‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessins (volume 2)Chapitre 2 sur 302 · THOMYRIS ET CYRUS · texte numérisé non relu

THOMYRIS ET CYRUS

Paris. Louvre, 433.

Toile. H. 263, L. 19g.

’est une composition toute autre que celle du tableau appartenant à lord Darnley. II y a neuf personnages, parmi lesquels il y en a deux dont on ne voit que la tète. La reine est assise sur un trône ; à côté d’elle sont debout, à droite, deux jeunes femmes et une vieille. A gauche, un homme, un genou en terre, tient la tête de Cyrus au-dessus d'un vase de cuivre. Derrière celui-ci, un homme d’expression refrognée, vêtu d’une draperie d’un rouge éclatant. Au second plan, un homme âgé ; plus loin, deux têtes coiffées de casques et simplement indiquées. En tout, il n’y a donc que six personnages principaux. Le coloris est d’un éclat, d’une intensité de coloris sans égale. Paul Véronèse qui a une œuvre capitale à côté de celle-ci, dans la salle carrée du Louvre, pâlit dans son voisinage. La reine porte une robe blanche avec des broderies d’or, ses pieds reposent sur un coussin bleu ; son manteau est d’une étoffe, blanc et or, doublée d’hermine. Des deux femmes à côté d’elle, on n’en voit guère qu’une. La robe de cette dernière est d’une étoffe couleur d’ambre qui se casse avec des reflets brillants en passant des tons chauds et sombres aux clartés châtoyantes. Au-dessus de la robe, elle porte une écharpe bleue-claire. La robe d’un vert bronzé de la seconde jeune femme est seulement indiquée. L’homme à l’extrémité opposée n’a d’autres vêtements qu’une draperie d’un rouge vineux, un bonnet de fourrure et des bottes montantes. Le tapis qui se trouve sur les degrés du trône est de teintes variées et éclatantes. Les chairs, d'une nuance claire, ressortent lumineuses sur les draperies les plus hautes en couleur. Le point de mire est la robe blanche de la reine, qui a

(1) Voir SMITH : Catalogue. II, 619 et IX, 3g3.

pour contrepoids, des deux côtés, les robes jaune et rouge. Une draperie d’un écarlate intense, suspendue dans le haut, cache la partie supérieure ; à gauche, on voit le ciel parsemé de nuages blancs.

L’expression des figures principales n’a point d’importance ; les personnages secondaires ne disent rien à l’esprit. Thomyris nous montre un air somnolent qui cadre peu avec son rôle. Rubens a tout sacrifié à l’éclat du coloris. Comme on le remarque généralement dans les tableaux de sa dernière manière, l’exécution l’emporte sur la conception, les qualités picturales sur celles du dessin. Une chaleur indicible couvre tout le tableau et l’éclaire d’une lumière douce, harmonieuse, réellement féerique qui ne laisse guère d’ombre ni de parties froides, mais pénètre le tout de son chaud éclat et fait jouer des reflets sur toutes les parties.

Le tableau doit avoir été agrandi, à en juger par les coutures, qui traversent les, accessoires des quatre côtés. C’est surtout dans le haut que l’allongement est considérable.

Il est entièrement de la main du maître, sauf quelques accessoires sans importance. Il date de la dernière période de sa carrière, de i632 ou i633. Dans les deux suivantes qui se tiennent à droite de la reine, on reconnait les deux saintes (Ste-Catherine et Ste-Barbe) qui se trouvent dans le St-Ildefonse (notre n° 456). Dans les deux tableaux, l’une des jeunes femmes pose une main sur l’épaule et l’autre sur la ceinture de sa compagne.

Déjà sous Louis XIV, l’œuvre faisait partie de la collection des rois de France.

Photographie : Anonyme.

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