LE RETOUR D’ÉGYPTE
Collection de M. Charles Butler.
Toile. H. 229, L. 148.
a Sainte Famille revient d’Egypte ; le petit Jésus marche entre Joseph et Marie ; il appuie une main sur un bâton et tient de l’autre celle de sa mère. Il regarde avec tendresse Marie, qui jette les yeux sur son fils avec douceur et modestie. Ses formes sont d’une ampleur excessive ; elle est coiffée d’un chapeau de paille à larges bords et porte une draperie bleu foncé sur sa robe rose pâle. Joseph marche à gauche ; il est nu-tête conduit l’âne et parle à Marie en lui montrant le chemin. Dans le fond, un palmier étend ses feuilles au-dessus du groupe en marche ; deux chênes et un bout de paysage s’y montrent également. Dans l’air, des nuages gris et opaques.
Le ton du tableau est extrêmement clair, les contours sont très nets, le dessin est admirable et appartient bien à Rubens, mais le coloris manque d’éclat et de chaleur. Le tableau est peint par un élève et retouché par le maître. Il date de 1614 environ. En 1620, il fut gravé par Vorsterman.
Le premier duc de Marlborough, après son triomphe sur les Français, fit partie d’une conférence de quatre plénipotentiaires qui avaient la haute direction des affaires des Pays-Bas espagnols. Il vint plusieurs fois à Bruxelles et y apprit que le château royal de Tervueren renfermait une galerie considérable de tableaux. Le i5 mai 1708, il fit venir 36 de ces peintures au palais de Bruxelles. Il en choisit cinq qu’il fit transporter en Angleterre. Parmi ces cinq, il y avait deux Rubens. Ils sont désignés de la manière suivante dans le reçu donné, le 28 mai 1708, par le général Cadogan, l’adjoint du duc de Marlborough :
« Notre Dame, son enfant Jésus et St. Joseph, grande pièce de Rubens, et Notre Dame, l’enfant Jésus au berceau sur lequel Sainte Anne est appuyée, de Rubens. «
Le premier des deux est le Retour d’Egypte que nous venons de décrire (1).
Le tableau fut mis en. vente avec le reste de la collection des ducs de Marlborough, le 24 juillet 1886. Il fut adjugé à M. Charles Butler, au prix de i5oo guinées.
(1) GACHARD : Les tableaux de Rubens et de Van Dyck enlevés de Bruxelles par le duc de Marlborough (Bulletin Rubens. II, 281).
Il existe de ce tableau une répétition élargie dans la collection du comte de Leicester, à Holkham House.
Gravures : V. S. 124, L. Vorsterman, 1620. (Dédicace : Nobili viro Joanni Velasco Hispaniarum Indiarumq. Monarchæ, itemq. excellentissimo Marchioni Spinulæ a secretis Petrus Paulus Rubens benevolentiæ caussa inscripsit) ; 121, Anonyme (François Chereau exc.) ; 125, Anonyme; 126, Anonyme; 127, J. Johnson ; 128, Anonyme (Gaspar Huberti exc.) ; 12g, P. Schenck ; i3o, Anonyme (Gaspar Huberti exc.).
La gravure de Vorsterman reproduit dans le haut une cigogne enlevant une anguille qui manque dans le tableau. Les planches 121 et 127 n’ont pas cette cigogne.
Le musée du Louvre (Dessins exposés, 58o) possède le dessin fait par Vorsterman pour sa planche. Ce dessin a été retouché par le maître et présente quelques différences légères avec la gravure.
Le musée de Nantes (n° 482) possède une esquisse attribuée à Rubens, sans raison sérieuse. Le groupe des personnages est semblable à celui du tableau ; le fond diffère complètement. On y voit une maison entourée d’une palissade.
Voir planche 64.
i83. LE RETOUR D'ÉGYPTE.
New-York. Muse'e, 182.
Toile. H. 262, L. 178.
’enfant Jésus marche entre ses parents et regarde tendrement sa mère. Marie, vêtue d’une robe blanche et d’une draperie bleue, tient son fils par la main. St. Joseph est vêtu d’une robe violette et d’une draperie jaune. De la main gauche, il retient celle-ci et porte un lis ; de la droite, il conduit Jésus par le bras. Au-dessus de l’enfant plane le St. Esprit ; dans le haut du tableau, on voit Dieu le Père tenant d’une main le globe terrestre et étendant l’autre en levant deux doigts. A sa droite et à sa gauche apparaissent deux anges. Le fond est en partie formé par un paysage.
Le tableau fut peint pour l’église des Jésuites, à Anvers, où il décora l’autel de St. Joseph, dans le bas-côté droit. Il fut exécuté peu de temps après les autres peintures faites par Rubens pour cette église, c’est-à-dire
postérieurement à 1620. L’autel et le rétable furent exécutés aux frais de Nicolas Rockox, le bourgmestre d’Anvers et l’ami bien connu de Rubens (1).
Le tableau fut mis en vente, le 20 mai 1777, avec les autres œuvres d’art provenant des collèges des Jésuites d’Anvers et de Lierre. Dans le catalogue de cette vente, il porte le n° 1. Il fut retenu à i35o florins. Plus tard, il fut vendu à Bruxelles pour la somme de 880 florins. A cette époque, il était tout à fait gâté (2).
Depuis lors, il passa dans la vente Dannoot (Bruxelles, 1829). Mis à prix à 8200 francs, il ne trouva pas d’amateur. En i83o, il appartenait à M. Buchanan, marchand de tableaux, à Londres (3).
Il fut acheté vers 1872 par le Metropolitan Muséum of Art de New-York. Là, on fit enlever la peinture du panneau pour la transporter sur toile. Le tableau était primitivement échancré aux coins supérieurs et cintré dans le haut ; on lui a donné une forme carrée.
Il fut remplacé sur l’autel où il se trouvait primitivement par une copie de la main de Marc-Antoine Garibaldo (4). C’est d’après cette copie que nous avons fait notre description.
Gravures: V. S. 116, S. a Bolswert ; 117, Anonyme (Martin van den Enden exc.) ; 118, Anonyme (Jean Bapt. de Wit exc.) ; 119, M. Aubert; 120, C. Galle ; 122, N. Laurie ; 123, A. Voet.
La gravure de Schelte a Bolswert d’après laquelle d’autres estampes sont copiées, diffère notablement du tableau. Elle est carrée dans le haut et représente St. Joseph marchant appuyé sur un bâton. Dieu le père a les deux mains sur le globe et les anges manquent à ses côtés. Le paysage du fond diffère également. Nous n’avons pas vu toutes les autres planches, mais nous croyons que les deux dernières, de même que le n° 121 de Voorhelm Schneevoogt, reproduisent le tableau décrit dans le numéro précédent.
Voir planche 65.
(1) Dan. PAPEBROCHIUS : Annales Antver pieuses. IV, 423.
(2) MOLS : Manuscrit 5y35, n° 866.
(3) SMITH: Catalogue raisonné. II, n° 71.
(4) Th. VAN LERIUS : Biographies d'artistes anversois. II, 285.
b) L’ENFANT JÉSUS. MADONES. SAINTES