daniel Fourment l’aîné servirent plus d’une fois de modèles à Rubens ; ce sont très probablement elles et leurs maris que nous retrouvons dans la Société élégante ou le Jardin d’ Amour. Dans l’exemplaire de ce dernier tableau que possède le musée de Madrid (notre n° 835), Susanne Fourment ne se rencontre pas; mais dans celui qui appartient au baron Edmond de Rothschild (notre n° 836), elle a été introduite avec la même toilette et dans la même attitude que celle qu’elle a dans le tableau de la National Gallery.
Rubens fit souvant le portrait de Susanne Fourment. Dans la mortuaire du maitre, il y avait sept portraits de Jufvrouw Lunden. Deux furent vendus pour la somme de 120 florins à Arnold Lunden ; un troisième, à Hélène Fourment, pour 3oo florins ; un quatrième, à Albert Rubens, pour 144 florins; trois autres, au même, pour 60 florins. Tous ces portraits étaient peints avant la mort d’Isabelle Brant, c’est-à-dire avant le mois de juillet 1626 (1).
(1) Item vercocht aen S1' Arnoult Lunden, twee contrefeytsels van syne huysvrouwe, voor de
Dans un inventaire de la collection des tableaux appartenant à la famille Lunden, fait entre i63g et 1649, nous trouvons mentionnés un portrait de « Susanne Rubens » (lisez Fourment) évalué à i5o florins, un second portrait de « Susanne Rubens » à 25o florins, un troisième de “ Susanne » à 120 florins. Un catalogue postérieur de la même collection mentionne : Le portrait de
» Susanne Fourment, grande mère, * évalué à i5o florins. Autre portrait de la même, 120 florins. Autre de la même, en bergère, 260 florins.
Le Chapeau de Paille est fort probablement le portrait qui dans la mortuaire de Rubens, fut cédé à Hélène Fourment au prix de 3oo florins. La somme fort élevée à laquelle il fut évalué le met tout à fait hors de pair avec les autres portraits de famille acquis par Hélène Fourment et nous fait croire qu’il ne peut agir ici que du chef-d’œuvre appartenant actuellement à la National Gallery de Londres.
A la mort d’Hélène Fourment, ce dernier passa dans la famille Lunden. 11 était la propriété d’Arnould-Albert-Joseph Lunden qui mourut le 24 juin 1733 et le laissa à ses héritiers, en même temps que le portrait d’Isabelle Brant actuellement à Windsor-Castle et que la Prairie de Laeken actuellement au palais de Buckingham, à Londres. Ses descendants le possédèrent comme propriété indivise jusqu’en 1817. Le 2 novembre de cette année, le Chapeau de Paille fut vendu pour 5o,ooo francs à M. Joseph Stier d’Aertselaer (2). Après le mort de celui-ci, il fut vendu avec sa collection, le 29 juillet 1822, et acheté par Smith et Nieuwenhuyse, pour 32,700 florins sans les 10 °/0 • Ils le vendirent, en 1823, pour 35oo livres sterling à Sir Robert Peel, avec la collection duquel il passa, en 1871, dans la National Gallery de Londres.
D’où vient à ce tableau le nom de Chapeau de Paille ? En flamand, il
somme van hondert ende twintich guldenen, maer gemerckt die gemeyn waeren, soo comt de helft hier wt getrocken, bedraegende gl. 60.
Item soo heeft de voors. Rendante aenveert...
Een conterfeytsel van Jouffrouwe Lunden, voor dry hondert guldenen eens, maer alsoo dit stuck gemeyn was, soo comt hier tôt proffyte van desen sterffhuyse gl. i5o.
Item den voors. Joncker Albert Rubens aengeschadt...
Het contrefeytsel van Jouffrouwe Lunden, voor hondert ende vierentviertich guldenen, welck stuck gemeyn was, soo comt de helft hier wtgetrocken, bedraegende gl. 72.
Noch dry trognien van deselve, op doeck, voor tsestich guldenen, maer also die int gemeyn toebehoorden, soo comt hier voor de helft gl. 3o.
P. GÉNARD : La succession de P. P. Rubens (Bulletin des Archives d'Anvers. II, 87, 88).
(2) Papiers de famille de Monsieur le chevalier Gustave van Havre.
porte habituellement le nom de Spaansch hoedje , chapeau espagnol. C’était la forme du chapeau qui lui avait valu ce nom, le feutre à larges bords, le sombrero. Le nom français est évidemment donné par erreur. Peut-être a-t-on confondu Spaansch hoedje (chapeau espagnol) avec Spanen hoedje (chapeau de paille).
Gravures : V. S. ii5, R. Cooper, 1823 ; 117, S. W. Reynolds. Non citées : Cornilliet ; Rajon ; F. Daems, lithographie. Une figure en pied, lithographie coloriée signée V. H. 182g ; 1 38, Debucourt, figure autrement vêtue avec
l’inscription - Madlle Lundens, maitresse de Rubens. - Ce dernier portrait est encore gravé par Lecler, en 1825, sous le nom de Mademoiselle Lundens.
Sous le n° 116, Voorhelm Schneevoogt cite un portrait anonyme « Chapeau de Paille - qui a une corbeille de fruits dans les mains. Le portrait n’est nullement celui du modèle du Chapeau de Paille et n’a point le caractère rubénien.
Phototypie et Photographie : Photographische Gesellschaft, Berlin.
Photographie du dessin de l’Albertine : A. Braun.
Voir planche 293.
g5o. SUSANNE FOURMENT (Portrait d’une dame de la famille Boonen).
Paris. Louvre, 461.
Panneau. H. 62, L. 47.
a dame est représentée de trois quarts, tournée à gauche. Elle porte des pierreries dans les cheveux, une perle à l’oreille et une robe de satin noir brodée d’or. Elle tient de la main droite une riche chaîne en or et en pierres précieuses qui fait trois tours sur la poitrine. Derrière elle, un rideau rouge relevé. Le modèle ne possède que de médiocres attraits ; son expression est déplaisante ; elle a le nez fin et droit, légèrement aquilin, la bouche petite, les cheveux frisottants autour du front ; ses yeux perçants prennent une place énorme dans le visage. La peau a une teinte d’ambre claire sur laquelle quelques taches rosées, bleuâtres et blanches sont posées. Ce coloris est superbe et donne à l’œuvre une haute valeur.
Le modèle peut avoir 25 ans environ et le portrait, entièrement de la main du maître, est peint vers 1625. Il fut adjugé à la vente de la baronne douairière de Boonem (Bruxelles, 1776) au prix de 2025 florins. Cette baronne
de Boonem était une descendante de Rubens par Claire-Pétronille, fille d'Albert Rubens et de Claire Del Monte ; la tradition rapporte que le personnage représenté était de la famille de la dame Boonem. De là, par corruption de Boonem en Boonen, est venu le nom que le tableau porte actuellement. Il fut acquis dans la vente du duc Choiseul-Praslin (Paris, 1793) à 775o livres.
Mois croyait que la dame représentée était la petite-fille de Rubens, Claire Pétronille, dont nous parlons plus haut (i). Il est évident qu’il se trompe: tous les enfants d’Albert Rubens étant nés après la mort du peintre.
Mais ce qui nous paraît hors de doute, c’est que la dame représentée était de la famille de Rubens. Elle lui a servi souvent de modèle. Nous la reconnaissons très facilement dans l’une des Trois Grâces de l’ Éducation de Marie de Médicis (notre n° 732), où elle est un peu plus jeune que dans le présent portrait. C’est à n’en pas douter Susanne Fourment, le modèle du « Chapeau de Paille. » Les yeux énormes, le nez fin, l’exiguité du bas du visage en comparaison du vaste front, tout concorde parfaitement avec le portrait de la National Gallery et avec le dessin de l’Albertine.
Parmi les nombreux portraits de Susanne Fourment, dame Lunden, qui se trouvaient dans la mortuaire de Rubens, il est probable que le présent est celui qui fut payé 144 florins par Albert Rubens. Nous avons dit plus haut qu’au siècle dernier, il appartenait à une descendante de ce fils du peintre, la baronne de Boonem.
Dans la galerie du baron Alphonse de Rothschild, à Paris, se trouve une répétition de ce tableau, parfaitement conforme au portrait du Louvre, mais fait plus méticuleusement, d’une peinture plus lisse, œuvre d’une main habile, mais pas de celle de Rubens (Panneau, H. 62, L. 46).
Gravure: Lacour, 1827 ( Galerie du musée français. XI, 27).
Photographie : Photographische Gesellschafft, Berlin.
g5i . SUSANNE FOURMENT.
an s Y Art Union de 1846, (P. 252), nous trouvons décrit en ces termes un portrait de femme qui, alors, se trouvait dans la collection de lord Northwick: « Un portrait de Mlle Lunden, la jeune dame dont Rubens à fixé les traits pour la postérité en même temps que sa propre
(1) Mo LS : Rubeniana MS. 5736, fol. 3x3.