‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessinsChapitre 56 sur 192 · ANGES GLORIFIANT LA SAINTE EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

ANGES GLORIFIANT LA SAINTE EUCHARISTIE

Tableau inconnu.

1 premier plan, un ange, vêtu de bleu, accompagne d’autres anges, que l’on voit au second et au troisième plan. Tous jouent d’instruments de musique et sont représentés sur un fond vaporeux plein de

lumière et d’harmonie.

Tapisserie: Au couvent des Dames religieuses déchaussées royales, à Madrid.

(t) Description de los tapices de Rubens. Madrid, Fortanet, 1881. P. 11.

Des six pièces de cette suite qui nous sont connues par les peintures originales, celles que possède le duc de Westminster sont les plus belles. Peintes avec beaucoup de fermeté, leur largeur ne dégénère pas en rudesse. Celles du Louvre, et spécialement Élie au désert, sont plus sauvagement brossées.

Tous les morceaux de la série sont bien rubéniens par la facilité et les belles lignes de la composition. Les Triomphes proprement dits ont une fougue dramatique, une intensité de mouvement tout à fait hors ligne. Ils sont plus pittoresques que les peintures murales et les tapisseries des grands maîtres italiens. Ces dernières, par contre, par la placidité des poses et la simplicité de l’action, sont mieux appropriées à la décoration des édifices dont ellés ne rompent pas les lignes architecturales.

La fermeté de la peinture et la netteté des contours, de même que leurs qualités distinctives, en général, assignent aux tableaux des Triomphes, comme date de leur exécution, une époque entre 1025 et 1628. Les élèves de Rubens en ont fait les accessoires, d’après ses esquisses, et ont ébauché les figures. Le maître a retouché les parties principales.

Après tout ce que nous avons dit, nous croyons superflu d’insister davantage sur l’exactitude de notre interprétation des sujets de la suite de l’Eucharistie. On a vu que Rubens a successivement traité les triomphes remportés par le St. Sacrement sur ses divers ennemis : le Paganisme, la Philosophie laïque, l’Ignorance et l’Hérésie. Il a consacré une toile à célébrer l’Amour divin dont l’institution du St. Sacrement fournit, aux yeux des

catholiques, la preuve la plus élevée. Ensuite, il rappelle les figures de

l’Eucharistie que contient l’Ancien Testament : Melchisédech offrant le pain et le vin à Abraham, les Israélites recueillant la manne qui leur tombe du ciel et les nourrit dans leur voyage vers la terre promise, le sacrifice de l’agneau et des pains dans l’Ancienne Loi, le prophète Élie nourri par le pain descendu du ciel. Puis viennent les Évangélistes qui ont fait connaître l’institution du

Sacrement, les Pères de l’Église, qui ont enseigné, et les papes qui ont

confirmé le dogme; enfin, les princes terrestres et les anges qui défendent et glorifient l’Eucharistie.

Les cartons des Triomphe et Figures de l’Eucharistie furent faits, vers 1627, par Rubens, pour l’Infante Isabelle-Claire-Eugénie et servirent de modèles à des tapisseries données par la princesse au couvent des Clarisses à Madrid.

Voici les documents qui établissent ces faits :

“ En janvier 1628, furent données à Pierre-Paul Rubens plusieurs perles,

à bon compte des patrons de tapisseries pour les Cordelières de Madrid. » Tel est le texte d’une annotation conservée dans un manuscrit de la collection Chifflet, à la bibliothèque de Besançon, intitulé : Présents faits par l’Infante.

Une note postérieure, malheureusement non datée, dit : « L’infante envoya à Madrid aux deschaussés (lire deschaussées) une tapisserie contenant les figures et mistères de la Sainte-Eucharistie, de laquelle les patrons, sont faits par Rubens, ont cousté trente mille florins. La tapisserie en valoit près de cent mille » (i).

Ce sont là des renseignements bien précieux. Ils nous apprennent d’abord que les cartons du Triomphe de l’Eucharistie furent faits par Rubens, pour l’infante Isabelle, qu’ils étaient achevés en 1628 et que les tapisseries furent

terminées avant la mort de la princesse, arrivée en i633. Nous y voyons’ en

outre que ces tapisseries furent exécutées pour être offertes au couvent des Clarisses de Madrid. Ce couvent porte le nom de Monasterio de las Sehoras religiosas descalzas reales, en souvenir de la fondatrice du couvent l’infante Dorîa Juana, fille de Charles Quint, reine-douairière de Portugal. Avant son mariage, l’infante Isabelle y avait demeuré huit mois ; plus tard sa cousine germaine et belle-sœur l’infante Marguerite, fille de l’empereur Maximilien II, y avait pris l’habit monacal.

On sait qu’après la mort de son époux l’archiduc Albert, arrivée en 1622, l’infante Isabelle portait l’habit de l’ordre des Clarisses : c’est dans ce costume que Rubens la représente dans un des tableaux de la suite qui nous occupe.

Ste. Claire avait une dévotion extrême pour le St. Sacrement, ce qui doit

avoir déterminé l’infante et Rubens à choisir l’Eucharistie comme sujet des tapisseries dont la princesse voulait faire cadeau à son couvent de prédilection.

Ce couvent les possède encore et les expose le Vendredi-Saint et pendant

l’octave de la Fête-Dieu.

Une des pièces, le Triomphe de l’ Eucharistie sur le Paganisme, est signée : J. Raes. F. On peut en conclure que toute la série fut exécutée par Jean Raes, le vieux, tapissier bien connu de Bruxelles.

D’après un document que nous allons citer, ce serait le cardinal-infant qui aurait envoyé les tapisseries aux Déchaussées royales ; seulement ce document, datant de quinze ans environ après l’événement, ne présente plus de garantie suffisante d’exactitude. Le roi ou son secrétaire a fait confusion

(1) AUG. CASTAN : Les origines et la date du St. Ildefonse de Rubens. Besançon.

Dodivers. 1884. P. 79.

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