‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessins (volume 4)Chapitre 25 sur 284 · LA TOUSSAINT · texte numérisé non relu

LA TOUSSAINT

Planche du Breviarium Roman um .

Photographié d'après le dessin par CARL HAACK.

Pl. 362

divers instruments, une équerre, un compas, un fi] à plomb, une latte et un sextant.

La planche ne porte ni le nom du dessinateur ni celui du graveur.

Le dessin original de la gravure (H. 3o.5, L. 19. i) fait à la plume et lavé à l’encre, est conservé au British Muséum, à Londres. La place du titre et de l’adresse de l’imprimeur est restée vide ; les figures du singe cynocéphale sur la base des stèles manquent ; les lampes antiques dans le haut ne sont pas posées sur un socle comme dans la gravure. Ce socle a été indiqué par quelques traits. A gauche du dessin, près de cette indication rudimentaire, est écrit le mot basis.

La composition est gracieuse et coquette, mais manque de mouvement rubénien. Le dessin est fait avec une certaine maigreur et timidité.

Voir planche 355.

Les six vignettes se trouvent en tête des six livres qui composent l’ouvrage et se rapportent à leur contenu.

1235. Le premier livre traite de l’Organe de la Vue. La vignette représente un savant et cinq amours. Un de ces derniers a extrait du front d’un Cyclope l’œil unique et l’a déposé sur un cube hexagone. Là, un de ses compagnons en fait la dissection ; un second écoute la leçon ; un troisième montre ce groupe à Fangelet qui a extirpé l’œil; le dernier appelle sur la démonstration scientifique l’attention d’un vieux savant assis à gauche, une plume à la main, dans une attitude de méditation, le même que nous retrouvons dans les vignetttes suivantes.

1236. Le second livre traite du Rayon visuel et de l’Horoptère. La vignette représente le vieux savant, dirigeant le rayon visuel vers le colosse de Rhodes, et un angelet, dirigeant l’axe optique vers le sommet de la coupole de St. Pierre. Six autres petits génies portent divers instruments.

1237. Le troisième livre traite de la Connaissance des objets communs. La vignette représente un groupe de trois angelets, dont le premier tient dans la main étendue une baguette droite. Le savant, se penchant dans son fauteuil, fermant un œil et étendant un doigt, désigne la nature de l’objet qu’on lui montre.

1238. Le quatrième livre a pour objet les « Faux Semblants. « On y voit le savant accroupi devant une table, au bout de laquelle se dresse une planche où sont marqués deux petits cercles, qu’il regarde en faisant passer le rayon visuel par le sommet d’une petite tige, fixée près de lui dans la table. Trois angelets l’accompagnent; l’un montre sur la planche dressée l’un des cercles.

123g. Le cinquième livre parle de la Clarté et de l’Obscurité. Sur une table, trois planchettes sont dressées, deux des trois parallèlement, la troisième perpendiculairement à l’une des deux premières qui est percée de deux trous. Une lumière brûle au milieu de la table; un angelet sur le côté, tient une lampe à deux feux. Sur la planche posée avant les deux autres, qui est dans l’ombre, se dessinent deux cercles lumineux. Le vieux savant suit attentivement l’opération.

1240. Le sixième livre est intitulé « des Projections ». La vignette figure le vieux savant, un genou en terre, portant sur les épaules un planisphère. Derrière lui, dans le haut, un angelet tient un flambeau allumé, dont la clarté projette sur la terre l’ombre du planisphère. Deux angelets, dont l’un tient un compas regarde la figure que dessine l’ombre.

Les Vignettes ne portent aucun nom de dessinateur ou de graveur.

Le compte de Rubens avec Balthasar et Jean Moretus mentionne, à l’avoir du peintre, entre le 17 mars i6i3 et le 2 mai 1616, ce qui suit (Voir notre n° 882): « Monsieur Pietro Paulo Rubenio d’inchontre doibt avoir.

» Pour aultant qu’il a retocqué les figures d 'Aguilonius, Lipsii, Senecæ et quatre du Missel luy sont advouez opéra Boissardi montants . -. fl. 36.

» Pour la délinéation des figures d ' Aguilonius, de deux vignets du Missel et deux figures dudit, Senecæ moriens , Senecæ caput et J. Lipsius, touchants à feu nostre mère, montent. ......... fl. 112

Rubens a donc bien certainement dessiné et retouché » les figures » d’Aguilonius. Par figures, il faut spécialement entendre ici les vignettes. Cependant, quoique le frontispice 11e soit pas signé de lui et ne soit pas expressément désigné dans les comptes que nous venons de citer, on peut avec pleine sécurité, malgré la timidité de sa facture, le comprendre parmi « les figures » dessinées. Son style rappelle la première manière rubénienne, et l’on ne saurait admettre que le maître eût dessiné les vignettes et laissé à d’autres le soin de faire la planche principale.

Le 3 mars 1612, les frères Moretus payèrent à Théodore Galle 7 florins pour la gravure d’une petite planche avec des yeux pour le livre du père Aguillon, celle qui se trouve à la page 3. Le 20 mai i6i3, 36 florins lui furent payés pour les vignettes des livres 2 et 3 ; le 22 juin suivant, il reçut 72 florins pour les quatre autres; la gravure du frontispice fut payée 72 florins le même jour (1).

(1) 1612. Den 3 maert. Gesneden voor den boeck van P. Aguilion een plaettien met oogen tôt 7 gui.

Frontispice de BALTHASAR CORDERIUS, Catena sexaginta quinque Græcorum patrum in S. Lucam.

Gravé par CORNEILLE GALLE.

Pl. 363

Gravure du Frontispice: V. S. Titres de livres i, Anonyme. Le frontispice est gravé par Théodore Galle.

Gravure des Vignettes: V. S. Titres de livres 82, J. B. Barbé. Les vignettes sont gravées par le même artiste et non par J. B. Barbé.

Photographie du dessin original du frontispice: G. Praetorius.

1241. Frontispice de Bernardi Bauhusii et Balduini Cabillavi e soc. Jesu Epigrammata. Caroli Malapertii ex eadem soc. Poemata. Antverpiæ ex officina plantiniana Balthasaris Moreti. M.DC. XXXIV, in-24.

Le titre est inscrit dans une plaque posée sur un socle et dans ce socle lui-même. L’adresse se trouve au-dessous de la composition. La plaque est couronnée d’une tête de Muse et d’une tête de Minerve, apposées en forme d’Hermathène. Une couronne, d’où jaillissent des rayons, est posée verticalement sur les deux têtes. Du côté de la Muse, une lyre se voit derrière la plaque ; du côté de Minerve, un bouclier. Sur le dessin original, Rubens décrit comme suit la composition en quelques mots adressés à Balthasar Moretus: « Vous avez ici une Muse, ou la Poésie, et Minerve, ou le Courage, réunies en forme d’Hermathène. J’ai remplacé Mercure par une Muse ce que de nombreux exemples autorisent à faire. J’ignore si mon projet vous plaira, quant à moi, je me réjouis, pour ne pas dire je me félicite de cette invention. Notez que la Muse a une plume sur la tête, attribut qui la distingue d’Apollon (1). » Le British Muséum possède de Rubens une étude pour un Hermathène, tracé en quelques traits, qui montre la plus grande analogie avec les têtes que nous voyons dans le présent frontispice.

1 6 1 3 . Den 20 meij. Gesneden voor den boeck van P. Agillion 2 platen daer hy met een ooghe siet op een stoxken, dander den colossus in perspectief 18 gui. stuck 36 gui.

1 6 1 3 . Den 22 junij. Gesneden voor den boeck van P. Agillion de opticorum 4 plaeten te weeten pro libro i, 4, 5, 6 tôt 18 gui. deen door dander ailes te saemen 72 gui.

Gesneden den tytel P. Agillion de opticorum voor ailes 72 gui.

(Archives du Musée Plantin-Moretus. Comptes de Théodore Galle aux frères 'Balthasar et Jean Moretus).

(1) Habes hic Musam sive Poesim cum Minerva seu Virtute forma Hermatenis conjunctam, nam Musam pro Mercurio apposui quod pluribus exemplis licet. Nescio an tibi commentum placebit, ego certe mihi hoc invento valde placeo ne dicam gratulor. Nota quod Musa habeat Pennam in capite, qua differt ab Apolline.

Le musée Plantin-Moretus (Salle II, n° 3o) possède le dessin original que Rubens fit pour le frontispice des épigrammes de Bauhusius, Cabillavius et Malapertius (Fait à la plume. H. 12, L. 17). Comme les autres dessins in-240, il fut payé 5 florins par Balthasar Moretus (Voir notre n° 882).

Bauhusius était mort depuis i5 ans, lorsque l’édition de ses épigrammes, ornée du frontispice gravé, parut dans l’imprimerie plantinienne. Il est probable que Balthasar Moretus en le faisant exécuter voulut satisfaire au désir exprimé par l’auteur lors de la publication de la première édition de ses épigrammes (Plantin, 1616). Dans une lettre, datée du premier avril i6i5, Bauhusius fait connaître à son éditeur le plaisir qu’il aurait à voir son livre orné d’un frontispice gravé et indique Rubens comme celui qui serait le mieux à même de trouver quelque chose de convenable (1). Le 12 octobre suivant, il lui indique même les personnages qu’il voudrait voir figurer dans le frontispice : c’étaient les Muses, Mnémosyne, Apollon, tout le Parnasse (2).

Moretus ne fit point, en ce moment, un bon accueil à la proposition de Bauhusius. « Les beaux caractères et le nom de Jésus qui ornent le titre rendent toute illustration superflue, répond-il à l’auteur; mes graveurs ont d’ailleurs les mains bien pleines à tailler les planches des Bréviaires et des Missels (3). « Mais il est fort probable que, dix-neuf ans après, il se souvint du vœu de l’auteur et y voulut donner satisfaction en commandant à Rubens un frontispice, où les indications de Bauhusius sont évidemment suivies.

Gravure non citée : Corn. Galle, le père. La planche n'est pas signée.

(1) In fronte libri, mi Morete, plures sunt, qui iconem aliquam desiderent (Ita enim passim

jam fieri videmus, ita Heinsii prodeunt, ita nuper P. Surii Carmina Atrebati prodierunt, ita quoque vos ipsi fecistis in meditationibus R. P. Provincialis nostri aliisque libris). Mire enim. Lectorem récréât, emtorem allicit, librum ornât, neque pretium multum auget. Et libelli nostri pretium tantum patiamur crescere, est enim satis exiguum. D. Rubenus divino illo ingenio

suo inveniet scio aliquid appositurum et lauro meae conveniens, et ordini in quo sum et

Pietati. Salutem illi a me officiosissimam (Archives du musée Plantin-Moretus. Lettre de Bauhusius à Balthasar Moretus du ir avril 1 6 1 5 . Registre LXXVI, p. 485).

(2) Coram etiam de frontispicio agemus, explicabo clare quid velim fieri (nam R°. P.

Viceprovinciali placet pulcram aliquam libro frontem praeponi). Excogitavi Parnassum sacrum, Musas, Mnemosynen, Apolfinem, omnia sacra. (Ibid. Registre. LXXVI. p. 497) .

(3) Lettre de Balth. Moretus à Bauhusius du 22 octobre 1 6 1 5 . Archives du musée Plantin-Moretus. Lettres Latines de i6i5 à 1620. Page 3.

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