‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessins (volume 2)Chapitre 265 sur 302 · UN PAYSAGE AVEC PHILÉMON ET BAUCIS · texte numérisé non relu

UN PAYSAGE AVEC PHILÉMON ET BAUCIS

Vienne. Musée impérial, 1171.

Panneau. H. 147, L. 209.

e paysage représente le penchant d’une montagne rocheuse sur lequel tombent des torrents de pluie. Les eaux descendent impétueusement des terrasses qui coupent la côte. On voit des arbres qui s’élèvent entre les rochers ; un bœuf est resté engagé parmi leurs troncs. Les hommes se sauvent devant l’inondation ou sont entraînés par elle. De modestes maisons de laboureurs, à gauche; vers le milieu, sur une hauteur, une bâtisse imposante. A droite, en petites figures, Jupiter, ses foudres à la main et son aigle planant au-dessus de lui ; Mercure, tenant son caducée ; Philémon et Baucis, pliant les genoux dans une attitude suppliante. Ce groupe est représenté évidemment au moment où Philémon et Baucis, sur l’invitation de Jupiter, prononcent le vœu d’être pendant toute leur vie les gardiens du temple que le Dieu vient de faire surgir à la place de leur cabane. Le paysage montre la campagne dévastée, en punition de l’inhospitalité de ses habitants. Les éclairs jettent leurs lueurs fauves sur le paysage, dont une partie est plongée dans une obscurité sinistre ; une autre est teintée de bleu ardoise et de vert vif. Dans le bas, à gauche, un arc-en-ciel s’élève au-dessus des eaux.

Il y a dans ce tableau trois parties assez distinctes : le premier plan.

le second plan et le ciel. Le premier plan est de Rubens ; il est fait largement et de main sûre, tout d’un trait. Le second plan est plus soigné et aussi plus tourmenté, les lointains sont fins et bleuâtres, le feuillage est détaillé ; cette partie est de Luc Van Uden, mais retouchée bien entendu par Rubens. Le ciel est encore de ce dernier. C’est lui aussi qui, par des retouches, a répandu l’effet général de la lumière sur la composition. Il a peint l’orage, l’arc-en-ciel, les traînées de pluie qui raient le ciel, la foudre et ses reflets, l’écume de l’eau dans les fonds, et les scintillements de l’éclair sur la cascade. C’est lui aussi qui a peint les figures. Les travaux des collaborateurs sont admirablement fondus avec l’œuvre du maître : une preuve de la grande part que ce dernier prit à l’exécution.

Le tableau date des derniers temps de Rubens, de 1640 environ. Le catalogue des peintures trouvées dans sa mortuaire le mentionne sous le n° 137 “ Un grand Déluge, avec l'histoire de Philémon et Baucis. « Il fut acquis par l’archiduc Léopold-Guillaume, dans l’inventaire des tableaux duquel il est décrit en i65g. Il s’est trouvé ensuite dans le château de Presbourg, d’où il fut transféré, en 1781, au Belvédère, à Vienne.

Dans la collection Baring de Londres, il existe de ce tableau une copie ancienne que Mensaert vit, avant 1763, chez De Griek, à Bruxelles (1) et qui passa successivement dans les ventes suivantes : Cappello (Amsterdam, 1767), 1400 florins ; Montribloud (Londres, 1784), 2,401 francs ; Henry Hope

(Londres, 1816), 200 guinées ; Philip Panné (Londres, 1819), i5y guinées.

Gravures: V. S. 521, S. a Bolswert (Dédicace: D° ac Magist0 Philippo van Valkenis J. U. Q. L. Secretario Antverpiensi D. C. Q. Aegidius Henrici). L’éditeur a fait graver comme explication du sujet quatre vers du premier livre des Métamorphoses d’Ovide : « Occidit una domus : sed non domus una perire Digna fuit etc. », qui n’ont aucun rapport avec la scène représentée. Non citées : W. Unger ; M. Hoffmann

P ho togra phie : L o e wy .

Voir planche 329.

(1) G. P. MENSAERT : Le peintre amateur et curieux. I, 61.

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