LA SOCIÉTÉ ÉLÉGANTE
(Le Jardin d’Amour).
Paris. Collection du baron Edmond de Rothschild.
Panneau. H. 125, L. 171.5.
e sujet de ce tableau est le même que celui du précédent ; la plupart des groupes sont identiques. Seulement, ici, il y a trois personnages de plus au premier plan : à savoir, un cavalier, vu de dos et assis par terre, que sa voisine relève, une dame près du premier groupe de droite et une autre, la tête à moitié couverte d’un voile, à côté de celle-ci. Par contre, les personnages du second plan manquent ; dans le haut, près de la fontaine, il n’y a que quatre amours; la statue surmontant la fontaine est debout. La facture de ce tableau est extrêmement soignée ; la couleur est brillante ; la lumière, éclatante dans le paysage, est plus douce vers le milieu et à droite. Entre le temple et la fontaine, où sont placés le rosier et les amours, se trouve une partie sombre.
La première femme, près du temple, celle à qui l’amour parle à l’oreille, est Hélène Fourment ; celle qui porte un chapeau à plumes est le modèle du Chapeau de paille.
Toutes les figures sont de Rubens, de sa manière la plus brillante, de son coloris le plus satiné. Le paysage à gauche est de lui. Il est douteux que
le maître ait peint le fond sombre à droite, mais il l’a certainement retouché.
Le tableau fut acheté en i885 du duc de Pastrana, fils du duc de l’Infantado. Il date de la même époque que le numéro précédent. Philippe Rubens écrivit à Roger de Piles que la Conversation fut peinte entre i63o et 1640 (1).
Dans la vente du chateau het Loo (Amsterdam, 1713), une École de l’Amour haute de 4 1/2 pieds, large de 5 pieds, fut adjugée à 36oo florins. Le tableau était attribué à Van Dyck, mais pourrait bien être le présent exemplaire.
La Société Elégante.
(Le Jardin d’Amour).
Dresde. Musée, 976.
Panneau. H. 93, L. 122.
La composition est la même que la précédente à quelques légères différences près. Dans le tableau du baron de Rothschild, il y a à gauche dans le paysage
une barrière et une balustrade, la nymphe de la fontaine soutient une urne ;
dans le présent panneau, la barrière et la balustrade manquent, la nymphe soutient un dauphin. Le dessin du parquet et la pose de l’amour qui se met un doigt sur la bouche diffèrent dans les deux œuvres.
Il faut bien l’avouer: Smith, Waagen, Bode et Woermann, qui assignent le travail à un élève ou à l’école de Rubens, avaient raison de ne pas y
reconnaître la main du maître. C’est une copie du tableau du baron de
Rothschild exécutée de manière à faire illusion.
Ce qui distingue la manière de l’imitateur de celle du maître, c’est que Rubens manie le pinceau plus librement, plus largement ; les touches supérieures se fondent plus intimement avec les touches inférieures ; le ton général est plus chaud. Le peintre du présent tableau a des empâtements plus durs, comme on le remarque, par exemple, sur le front, sur la poitrine et sur la gaze des manches bouffantes de la femme habillée de noir qui, d’une main, relève un cavalier assis par terre. On le voit encore dans les lumières jetées sur la robe jaune de la femme ayant un petit amour couché sur les genoux, et sur le front de la femme habillée de bleu, qui touche d’un éventail la tête de cet amour. Il est vrai qu’il y a d’autres parties dénotant une habileté extrême, par
(1) Bulletin Rubens. II, 166.
exemple, la tête de la femme habillée de brun clair, qui prête l’oreille aux suggestions d’un amour voltigeant près d’elle ; le cavalier à la draperie rouge, à droite ; la femme qui servit de modèle au Chapeau de paille et d’autres figures encore. Dans les personnages, le travail a trop du brillant des pierres précieuses ; le moelleux rubénien y fait défaut ; l’expression des figures manque du pétillant que le maître y mettait. Malgré cela, l’œuvre a une valeur très réelle et témoigne d’une dextérité d’imitation, d’une franchise de touche, de nature à nous induire en erreur.
Le tableau a appartenu à M. de Nocé, à la comtesse de Verrue et au prince de Carignan ; dans la vente de ce dernier (Paris, 1742), il fut acheté pour l’électeur de Saxe par de Brais et payé la somme de 12000 livres.
Un exemplaire, entièrement semblable à celui du musée de Dresde et probablement une copie de ce dernier, passa par la vente de Pille ou de Piles (Paris, 1785) ; il était peint sur toile et mesurait 116 centimètres en largeur et gi centimètres en hauteur. C’est celui qui fut gravé par L. Lempereur. Le catalogue de la vente de Piles l’attribue à un peintre qu’il appelle Cook (1).
Mariette dans son Abecedario (V, i35) dit que l’estampe de Lempereur fut mise au jour en janvier 1769 et qu’elle fut exécutée d’après un tableau qui alors était à Paris dans le cabinet d’un curieux et qui ne passera jamais pour un original. L’original de la gravure de Lempereur n’est donc ni le tableau du musée de Dresde ni celui du baron de Rothschild. Il ne faut pas confondre le de Pille ou de Piles, dont parle l’inscription de cette gravure, avec Roger de Piles, l’auteur de la Vie des Peintres , qui mourut en 1709.
La galerie impériale de Vienne possède une répétition du tableau de Dresde, attribuée à Henri Van Balen (N° 670. Panneau. H. 73, L. io5).
La galerie de Sans-Souci à Potsdam renferme une grande copie (Toile. H. 5 pieds 11 pouces, L. 8 pieds g pouces, n° i5 de l’ancien catalogue).
Il en existe encore plusieurs copies dans des collections privées. Dans la vente de Reus de Bruxelles (Paris, 1777), un exemplaire du Jardin d’Amour (Toile. 2i6.5 centimètres sur 258 centimètres) fut présenté à 8000 francs et retiré. Une École de l’Amour par Rubens, renfermant 18 personnages, fut vendue dans une vente anonyme (Amsterdam, 1740) à 655 florins. Un Jardin d’Amour de 24 personnages, peint sur cuivre, haut 25 I|2 , large 25 pouces,
(1) « De l’école de Rubens. Le jardin d'amour connue par l’estampe qu’en a gravée l’Empereur d’après ce tableau ; on le croit peint par Cook. Hauteur 33 pouces 8 lignes, largeur 43 pouces. Toile (Catalogue de Piles).