ET SA FAMILLE
Mantoue. Bibliothèque de la ville.
Toile. En deux fragments, H. 190 cm., L. 25o cm. chacun.
ANS la moitié supérieure du tableau, on voit la Trinité : le Père à droite, le Fils à gauche, le Saint Esprit au milieu. Dans la partie inférieure sont agenouillées quatre personnes : à gauche, le duc Vincent de
Gonzague et son père Guillaume ; à droite, sa mère Éléonore d'Autriche et sa femme Léonore de Médicis.
Le duc Vincent est à genoux devant un prie-Dieu recouvert d'un tapis rouge, les yeux levés vers la Sainte Trinité. Ses moustaches sont relevées en croc ; sa barbe est assez courte, comme celle de Rubens ; le haut de la tête est chauve, à l'exception d'un petit toupet. Il porte une cuirasse et des brassards ; des hauts-de-chausses brodés d'or et, par-dessus le tout, un manteau d'hermine. Son père est vêtu d'un habit de velours noir doublé d'épaisses fourrures. Il a une belle et noble tête. Éléonore d'Autriche porte une robe noire et un bonnet blanc. Léonore de Médicis ressemble à sa sœur la reine de France ; une large fraise entoure son cou ; un riche manteau bordé d'hermine
l'enveloppe entièrement. Elle aussi est agenouillée devant un prie-Dieu recouvert d'un tapis rouge.
Entre les deux groupes, on voit une balustrade ; derrière les personnages s'élèvent des colonnes de marbre ; le fond du tableau est formé par le ciel. Dans le haut planent trois anges tenant une draperie brune contre laquelle se dessine la Trinité.
Cette dernière est relativement petite et assez mesquinement faite ; les anges sont rudement brossés ; mais les portaits rachètent amplement les défauts de cette partie. Ils sont traités très largement et d'une main sûre; leur expression est réussie et saisissante. Le sentiment de respect pour la divinité annoblit encore leurs belles figures ; la prière semble les élever au-dessus de la terre. La lumière est claire et abondante, mais le coloris a quelque chose de mat et de brunâtre qui rappelle les fresques de Jules Romain.
Somme toute : mutilée et restaurée comme nous la connaissons, cette œuvre est la plus belle de la période italienne de Rubens, si l'on en excepte le Saint Grégoire, qu'il a probablement retouché après son retour à Anvers.
Rubens peignit ce tableau pour le duc de Mantoue, entre 1604 et 1606, en même temps que la Transfiguration et le Baptême du Christ. Vincent de Gonzague les lui paya, dit-on, treize cents doubles ducats.
Le duc les donna à l'église des Jésuites, dédiée à la Sainte Trinité, où sa mère avait fait élection d'une humble sépulture. Le tableau de la Trinité se trouvait sur le grand autel ; le Baptême du Sauveur, du côté de l'Évangile ; celui de la Transfiguration, du côté de l'Épître.
D'après l'histoire manuscrite de la Compagnie de Jésus du père Gorzoni, Rubens représenta dans le tableau du maître-autel " le Mystère de la très sainte Trinité, comme titulaire de l'église ; il y peignit, de grandeur naturelle, les portraits de tous ceux de la famille régnante de Gonzague, à savoir le duc Vincent et la duchesse sa femme, son sérénissime père le duc Guillaume et sa mère, tous ses fils et ses filles, r,
On y voyait encore un soldat aux gardes, sous le costume duquel Rubens s'était admirablement représenté, et un chien de haute taille, grand lévrier du duc Vincent.
Les trois tableaux furent enlevés en 1797, lorsque les soldats de la République française, après avoir pris la ville, convertirent l'église des Jésuites en magasin de fourrages. La Sainte Trinité fut taillée en plusieurs morceaux par un commissaire français qui s'en était emparé. Le vol fut découvert à temps et l'Académie de Mantoue recouvra le tableau.
Le peintre Pelizza fut chargé de réunir les morceaux ; mais il en manquait, puisque dans les deux tableaux qu'il composa au moyen des fragments, on ne retrouve ni les fils et filles du duc de Gonzague, ni le soldat aux gardes, ni le lévrier. Ces figures sont remplacées par les draperies que l'on voit à droite et à gauche, derrière les nobles personnages (i).
Les deux moitiés de la Sainte Trinité adorée par la famille dit duc de Gonzague, sont conservées dans la bibliothèque de Mantoue ; chacune d'elles occupe une des extrémités de la grande salle, où elles sont placées beaucoup trop haut. Le Baptême du Christ, dont nous parlerons ailleurs, se trouve au musée d'Anvers ; la Transfiguration, à celui de Nancy.
Les deux fragments du tableau ont été photographiés par Premi.