‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessins (volume 2)Chapitre 256 sur 302 · LE RETOUR DES CHAMPS · texte numérisé non relu

LE RETOUR DES CHAMPS

ii5i. LA CHASSE AUX LIONS.

|n vient de voir que, le 26 avril 1618, Rubens offrit à Dudley Carleton, en échange de ses marbres, entre autres tableaux: « Une chasse de cavaliers et de lions, commencée par un de ses élèves d’après celle du duc de Bavière et entièrement retouchée de sa main. « Cette chasse mesurait 8 pieds de hauteur sur n de largeur et était évaluée par le peintre à 600 florins. Dudley Carleton refusa d’abord de prendre ce travail d’élève. Rubens insiste dans sa lettre du 12 mai, en disant qu’il rendra cette chasse aussi belle que celle que Dudley Carleton avait déjà et qui était une chasse Européenne (La Chasse aux Loups et aux Renards , notre n° 1 1 5 6) . Le 22 mai 1618, Dudley Carleton consentit à prendre la Chasse aux Lions, à condition qu’elle formât le pendant de celle qu’il possédait (1). Le ir septembre 1618, il était en possession de la pièce. A cette date, nous la trouvons inscrite sur une liste qu’il avait dressée de ses tableaux se trouvant en Hollande (2).

|e 161g à 1621, Rubens négocia l’échange d’un tableau du Bassan, appartenant à sir Dudley Carleton et représentant une Création des animaux. Le 7 août 1619, la Création du Bassan était déjà envoyée à Rubens ; elle était dans un état déplorable. Le peintre l’évaluait à 10 livres sterling. La pièce à donner en échange était une chasse « où il y avait des lions et des tigres et trois hommes à cheval (quelques-uns à mi-corps) chassant et tuant des bêtes ou étant tués par elles. « L’original de dimension plus grande avait été fait pour le duc de Bavière et payé 100 livres sterling. Rubens avouait que le tableau n’était pas de sa main, mais prétendait qu’il avait été entièrement retouché par lui (3). Toby Matthew, qui, le 25 novembre

(1) William Hookham Carpenter : Op. cit. p. 159.

. (2) Noël Sainsbury: Op. cit. p. 46.

(3) Toby Matthew to Sir Dudley Carleton. Antwerp, November 25, 1620.

May it please your Lordship :

I hâve receaved your Lordships of the 12 of the last and as soone as I found by Rubens that the Caccia was ended I came hither to serve your Lordship. I hâve seen both the Création and the Caccia ; they are just of a bigness. The Création is so intirely spoyled, that for my part I would not be bound to hange it up in sight, though he would give it

IÔ20, donne ces détails à sir Dudley Carleton dit que le tableau ne paraît pas être terminé et que le coloris ne lui plaît guere. Le peintre en demandait cent Philippes et en outre la toile du Bassan. L’agent l’évaluait seulement

à quatre-vingt ducats, sans compter la Création. Rubens n’admit point cette

me for nothinge ; and he offers it to me, or to any body for fîfteene Duckatts. It daily grovvs worse and worse by any indeavor that he can use to restore it. The Cornile came not with it.

The Caccia is of an excellent desseigne. There ar Lyons and Tygars, and three men on horse backe (some in halfe figures) huntinge and killinge beastes and beinge killed by them. The originall was a rare thinge and sold to the Duke of Bavaria for a hundred pound starlinge. but it was bigger than this. Rubens confesseth in confidence that this is not ail of his owne doing and I hâve thanked him for this confession, for a man who hath but halfe an eye, may easily discerne it ; but he protests that he hath touched it over ail, in ail the partes of it. I must confess a truth to your Lordship (though I know he will be angry at it, if

he knows it) that it scarce doth looke like a thinge that is finished and the colorito of it

doth little please me, though upon the whole mattir it be a gallant peece, for the desseigne of it is precious.

I did, with ail the discrétion I had, deale with him about the price, but his demands ar like the Lawes of Medes and Persians which may not be altered. He valued as he sayth (in a letter to Mr Trumbull) his Caccia at a hundred Philipps besides the Création. I wish that letter had not been written, for I see it hilpes to oblige him to be unreasonable. Yet I was so imprudent as to offer him fifty Duckatts and so by degrees, but the cruell courteous Paynter would not sett a less price upon it then before ; but told me, as he sayd he told Mr Trumbull, that he would referr himselfe to your Lordships curtesy. I told him plainly that I would not oblige you to such a proportion of expence, that I thought he might content

himselfe with less ; that yow did but ordayne this picture out of a compliment to a friend of

yours in England, and that if he would not color 1 would tell your Lordship in what case thinges stood, and what I had seen and what I had sayd, that your Lordship might take your owne resolution. And so your Lordship sees I do, and if yet any thinge remayne to be done by me, I am both in this and in any thinge of your Lordships concerne as readv as your Lordships owne hart can thinke or wish, and so I continue.

Your Lordships most humble and most affectionate servant ever,

Tobie Matthew.

Post. If the case were mine, I would make no difficulty to send him fourescore Duckatts and to thinke that he might well be contented with it. Lor rarely though I had much use

for such a picture, I would be very loath to give him for it i5 pound. Yet perhaps for

so small a matter, you will not hâve him be able to say that you ar content to beate a bargayne with him.

(Noël Sainsbury: Op. cit. p. 52).

évaluation ; il soutint que le tableau avait été entièrement retouché par lui, mais se déclara satisfait du prix que sir Dudley Carleton voudrait en donner (i). La chasse fut envoyée en Angleterre, au mois de mars 1621 ; elle était destinée à la galerie du prince de Galles.

Le tableau ne plut guère aux connaisseurs anglais ni au prince, qui refusa de l’admettre dans sa collection et voulut avoir de Rubens une pièce que le maître lui-même reconnaîtrait pour un chef-d’œuvre. Le tableau fut renvoyé et Rubens se chargea de faire entièrement de sa main une chasse moins terrible que celle des Lions (2). Il avait terminé en ce moment (i3 septembre 1621) une Chasse aux Lions , commandée par l’ambassadeur lord Digby pour

(1) Pierre-Paul Rubens à William Trumbull, 26 Janvier 1621.

La peinture faitte pour Monsieur l’Ambassadeur Carleton est toute preste, et très bien accommode'e dedans une casse de bois suffisante pour faire le voyage d’Angleterre. Aussy je la livreray entre les mains de M. Corham sans aucune difficulté, toutesfois quil luy plaira de la prendre, ou d’envoyer pour icelle son moindre garçon. Mais de desdire ce que j’ay dit à Messieurs nos Juges, à sçavoir que la peinture ne vaut pas autant, ce n’est pas ma façon de faire; car si j’eusse fait tout l’ouvrage de ma main propre, elle vaudrait bien le double, aussy n’est elle pas amendée légèrement de ma main, mais touchée et retouchée par tout esgallement. Je conformeray (confirmeray ?) bien le mesme que j’ay dit, que, nonobstant que la peinture estoit de cette valeur, que pour les obligations que j’ay à Monsieur l’Ambassadeur que je me contenteroy de telle récompense que bonne et juste semblerat à son Excellence sans aucune répliqué. Je ne sçauroye dire davantage ne me submettre plus amplement au bon plaisir de ce personnage que j’estime beaucoup plus que personne me (ne?) sçauroit croire. Le tableau de Bassan, lequel j’avoy en eschange, est tellement gasté, que tel qu’il est, je le vendray à tous venans pour quinze escus.

Transcripte de l’originale (de P. P. Rubens) par W. Trumbull.

(Noël Sainsbury: Op. cit. p. 248).

(2) Monsieur,

Je suis très content que la pièce faite pour Monsieur l’Ambassadeur Carleton me soit rendue et de faire une autre chasse moins terrible que celle des Lyons, rabattant au prix le payement dicelle comme est de raison, toute de ma main propre, sans aucune meslange de l’ouvrage d’autruy ce que je vous maintiendray en foy d’homme de bien. Il me deplaist aussi qu’il y aura pour ceste affaire quelque mescontentement de la part de Monsieur Carleton, mais il ne s’est laissé jamais entendre clairement toutes les foix que je luy ay fait instance de vouloir déclarer si ceste pièce devoit estre un vray Originel entièrement, ou seulement

être présentée au marquis de Hamilton. Rubens rendit la Création du Bassan retouchée par lui et s’engagea à fournir au prince de Galles un tableau entièrement fait de sa main et qui fut probablement son propre portrait (i). De la chasse « moins terrible que celle des Lyons, » il ne fut plus question.

Il n’est pas très clair de quel tableau de Rubens il s’agit dans cette correspondance. Nous apprenons, d’une part, que le tableau, offert par lui en échange de la Création du Bassan, représentait des tigres, des lions, trois hommes à cheval et d’autres vus à mi-corps; d’autre part, il est dit que l’original avait été fait pour le duc de Bavière. Or, la Chasse faite pour le duc de Bavière ne renferme ni tigres ni chasseurs représentés à mi-corps. D’ailleurs,

touchée de ma main. Je voudrais avoir occasion de le remettre en bonne humeur envers moy, encore qu’il me debvroit couster quelque payne pour lui rendre service. Je seray bien ayse que ceste pièce soit colloqué en un lieu si éminent comme la gallere de S. A. Monsieur le Prince de Galles et feray tout mon extrême debvoir afin de la rendre supérieure d’artifice a celle d’Holofernes laquelle jay fait en ma jeunesse. Jay quasi achevée une pièce grande toute de ma main et de meilleures, selon mon opinion, représentant une chasse de Lyons, les figures aussy grandes commes le naturel, ordonnée par Monsieur l’Ambassadeur Dygbye, pour présenter, comme j’ay entendu, à Monsieur le Marquis de Hamilton. Mais, comme vous dites très bien, telles choses ont plus de grâce et véhémence en un grand tableau qu’un petit. Je voudroy bien que ceste peinture pour la Gallere de Monseigneur le Prince de Galles fust de proportion plus grande, pour ce que la capacité du tableau nous rend beaucoup plus de courage pour expliquer bien et vraysemblablement nostre concept. Toutefois je suis prest en toutes les façons de m’employer à vostre service et me recommandant humblement à vostre bonne grâce me profferay (prouveray ?•) tousjours

Monsieur

Vostre très humble Serviteur,

Pietro Paulo Rubens.

Quant à Sa Majesté et Son Altesse Monsieur le prince de Galles je seray tousjours bien ayse de recevoir l’honneur de leurs commandemens, et touchant la sale au nouveau Palays je confesse d’estre, par un instinct naturel, plus propre à faire des ouvrages bien grandes que des petites curiositez. Chacun a sa grâce ; mon talent est tel, que jamais entreprise encore quelle fust desmesurée en quantité et diversité de suggets a surmonté mon courage.

D’Anvers ce j3 Septembre 1621 stylo novo.

(Noël Sainsbury. Op. cit. p. 249.)

(1) W. Trumbull to sir D. Carleton Brussels, Mars 1, 1623.

My lord Danvers desyreing nowe to hâve his Création of Bassano againe ; because Rubens hath mended it very well ; doth by a lettre commande to me to treate with him, for his owne Pourtrait, to be placed in the Princes gallery.

(Noël Sainsbury. Op. cit. p. 64.)

Page 1