MINERVE PROTÉGEANT LA PAIX CONTRE LA GUERRE
Londres. National Gallery, 46.
Panneau. H. 198, L. 297.
u milieu du tableau est assise la Paix, le torse nu, une draperie écarlate sur les genoux ; de la main droite, elle presse sa mamelle et en fait jaillir le lait dans la bouche d’un petit enfant qui se serre contre elle. Le dieu Pan, accroupi devant elle, tient une corne d’abondance; un tigre couché à ses pieds joue avec les branches sortant de cette corne. A gauche, une femme, figurant la Richesse, ayant pour tout vêtement une draperie noire et jaune attachée sur les reins, apporte un bassin d’or plein de joyaux et de pierreries. Une seconde femme, la Joie, joue du tambourin qu’elle élève au-dessus de la tête. Dans le haut, un génie apporte une couronne et un caducée. A droite de la Paix, un amour ailé tenant une pomme en main ; un petit génie, portant un flambeau et étendant une couronne de fleurs au-dessus de la tête d’une petite fille. Celle-ci, accompagnée d’un petit frère et d’une petite sœur, s’avance vers le Faune et reçoit dans sa robe relevée les fruits qu’un amour prend dans la corne d’abondance ; sa petite sœur tient un grain de raisin à la main ; le petit garçon a passé les bras autour du cou de ses deux sœurs. Au second plan, la Guerre, figurée par un homme armé, est repoussée par la déesse Minerve. Il a tiré le glaive et est vu de dos retournant la tête. Devant lui s’élance la Discorde ; l’incendie dévore le pays et la fumée obscurcit l’horizon.
Le tableau mal vernissé a poussé au noir. Le groupe des enfants est particulièrement beau et intéressant ; un sentiment délicat a inspiré ici l’artiste. Le groupe de la Paix et de ses compagnons, le dieu des champs, la Richesse et la Joie sont également réussis. La Guerre est une figure malheureuse. Le contraste entre le mouvement des figures du premier et du second plan, entre les carnations éclatantes du groupe figurant les bienfaits de la Paix et le ton sombre de l’Allégorie de la Guerre est admirable.
Le tableau est soigné, surtout dans les figures du premier plan. Il devait
combat, l’épée sanglante dans la droite, le bouclier levé dans la gauche, tout cuirassé, portant un manteau rouge sur le bras qui tient le bouclier, sort du temple de Janus. A gauche se tient Vénus, sans autre vêtement qu’un voile de gaze qui flotte sur l’épaule et une draperie écarlate laquelle, couvrant une partie des reins, tombe derrière elle jusqu’à terre. Elle passe le bras autour de celui de Mars en cherchant à le retenir ; elle penche la tète vers lui et tout le haut de son corps repose sur l’épaule du dieu. De son bras droit, passé devant la poitrine du guerrier, elle retient celui-ci par la draperie rouge. Au-dessus du groupe principal plane un amour, deux autres se tiennent par terre auprès de Vénus. Une femme éplorée, habillée de noir et dépouillée de ses ornements, s’élance en avant, les mains levées : elle figure l’Europe dévastée par la guerre. Un petit génie, pleurant et portant un globe surmonté de la croix, indique ,1e monde chrétien souffrant. A droite, la Discorde, brandissant un flambeau, entraine Mars vers la lutte. Deux autres Furies, la Peste et la Famine, planant sur le champ de bataille la précédent. Au fond, on voit le combat engagé. Dans le coin inférieur de droite, un architecte, portant un compas dans la main tendue et touchant de l’autre un chapiteau de colonne, est renversé sur le dos ; il représente les constructions, érigées pendant la paix, détruites et foulées aux pieds par la guerre. Une femme, vue de dos, tenant un luth, est étendue à côté de lui, ainsi qu’une mère embrassant étroitement son enfant pleurant. C’est l’Harmonie, la Maternité, la Famille et la Charité détruites par la guerre. Mars, posant le pied sur un livre dont dès pages sont déchirées et sur un dessin, désigne la Guerre qui foule aux pieds les lettres et les beaux-arts. Au-dessous de lui git un cadavre. A gauche, le temple de Janus est ouvert et indique que la guerre a commencé. Par terre sont éparses les flèches, qui réunies en faisceau, formaient le symbole de la Concorde ; les liens qui les tenaient ensemble se trouvent près d’elles. On y voit également le caducée et l’olivier, symboles de la Paix détruite. Dans le fond, à droite, une fumée épaisse et le reflet des flammes de la guerre. A gauche, entre Vénus et le temple de Janus, une échappée de vue sur le ciel bleu.
Le coloris du tableau est splendide. Vénus est la blonde la plus moelleuse et la plus éclatante que le maître ait produite. Son expression de prière et de séduction est admirable. Sa pose est moins heureuse; elle a le corps tout déjeté, mais ce corps grassouillet est le plus beau que l’on puisse voir et illumine de son éclat tous les personnages environnants. Le guerrier et le génie de la Patrie sont des figures énergiques ; les amours ont de commun avec la Vénus leurs formes opulentes. Le ciel bleu, le génie qui y voltige,