SUR LES HAUTEURS
n6g. UN PAYSAGE AVEC LA TEMPÊTE D’ÉNÉE.
Londres. Collection Hope.
Toile collée sur panneau. H. 6 1 , L. 99.
e site représente une haute montagne rocheuse, au sommet de laquelle s’élève un phare d’où sortent des flammes. A son pied, l’océan, turbulent et violemment soulevé, vient de briser un vaisseau contre le roc. Seuls, deux matelots restent à bord; un troisième, jeté sur la côte, s’accroche à un arbre brisé, pendant qu’un quatrième, grimpé sur le rivage, est assisté par un homme agenouillé sur le bord de la mer. A gauche, cinq hommes allument du feu ; derrière ceux-ci, deux autres accourent vers la plage. Au milieu, un pont rustique traverse un ravin et conduit à un passage pratiqué entre les rochers pour escalader la montagne. Plus haut, s’élève une forteresse et les mats de vaisseaux à l’ancre. Le sublime et terrible effet que produit la scène est heureusement relevé par la lumière matinale, qui perce la nuit et contraste avec les noirs nuages suspendus sur la mer et avec les feux dont les flammes livides brillent à travers les ténèbres (1).
Le catalogue des tableaux trouvés dans la mortuaire de Rubens mentionne, sous le n° i5o, « Un grand paysage, sur toile, collé sur bois. » Ce pourrait bien être le présent tableau.
La collection des estampes de Bruxelles possède de ce paysage un dessin par Rubens.
De Piles décrit, dans la collection du duc de Richelieu, un paysage de Rubens, en ces termes: « l’un, fait en Italie, représente la vue d’un fanal situé sur une montagne auprès de Porto-Venere. » Nous croyons qu’il s’agit ici du présent tableau.
Gravure: V. S. Ô22, S. a Bolswert (Dédicace : « Clarissimo viro D. Casperio Gevartio, jurisconsulte, Archigrammatæo Antverpiano, lmp. Caes. Ferdinandi III. Aug. Historiographo. Lub. Mer. D. D. Aegidius Henrici »).
Selon Smith, la gravure reproduit le tableau avec des additions et des variantes. L’inscription sous la gravure se compose de quatre vers empruntés au troisième livre de l’Énéide: « Tum mihi cæruleus « etc. (v. 194-197). Si Rubens s’est inspiré de ce passage, c’est la scène décrite dans les vers 2o5-2o6 qu’il
(1) Smith : Catalogue. II, 1 2 1 5 .
a cherché à rendre : « Quarto terra die primum se attollere tandem Visa, aperire procul montes, ac volvere fumum. « Mais, dans tous les cas, le rapport entre les vers de Virgile et le tableau de Rubens est bien vague.
Voir planche 33o.
1170. UN PAYSAGE AVEC LA CHASSE de Méléagre et Atalante.
Bruxelles. Musée, 2i4D.
Toile. H 1 10, L. 1 68.
u premier plan très accidenté, Atalante, suivie d’une compagne, vient de tirer une flèche contre le sanglier de Calédonie. Une dizaine de chiens entourent la chasseresse ; l’un d’eux s’est jeté sur la bête
blessée et lui mord l’oreille. A gauche, arrivent deux chasseurs à cheval ; à droite, Méléagre à pied, en arrêt, la lance à la main, attend le sanglier.
Au-dessus de lui, une cigogne prend son vol. Devant lui s’étend une flaque d’eau, dans laquelle la bête va se jeter. Le fond est formé par une épaisse forêt, le vrai sujet du tableau. Quelques arbres, détachés en avant du massif, reçoivent des touches de la lumière ardente du soleil qui se couche dans le fond. Le côté gauche, dégarni, est inondé de sa lumière intense qui frappe en plein la lisière de la forêt et fait ressortir vivement la forme et la couleur distincte des arbres. Sur le ciel ardent, leurs silhouettes se dessinent avec
vigueur et rudesse. Au milieu et à droite, la lumière perce sur quelques points les masses de la verdure: on dirait un incendie allumé dans la nuit de la forêt, dont le spectateur apercevrait les lueurs à travers le feuillage épais.
Le tableau n’est qu’une ébauche grandiose dont la première couche est formée d’un simple frottis. Sur ce fond, le peintre a posé, avec une hardiesse et une sûreté de touches rares, les points lumineux et les plaques ardentes
répandus dans les airs, sur les arbres et sur les personnages. Il ne s’est pas donné la peine de fondre, d’harmoniser son travail ; il a fait jaillir dans la forêt sombre le feu d’artifice du soleil couchant, avec son scintillement fantastique et son averse de clartés fulgurantes. Il s’est bien gardé de donner de l’importance à ses personnages, le drame se jouant par la nature et non par les hommes.
Le travail, entièrement de la main du maître, date de son tout dernier temps, i63g ou 1640.
La spécification des tableaux trouvés dans la mortuaire de Rubens mentionne sous le n° i3i : “ Un grand bois, au naturel, avec la Chasse d’Atalante en
petites figures, sur toile « et sous le n° i63 : « La Chasse d’Atalante et de
Méléagre. » Une autre Chasse d’Atalante, qui se trouvait dans la mortuaire, fut cédée au commis des finances Maes, au prix de 36 florins.
Dans tous ces tableaux, il n’y a que le n° i3i qui indique clairement le présent tableau ou le suivant. La Chasse de Méléagre, mentionnée sous le n° i63 et celle qui fut donnée au commis des finances Maes, nous semblent se rapporter aux compositions décrites sous nos nos 637 638.
En i83o, le tableau faisait partie du cabinet de lady Stuart. Dans la vente de cette collection (Londres, 1841), il fut acheté par Edmond Higginson à g5o guinées. En 1884, il fut exposé par AV. B. Beaumont dans l’Exhibition of old Masters. Il fut vendu, le 25 juin 1887, chez Christie, à Londres, au
prix de 354 livres sterling et acheté, peu de semaines après, de M. Léon
Gauchez par le musée de Bruxelles, au prix de 25ooo francs.
Un paysage avec la Chasse de Méléagre et Atalante (Panneau. H. 2 pieds 4 pouces, L. 3 pieds 4 pouces) fut adjugé dans la vente Amory (Amsterdam, 1722), à 720 florins et dans une vente anonyme (Amsterdam, 1732), à io3o florins.
Gravure: V. S. 523, S. a Bolswert. Non citée: Anonyme, avec le titre l'Eté.
Voir planche 33i.
1171. UN PAYSAGE AVEC LA CHASSE de Méléagre et Atalante.
Madrid. Musée, 1 5 83 .
Toile. H. 160, L. 260.
omposition identique à celle du tableau précédent. Facture moins primesautière et énergique. C’est une répétition peinte par Luc van Uden et retouchée par Rubens; une œuvre très belle encore, mais inférieure à celle du musée de Bruxelles. Comme le tableau original, elle date de i63g ou 1640.
Elle se trouvait dans un palais royal de Madrid au temps de Philippe IV. Photographie : J. Laurent.