VII. CHASSES ET ANIMAUX
n5o. LA CHASSE AUX LIONS.
Munich. Pinacothèque, 734.
Toile. H. 247, L. 375.
hommes, dont quatre à cheval, luttent contre un lion et une lionne, combat est arrivé au moment le plus dramatique. Le lion vient ssaillir un des cavaliers ; il lui plante les griffes dans la poitrine et les dents dans le milieu du corps. Il l’arrache de son cheval et le fait tomber à la renverse. L’homme, sa lance à la main, est encore suspendu sur sa monture qui se cabre violemment, mais sa main touche déjà la terre et sa tête est près du sol. C’est un spectacle effrayant qu’offre ce malheureux, la tête pendante, les traits livides, les yeux écarquillés, la bouche grande ouverte par la frayeur. Trois cavaliers s’élancent pour secourir leur compagnon en danger. L’un, portant un vêtement rouge et un turban blanc, a le teint d’un brun foncé et les lèvres épaisses du nègre ; il enfonce une lance dans le corps de l’animal qui s’acharne à sa proie. Le second, portant le casque et la cuirasse, va de son épée frapper le lion sur la tête. Le troisième, portant une draperie foncée et un turban blanc, lui enfonce la lance dans le cou. Les chevaux sont affolés de frayeur. Le blanc qui est monté par l’homme renversé, se dresse et, sous la griffe du lion enfoncée dans sa chair, se tord et hurle d’angoisse. Le coursier brun du cavalier cuirassé n’est maintenu qu’avec peine
sur le lieu du combat ; les oreilles et la crinière se dressent, les yeux et les naseaux sont largement ouverts. Le cheval gris, à gauche, fuit dans un galop éperdu ; le brun foncé, à droite, rue et tourne la tête avec frayeur vers le lion. Par terre, la lionne lutte. Elle a enfoncé ses griffes dans la poitrine d’un homme au buste nu, renversé par terre et se défendant au moyen d’une épée courte ; un autre chasseur, armé d’une épée et d’un bouclier, s’élance au secours de son compagnon ; un troisième, l’épée encore à la main, est étendu mort par terre. Le fond est formé par un ciel aux nuages gris bleuâtres et par une bande de paysage.
Le drame est rendu d’une manière saisissante. Le danger couru est résumé énergiquement dans les deux chasseurs attaqués et dans les chevaux affolés de frayeur qui se déjettent dans toutes les directions. Ces mouvements brusques et divers, ces poses anormales peignent bien le paroxysme auquel est montée cette mêlée effroyable. Hommes et animaux entremêlés forment un groupe étroitement lié, dans lequel le courage, la frayeur, l’effort exaspéré, le danger imminent sont indiqués par chaque trait. L’homme jeté à la renverse et son cheval pirouettant sur ses pattes de derrière sont certes une des créations les plus hardies du plus dramatique des peintres.
La chasse, comme le maître la conçoit, est d’ailleurs un genre éminemment rubénien, où sa prédilection pour l’action dramatique, pour l’effort héroïque, pour le mouvement fougueux, éclate mieux que partout ailleurs et trouve matière à produire, coup sur coup, des chefs-d’œuvre.
Le coloris du tableau est clair sur un fond pâle. Les tons sont bien tranchés. La peinture est traitée d’une manière décorative avec une grande facilité et peu de retouches.
Le tableau a été fait au commencement de 1618, ou peu avant cette année, pour le duc, plus tard électeur, de Bavière, Maximilien. Il a été commencé par des élèves sur le dessin ou l’esquisse du maître. Les parties principales, spécialement les nus du premier plan sont entièrement repeints par Rubens; d’autres parties, tels que les chevaux bruns et les hommes du second plan, ont été beaucoup moins retouchés par lui.
Le paysage est de Wildens, de même que les animaux. C’est probablement Van Dyck qui a aidé Rubens dans la peinture des figures. De même que dans tous les tableaux où nous croyons apercevoir la collaboration de l’illustre élève et de son maître, la fusion de leurs travaux est parfaite.
La Conversion de Saint-Paul (notre n° 477) et la Défaite de Sennacherib (notre n° 124), tous deux antérieurs au présent tableau, renferment des motifs que
Rubens à utilisés dans la Chasse aux Lions. Le cheval qui se cabre en tournant la tête vers le milieu du tableau se rencontre dans ces deux compositions ; le cavalier casqué se retrouve dans la première; le St. Paul, tombant de cheval à la renverse, rappelle le cavalier assailli par le lion.
Dans une liste de peintures que Rubens envoie à sir Dudley Carleton, le 28 avril 1618, il mentionne « Une chasse de cavaliers et de lions, commencée par un de mes élèves, d’après un tableau fait par moi pour le sérénissime duc de Bavière, mais entièrement retouchée de ma main (1). « La chasse faite pour le duc de Bavière, qui se trouve actuellement à la pinacothèque de Munich, était donc terminée avant la date susdite.
Elle se trouvait anciennement au château de Schleissheim, comme Sandrart le constate (2).
La collection du comte Schônborn à Vienne, n° 17, possède une étude pour la tête du cavalier saisie par le lion (H. 41, L. 3o).
Le cardinal de Richelieu possédait une répétition de la Chasse aux Lions de la pinacothèque de Munich. Un inventaire des trésors artistiques du château où il se trouvait attribue les animaux à Snyders, le paysage à Fouquières (3).
Plus tard, cette répétition passa dans la galerie du duc de Richelieu. De Piles la décrit et en donne la mesure: 12 pieds de large sur 7 de haut (4).
Le musée Plantin-Moretus (Salle III n° 26) en possède une copie ancienne (Toile. H. i32,5, L. 2i3) qui se trouvait déjà dans la famille Moretus, le premier janvier i658.
Une copie de la même chasse, provenant du révérend Hamilton, fut adjugée dans la vente J. Hickman (Londres, 1847) à 3oo livres sterling.
Dans le second envoi fait par le gouvernement de Napoléon I au musée de Bordeaux se trouvait une Chasse au Lion , attribuée à Rubens et à Snyders (H. 10 pieds, L. 7 1/2 pieds) que l’on disait provenir de Munich. Le tableau périt dans un incendie du musée de Bordeaux.
En comparant le tableau de la pinacothèque de Munich à la gravure
(1) Una cacçia cominciata da un mio discepolo d'huomini a cavallo e lioni appresso uno chio feci per il Sermo di baviera ma tutta ritocca di mia mano. WILLIAM HOOK CARPENTER Op. cit. p. 144.
(2) Teutsche Academie. II, 293.
(3) Galette des Beaux-Arts, juillet 1882, p. 21.
(4) De Piles : Op. cit. iv, 298.
de Bolswert, la toile semble avoir été raccourcie dans le haut et sur le côté gauche. L’estampe montre la pointe de la lance du cavalier arraché du cheval et l’on y voit en entier l’homme qui, à gauche, accourt pour aider son camarade luttant contre la lionne. Il est douteux toutefois que le tableau ait jamais eu les dimensions que lui attribue la gravure. En effet, la copie du musée Plantin-Moretus le reproduit à peu près exactement. A gauche, toutefois, la partie enlevée à l’homme qui tient l’épée est moins considérable dans cette copie que dans l’original.
Gravures: V. S. Suites ôi1 Schelte a Bolswert (Dédicace : « Excellentissimo Heroi Alexandro Croy, Chimay, d’Arenberghe, Principi S. Imperii et Chimaij, comiti de Beaumont, Baroni de Comines Hallewyn et Estroeng, Domino Terræ Pariatusque Avesnensis, Esclaibes, Weert, Nederweert, Wissem et Dei gratia Supremarum urbium terrarumque de Fumay et Revin, Primo Pari Ditionis Comitatusque Hannoniensis, Equiti Aurei Velleris, a Concilio Belli, Tribuno Legionis Germanicæ pro Rege Catholico, Picturæ sculpturæque admiratori Dn0 Suo S. a Bolswert D. C.). Non décrites: F. Piloty et J. Wôlfffe (lith.) ; le Tellier. Le musée du Louvre possède le dessin pour la gravure de S. a Bolswert; il a été lithographié par L. Blau.
Photographie : F. Elanfstaengl.
n5oBIS- LA CHASSE AUX LIONS.
St. Pétersbourg. Ermitage, 5qo.
Panneau. H 43, L. 64.
squisse du numéro précédent. Les modifications introduites dans le tableau définitif sont importantes. Dans l’esquisse, le lion a sauté sur le cheval et mord le cavalier ; un second lion attaque le cavalier, qui se trouve à gauche du premier et qui, en fuyant, donne un coup de lance au fauve. Le cavalier, à l’extrême gauche, ne s’enfuit pas, mais accourt au grand galop sur la scène du combat.- L’homme mort, à droite, manque.
L’esquisse est de la main de Rubens.
Elle provient de la collection Crozat.
Photographie : A. Braun.