LE FESTIN D’HÉRODIADE
Collection Hermann Linde.
Panneau. H. 71, L. io3.
e roi Hérode est assis au haut bout de la table, sous un dais, sur un siège couvert d’un coussin rouge. Il porte un vêtement en velours noir bordé d’hermine et une pèlerine de la même fourrure ; il est coiffé d’un chapeau à calotte rouge et à bords en pelleterie brune. Une chaine d’or entoure son cou ; un bijou orne le ruban qui garnit son chapeau.
A côté de lui est assise Hérodiade. Elle porte une robe fortement
décolletée ; une toque noire à plumes blanches est posée sur sa chevelure d’un blond doré qui retombe, en boucles légères, sur le front et sur les tempes.
Près d’eux, à l’avant-plan, se tient Salomé apportant sur un plat la tête de St. Jean-Baptiste. C’est une figure jeune et élancée, vêtue d’une robe rouge. D’une main, elle soulève le couvercle qui cachait l’horrible présent qu’elle montre à son père. x\ cette vue, le roi pâlit ; il comprend la noirceur de son crime ; il ne laisse point éclater en gestes désordonnés son saisissement ; une de ses mains serre la serviette qu’il a déposée sur la table, il appuie le menton sur l’autre ; il n’écoute plus la voix de la sirène assise à côté de lui ; son regard est rivé à cette belle tête livide tranchée par son ordre. Il s’enfonce dans ses pensées, l’inquiétude, le remords le gagnent.
Hérodiade, grasse et charnue, la mine enjouée, se rit de l’épouvante du roi. Insoucieuse, sans cœur et sans vergogne, elle approche sa fourchette de la tête de St. Jean et montre la face sanglante de sa victime. Salomé parait inconsciente du rôle qu’elle joue.
Autour de la table se trouvent sept convives, se préoccupant à des degrés différents de l’incident qui est venu troubler le festin. Six d’entre eux regardent du côté du roi. C’est d’abord un gros vieillard encapuchonné, à face rubiconde et joyeuse ; puis un homme à barbe et cheveux grisonnants qui tient de la main gauche son verre rempli à moitié de vin rouge et appuie la droite sur la table pour se redresser ; un vieillard au crâne chauve s’est levé entièrement et regarde le spectacle, par-dessus la tête du précédent.
Les quatre autres sont assis au bas bout de la table. Le premier, vêtu d’une draperie grise qui laisse le cou largement découvert, lève la main en signe de saisissement ; du second, on ne voit que la tête garnie d’une barbe et de cheveux blancs. Il parle à ses voisins et seul ne regarde point ce qui se passe du côté opposé. Tout au bout, un vieillard à figure vénérable, habillé d’une robe verte et d’un bonnet rouge, pose la main sur l’épaule de son voisin. Ce dernier, enveloppé dans une large robe jaune, d’où sortent ses bras aux manches verdâtres, pose les mains sur le bord de la table et avance la tête pour mieux voir.
Sur le devant, à gauche de Salomé, un petit page tenant un cerceau garni de sonnettes, à travers lequel un singe va sauter. Derrière les convives, quatre serviteurs et deux hommes armés de casques et de lances. Le premier des domestiques porte une urne d’or et d’argent ; le second, un nègre, soulève sur les deux mains une corbeille de fruits ; le troisième porte un pâté de paon ; le quatrième est une servante tenant un plat vide.