‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessins (volume 2)Chapitre 193 sur 302 · Portraits de Rubens par Allais et Denon · texte numérisé non relu

Portraits de Rubens par Allais et Denon

Une estampe non-citée et gravée par Tom Aloysio, avec la mention: - Rubens dip. L’originale esiste in Napoli nella Gai. di S. E. il Ministro degli Affari Interni cav. D. Nie. Santangelo » représente Van Dyck et Rubens. Ce dernier se voit ici tel qu’il figure sur la planche gravée par Pontius d’après Van Dyck, c’est-à-dire, la main sur la poitrine. Le haut de la tête est chauve, le collet du manteau est garni de fourrure. Sans nous porter garant de l’exactitude de l’attribution, nous ferons observer que ce portrait constitue un document intéressant, parce que c’est le seul où Rubens, dans l’attitude choisie par Van Dyck, est représenté chauve sur le haut de la tète, comme il l’était réellement.

io5o. RUBENS ET ISABELLE BRANT.

Munich. Pinacothèque, 782.

Toile marouflée. H. 174, L. 1 32 .

ans un berceau tapissé de chèvre-feuille, l’artiste et sa première femme sont assis, lui sur un siège, elle plus bas sur une élévation du terrain ou sur un tabouret. Tous deux sont vêtus de somptueux habits, élégants et éclatants de couleur. Lui porte un haut chapeau, de forme conique, un col rabattu de dentelles blanches, un pourpoint jaune, brodé de noir, des culottes de velours noir, des bas orange. Sur ses genoux est étendu un manteau brun, doublé de noir. La main gauche s’accroche à la

(1) SMITH: Catalogue. II, 760.

garde de son épée ; sur la main droite, appuyée sur le genou, est posée la droite de sa femme. De la main gauche qui retombe à côté d’elle, Isabelle Brant tient un éventail fermé. Elle est coiffée d’un haut chapeau conique, dont le bord est relevé d’un côté, et d’un bonnet ; autour du cou, elle porte une riche fraise de dentelle. Le reste de la toilette consiste en un corsage, dont le devant de satin blanc descend très bas et est brodé de fleurs, bleu et or, et dont le reste est de satin noir rayé, en un jupon violet et une sous-jupe jaune. Les deux jeunes époux sont heureux. A n’en point douter, ces riches habits, ils les ont portés le jour de leur mariage qui n’est pas loin. Lui est si jeune, si beau, si bien portant ! Sa moustache d’un blond clair, sa barbe clairsemée et floconneuse vont bien à sa figure fine et blanche. Ses cheveux sont d’un châtain foncé et à moitié bouclés. Le mouvement de son corps est admirable cl’élégance et de grâce. Il a placé l’une jambe sur l’autre et s’appuie sur le bras qui est posé sur le dossier de son siège ; il se penche légèrement vers sa jeune épouse, et exprime bien par toute sa pose le bonheur calme et assuré. Elle est la nouvelle mariée, bonne, simple; ses traits sont réguliers, sans être d’une beauté élégante ; une petite figure ronde, dont les yeux bruns, les pommettes un peu saillantes font un visage ordinaire de jeune bourgeoise. Dans l’ombre que le large bord de son chapeau jette sur sa figure, ses yeux brillent de ravissement; elle regarde droit devant elle, dans une douce rêverie, contente de son sort, fière du compagnon de sa vie. On le voit bien : elle est l’inférieure, mais elle sera la douce et fidèle épouse dont il dira en pleurant sa mort prématurée : « En vérité, j’ai perdu une excellente compagne ; on pouvait, que dis-je, on devait même la chérir par raison, car elle n’avait aucun des défauts de son sexe ; point d’humeur chagrine, point de ces faiblesses de femme, mais rien que de la bonté et de la délicatesse ; ses vertus la faisaient chérir de tout le monde pendant sa vie ; depuis sa mort, elles causent des regrets universels (i). «

La peinture est admirable de tous points ; la couleur est riche et pleine, quoique dans une gamme sombre, les chairs doucement nuancées et moelleuses. Le grand charme réside dans la belle pose, l’heureux groupement, si dégagé et si naturel. Le travail est très serré, très solide; les contours nets frisent la dureté. C’est un précieux document pour la manière de peindre du maître dans le premier temps, après son retour à Anvers.

(i) Rubens à P. Dupuy, le i5 juillet 1626 (EMILE GACHET : Lettres inédites de Pierre Paul Rubens. P. 5 1 ) .

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