‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessins (volume 3)Chapitre 128 sur 249 · LE CHRIST TRIOMPHANT DE LA MORT ET DU PÉÇHÉ · texte numérisé non relu

LE CHRIST TRIOMPHANT DE LA MORT ET DU PÉÇHÉ

ans le catalogue de la vente Robit (Paris, 1801), un tableau, représentant le même sujet avec quelques variations, est décrit, sous le n° 107, de la manière suivante : « Le Christ vu de face est assis dans l’attitude noble et imposante de la divinité. On le voit au milieu du sujet environné d’une gloire, s’appuyant de la main droite sur sa croix et posant l’autre sur la boule du monde qu’un ange, de la plus brillante carnation et vu en pied, parait également soutenir. A ses côtés sont deux anges dont l’un, pour montrer la plaie, écarte une belle draperie rouge dont le Sauveur est couvert en partie, et dont l’autre, vu dans une demi-teinte, du ton le plus fini, tient une palme. Le peintre, pour soutenir l’allégorie de son sujet, a placé sous le pied gauche du Christ une tête de mort entourée d’un serpent ; une gloire lumineuse termine cette composition aussi sage que sublime. Nous ne balançons pas à mettre ce tableau en comparaison avec son fameux morceau de Y Incrédulité de St. Thomas, tant par la force du coloris que par sa touche brillante et soignée. 11 a été acquis, en 1784, d’un lord qui en connaissoit bien tout le mérite, mais qui en voyant les planches détachées et ignorant l’art que l’on possède en France de les réunir par des parquets solides se détermina à s’en défaire d’après le prix important qui lui en fut offert. Il provient en dernier lieu de la vente Donjeux. 66 sur 5i pouces (H. 178, L. 137 cent.). »

Il fut adjugé à Naudon, au prix de 8420 francs. En i83o, il faisait partie de la collection du baron Simon Clarke (1). Le même tableau fut adjugé à 700 florins dans la vente Ewout Van Dishoek, seigneur de Domburg (La Haye, 1746). Dans une vente anonyme faite à Amsterdam, le 6 novembre 174g, il n’atteignit que 38o florins.

Le 24 novembre 1735, un tableau représentant le Christ dans sa gloire assis sur les nuages, la main gauche sur le globe terrestre, la main droite sui une croix, son pied gauche sur une tète de mort entourée d’un serpent, ayant à côté de lui trois anges ailés, peint sur panneau, haut 6 pieds 3 pouces, large 4 pieds 9 pouces, fut soumis au jugement des doyens de St. Luc à Anvers. Ils le déclarèrent peint par Rubens et de ses meilleures productions. Ils attachèrent sur le dos du tableau le cachet de la gilde en cire rouge (2). Il s’agissait évidemment ici du tableau de la vente Robit.

(1) SMITH: Catalogue. II, 757. — [yVlOTj

(2) Resolutieboeck. II, 14 verso.

38o. LE CHRIST TRIOMPHANT DE LA MORT ET DU PÉCHÉ.

Bruxelles. Galerie de S. M. le roi des Belges.

Esquisse. Panneau. H. 71, L. 47-

e Christ est debout sur le globe terrestre, levant de la droite le calice surmonté de l’hostie ; de la gauche, il tient le labarum. Une draperie rouge lui couvre les épaules et retombe sur le milieu du corps. Au-dessus du Sauveur plane le St. Esprit ; plus haut, Dieu le Père trône

dans les nuages ; à ses côtés et au-dessous de lui, des anges volent, portant

des attributs symboliques : un livre, un vase, les instruments de la Passion, un encensoir etc. A côté du Christ, à gauche, on voit Élie, la tète et la main levées, auquel l’ange tend un pain et un flacon d’eau ; à côté du prophète, Melchisédech, portant une longue barbe, coiffé d’une calotte rouge, vêtu d’une chasuble couleur d’or ; l’une de ses mains tient un pain, l’autre est appuyée sur l’anse d’une amphore. A droite du Christ, l’on voit St. Paul levant l’une main à demi, tenant l’autre sur le pommeau d’une grande épée. A côté de lui, un saint religieux en robe blanche au-dessus d’un vêtement noir. Il est à genoux en adoration devant le Christ ; devant lui par terre, un chapeau de cardinal et une croix. Le globe, sur lequel le Christ est debout, est entouré d’un serpent sur la tète duquel le Sauveur pose le pied. Au-dessous du globe, on voit un squelette. L’esquisse figure un retable d’autel, avec un projet d’encadrement. Ce dernier se compose, à gauche, d’une colonne Corinthienne, à droite, d’une colonne torse, entre lesquelles le peintre voulait laisser le

choix au sculpteur. Dans le haut, un cintre et des arcatures sculptés. Tout le

fond de la peinture est de bistre et de jaune d’or ; les figures sont indiquées par quelques taches de rouge et de jaune.

Le sujet de cette composition est évidemment « le Christ triomphant de la mort et du péché par l’Eucharistie. « Les deux saints à gauche représentent des personnages de l’Ancien Testament dans un acte de leur vie que l’on cite comme une figure de l’Eucharistie ; les saints du Nouveau Testament représentent les défenseurs du dogme du St. Sacrement.

Le travail est tout entier de la main de Rubens et forme le projet d’un tableau d’autel. La beauté régulière de la composition indique une date peu avancée de sa carrière, probablement de i6i5 à 1620.

L’esquisse a fait partie de la collection de Miss Bredell et fut acquise dans sa vente, en 1875, au prix de 430 livres et 10 shillings. Elle avait

été, exposée à Londres, en 1843, et à Manchester, en 1857. En 1841, elle avait été vendue dans la collection du marquis de Camden, où elle fut payée 42 guinées par Charles Bredell. Elle avait été apportée d’Espagne par Joseph Bonaparte.

Le retable, dont la pièce appartenant à S. M. le roi des Belges est l’esquisse, a existé. Dans le catalogue des tableaux provenant des églises des Jésuites de Bruxelles, de Louvain, de Namur, de Nivelles, de Malines, d’Alost et de Mons, vendus le 12 mai 1777, ce tableau peint sur toile haut de 9 pieds 2 pouces, large de 6 pieds 9 pouces, est mentionné sous le n° 220 en ces termes : « Allégorie. Le Seigneur sur le globe du monde ; quatre figures

représentant l’ancienne et la nouvelle Loi. « Il est cité dans une série comprenant cinq sujets du triomphe de l’Eucharistie et plusieurs autres grands tableaux religieux. La série porte l’en-tête suivant : « Sujets du Triomphe de l’Église dont les originaux ont été brûlés dans l’ancien Palais de Bruxelles et dans celui de l’Escurial en Espagne. « Comme ce titre ne s’applique qu’à une partie des peintures que la rubrique renferme, on ne sait si l’auteur du catalogue considérait, oui ou non, le tableau comme faisant partie du Triomphe de l’Eucharistie, ni s’il voulait le faire passer comme une copie ou comme un original.

Gravure : Ch. Waltner.

38i. JÉSUS CHRIST ET LES QUATRE PÉNITENTS.

Munich. Pinacothèque, 746.

Panneau. H. 144, L. 128.

e Christ est debout, à droite, contre un rocher, le buste nu, soutenant une draperie rouge sur le bras gauche, et parle aux quatre pénitents en leur montrant la blessure dont sa main droite est percée. La Madeleine vêtue de blanc se courbe humblement devant le Sauveur, les bras croisés sur la poitrine, la douleur peinte sur le visage ; St. Pierre, qui, derrière la Madeleine, se trouve le plus rapproché du Christ, porte une draperie bleue ; pris de pitié pour le Sauveur, il joint les mains en pleurant ; David dont on ne voit que la tête couronnée, a les yeux baignés de larmes ; le bon larron, le buste nu, le bas du corps couvert d’une draperie violet sombre, tient sa croix des deux mains.

La peinture est fort soignée ; le coloris éclatant est très mince, mais

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