DEUX HOMMES QUI SCIENT UN ARBRE
loups se dresse sur les pattes de derrière pendant qu’on lui enfonce dans la gueule un fer de lance. L’autre se dresse à moitié en se défendant contre un chien. On voit trois chiens à droite, deux à gauche et un dans le fond. Un bout de paysage et un ciel parsemé de nuages cuivrés ferment l’horizon. Les contours sont très nettement tracés ; les couleurs posées par plaques. L’action est dramatique, la disposition des groupes heureuse.
Le maître s’est fait aider par ses élèves ; mais l’ensemble est si harmonieusement fondu qu’on n’y distingue plus deux mains différentes. Les deux loups surtout sont superbes. Le tableau est un chef-d’œuvre du genre.
Il date de la première moitié de la carrière du maître, de 1617 environ.
Suivant Smith, il fut fait pour le général Leganès, commandant de l’artillerie dans les Pays-Bas sous le marquis de Spinola. Le tableau resta dans la famille et le comte Altimera en était propriétaire, en 1814, lorsqu’il fut transféré au Louvre. Restitué à la famille en i8i5, il revint à Paris, où il fut vendu, en 1820, à J. Smith pour une somme de 5o,ooo francs..
Il passa dans la collection d’Alexandre Baring, le premier lord Ashburton.
Une Chasse aux Loups et aux Renards de la même composition que le tableau de lord Ashburton se trouve à St. Pétersbourg, dans la galerie Jussupow. Les figures sont de grandeur naturelle, le tableau est bien conservé, les couleurs brillantes, mais il est pendu trop haut pour permettre d’en juger convenablement.
Gravures: V. S. 3 1 5 , P. Soutman, invenit effigiavit et excudit; J. Troyen; 3i6, W. De Leeuw; Gia. Termini, in Venetia. Dans la gravure de W. De Leeuw, le renard mort, sur le devant, et le renard poursuivi par un cavalier, dans le fond, manquent.
Voir planche 324.
Collection de lord Methuen à Corsham Court.
Toile. H. 201, L. 280.
épétition en moindre dimension du tableau précédent. Waagen en dit qu’elle est d’une exécution solide et magistrale et d’une telle profondeur et puissance de coloris que, excepté Rubens, personne d’autre que Snyers ne peut avoir terminé les animaux (1).
(1) WAAGEN : Treasures. IV, 395.
Voici ce que nous savons de l'origine du présent tableau et du suivant qui représente le même sujet en plus grande dimension.
Le 9 octobre 1616, Toby Mathew écrivit à Dudley Carleton que George Gage et lui avaient négocié avec Rubens pour acheter une chasse, suivant l’ordre qu’ils avaient reçu du destinataire de la lettre. Rubens en demandait 80 livres sterling ; Dudley Carleton aurait voulu avoir le tableau en échange d’une chaine en diamant, mais le peintre déclara ne vouloir prendre ce bijou qu’au prix offert par les orfèvres et ce prix, suivant Matthew, ne dépassait guère 5o livres. Rubens refusa donc l’échange et cela d’autant plus qu’il était en pourparler avec le duc d’Arschot pour la vente de la même chasse. Le 3o décembre, Toby Matthew croyait que le tableau serait vendu à ce seigneur. Rubens l’évaluait à ioo livres, mais reconnaissait avoir eu tort de le faire tellement grand que les palais des princes seuls avaient des chambres assez vastes pour le suspendre. En conséquence, il aurait consenti à le vendre à 80 livres, mais ne voulait pas le céder à un liard de moins. Le sujet lui plaisait tant qu’il en faisait une reproduction beaucoup plus petite. En effet, la grande peinture avait 18 pieds de large et 12 pieds de haut, et la reproduction ne mesurait que 10 pieds en largeur et 7 en hauteur. Le peintre consentit à laisser cette dernière à Dudley Carleton, au prix de la chaîne, et promit de la faire aussi parfaite, ou même plus parfaite que l’autre. Gage, qui l’avait vue, l’admirait beaucoup et déclarait qu’il aurait mieux aimé en donner 60 livres que 80 de l’autre (1). Vu la concordance des mesures, le tableau en question doit être celui que possède lord Methuen.
Rubens l’exécuta pour sir Dudley Carleton en échange de la chaîne de diamants évaluée à 44 livres sterling. Le premier novembre 1617, George Gage écrit à Dudley Carleton que c’est une excellente pièce, préférable peut-être à la grande chasse, vu qu’un tableau fait pour la seconde fois par un maître réussit mieux que la première. Nous trouvons le tableau énuméré dans une liste de ses peintures que Dudley Carleton adressa, le premier septembre 1618, au marchand de S. M. le roi de Danemarck. Sous le n° 6, nous lisons: “Une Chasse européenne aux Loups et aux Renards. Entièrement par Rubens. 9 pieds de large, 7 pieds de haut. » Rubens, en proposant à sir Dudley Carleton, le 12 mai 1618, entre autres tableaux, en échange de marbres antiques, une Chasse aux Lions , avec des personnages maures ou turcs, dit
(1) NOËL SainsburY: Papers relating to Rubens, p. 14-17 et 21.
qu’elle pourra servir de pendant à la chasse avec des personnages européens de sa main, que le seigneur anglais possédait déjà.
Le 6 février 1617, Toby Matthew croyait le grand tableau de chasse vendu au duc d’Arschot pour 100 livres et ajouta que l’archiduc Albert l’aurait acheté depuis longtemps pour lui-même, s’il avait eu une salle assez grande pour le placer. Mais il n’y avait que la grande halle du palais, « qui appartient autant à vous et à moi qu’à lui même, « dit Matthew, où il aurait pu le placer. Le 24 avril 1617, Matthew écrit à Dudley Carleton que le grand tableau de chasse est vendu à 100 livres (1). C’est le tableau que nous mentionnons dans le numéro suivant.
n dehors des deux exemplaires de la Chasse aux Loups et aux Renards , qui se sont conservés, Rubens en a fait un troisième qui n’a pas laissé de traces. C’est celui qui fut acheté par le duc d’Arschot, comme nous l’avons dit dans le numéro précédent, et qui mesurait 18 pieds de large et 12 de haut, soit 5,5o mètres sur 3,66 mètres.
n5g. LA CHASSE AU SANGLIER.
Marseille. Muse'e, 39g.
Toile. H. 247, L. 3 1 8 .
u milieu de la composition, le sanglier saute par-dessus un tronc d’arbre couché par terre et est attaqué par cinq chiens qui accourent de droite et par un sixième qui vient de gauche. Près de ce dernier, un homme par terre, s’appuyant sur le tronc d’arbre, a rompu le bois de sa lance en attaquant le sanglier et voit avec terreur la bête s’avancer vers lui. Un second piqueur, debout, le buste nu comme le premier, pousse sa lance dans la gueule ouverte de la bête ; un troisième, coiffé d’un chapeau de paille, l’attaque avec une hallebarde ; derrière eux, à l’extrême gauche, un paysan sonne du cor. Au milieu du tableau, au-dessus de la bête, un
(1) Noël Sainsbury : Op cit. P. 23, 32. 46.
cavalier noble pique le sanglier de la pointe de son épée qui ploie ; il porte un chapeau à larges bords et un costume élégant. A droite, deux hommes et deux dames à cheval ; un des hommes est nu-tête, l’autre est coiffé d’un bonnet rouge à plume blanche ; une des dames porte un chapeau noir à plume blanche ; la seconde a les cheveux couverts d’un réseau. Dans le fond, on voit des arbres. Les figures des chasseurs sont d’un coloris crayeux et pâle. La composition se distingue par l’intensité du mouvement et par l’unité du groupement. Les chiens et le sanglier sont probablement de Paul De Vos, les arbres de Wildens. Rubens a retouché les figures, spécialement les chasseurs au buste nu.
Le tableau date de i6i5 environ.
Il fut donné au musée de Marseille, par le gouvernement français, en 1802. Les archives du Louvre donnent Munich comme lieu de provenance.
La pinacothèque de Munich (n° g65) en possède une répétition attribuée à Jean Fyt. Dans la galerie de lord Darnley se trouve une grande copie de cette chasse.
Gravure: V. S. 3i7, P. Soutman, invenit, effigiavit et excudit ; 3i8, W. De Leeuw.
Photographie : Cayal.
Voir planche 325.