‹ L'œuvre de P.P. Rubens (volume 3)Chapitre 59 sur 161 · LA CHUTE DES ANGES REBELLES · texte numérisé non relu

LA CHUTE DES ANGES REBELLES

Munich. Pinacothèque, 736.

|ans le haut du tableau plane Dieu le Père. Au-dessous de lui s'élance l'archange Michel, armé de l'épée flamboyante et d'un bouclier, sur lequel est inscrit, en caractères hébreux, le nom de Jéhovah. A gauche, un ange brandissant un faisceau de flammes et un second qui, de sa lance, perce un des damnés ; à droite, deux autres anges qui, de leurs poings crispés, rejettent les monstres dans l'abîme. Les anges rebelles sont représentés par le dragon à sept têtes et à croupe de serpent et par six autres monstres à têtes d'animaux et à corps humain.

Malgré la hardiesse des poses, le mouvement ne se fait pas beaucoup sentir dans le tableau ; la composition n'est pas serrée et les diff"érentes figures ne sont pas lancées d'un seul jet. La composition est de Rubens, l'exécution de ses élèves ; le maître a sommairement retouché les figures principales.

La composition n'a été gravée que dans le catalogue de la galerie de Dusseldorf par Nicolas de Pigage, illustré par Chrétien de Mechel (i). L'estampe de Luc Vorsterman, que l'on cite ordinairement comme la reproduction du tableau, en diffère complètement ; pas une seule des figures n'est semblable dans les deux œuvres.

Dans la gravure de Vorsterman, Dieu le père manque. Le dragon n'a qu'une tête, qui est celle d'un ours ; il se trouve placé sur le côté et non

(i) Nicolas de Pigage : La galerie électorale de Dusseldorff ou catalogue raisonné et figuré de ses tableaux, avec 3o planches gravées par Chrétien de Mechel. Bàle, Chrétien de Mechel, 1778. Folio oblong.

au milieu. Il n'y a que le nombre des personnages et l'ordonnance générale qui présentent de l'analogie.

Comme on ne connaît pas le tableau qui a servi de modèle à la gravure de Vorsterman et comme la date de l'exécution de l'estampe et de la peinture coïncident, on doit admettre que Rubens a fait, pour son graveur, un dessin ou une esquisse, où le même sujet était traité d'une façon qui se prêtait mieux à la reproduction par le burin.

Gravures: V. S. (Ancien Testament) i, Luc. Vorsterman, 1621 ; 2, F. Ragot ; 3, Anon. (Corn, de Boudt exe.) ; 4, C. Galle ; a^'^^, H. Vincent.

Rubens parle de la gravure de Vorsterman dans sa lettre à Pierre Van Veen, datée du ig juin 1622. L'estampe était achevée en ce moment et Rubens trouvait qu'elle n'était pas mal réussie (i).

Ce tableau fut commandé par Wolfgang-Guillaume, dàic de Deux-Ponts- Neubourg. Rubens en fournit l'esquisse et le fit peindre par ses élèves, probablement en 1620. Dans une lettre adressée au duc et datée du 11 octobre i6ig il dit: « Quant au St. Michel, le sujet est très beau, mais très difficile, aussi je doute que, parmi mes élèves, j'en trouve aisément un qui soit capable de bien l'exécuter, même d'après mon dessin. En tout cas, il sera nécessaire que je le retouche soigneusement de ma main. » Il commença, sans aucun doute, le tableau après la Naissance du Christ et la Descente du St. Esprit, qui avaient été commandés également par le duc de Neubourg et qui étaient terminés le 7 décembre 1619 (2). Le dessin de l'autel de St. Michel fut soumis à Rubens et il y proposa quelques changements.

Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'église dans laquelle se trouvait la Chute des anges rebelles. Michel et Ad. Rosenberg placent le tableau dans l'église paroissiale de Neubourg. L'auteur du catalogue officiel de la Pinacothèque de Munich dit que, probablement,' il se trouvait sur l'autel de l'église des Jésuites, à Neubourg. Sandrart affirme qu'il ornait le maître autel de l'église de Hemmau, dans le Neubourg Palatin. Comme l'indication de Michel est fort vague, et que celle du Catalogue de la Pinacothèque n'est pas positive ; comme d'ailleurs l'église des Jésuites de Neubourg possédait déjà, dans le Jugement dernier, un sujet analogue, nous croyons qu'il y a lieu de nous en tenir au renseignement précis fourni par Sandrart.

(1) Ch. RueLENS; p. p. Rubens. Documents et lettres. Bruxelles, Muquardt, 1877. Pp. 83 et 143.

(2) HarLESS : Archiv fïir die Geschichte des Niederrheins. VI. 192. (Cité par ADOLF Rosenberg: Rubensbriefe . Leipzig, 1881, p. 55 et suivantes.) — Voir plus haut p. 9.

Le duc Jean-Guillaume fit transporter le tableau à Dusseldorf. En i835, il fut installé, avec la presque totalité de la galerie de cette ville, dans l'ancienne pinacothèque de Munich.

Voir planche 22.

87. St. MICHEL TERRASSANT LES ANGES REBELLES. Tableau inconnu.

|ans l'église des Jésuites, à Lille, il existait jadis un St. Michel terrassant les anges rebelles, par Rubens. Bellori, qui en fournit la description la plus détaillée, en parle en ces termes : " Il se trouve à Lille, dans l'église des pères Jésuites, un tableau d'autel de St. Michel l'Archange, d'une composition originale et d'une exécution heureuse. D'une main. St. Michel tient un bouclier brillant, sur lequel le nom de Dieu est écrit ; de la droite, il brandit la foudre, en précipitant du ciel, dans les flammes de l'enfer, Lucifer et les autres anges rebelles. D'autres anges encore, armés de lances et de foudres, frappent sur des démons, aux figures monstrueuses de bêtes sauvages, marque de leur beauté perdue. »

Mensaert, en 1763, mentionne le même tableau, à la même place ; Descamps, après l'avoir cité en I753, dans sa Vie des Peintres, dit, seize ans plus tard, dans son Voyage pittoresque, qu'il n'y avait pas de tableaux à l'église des Jésuites, à Lille. Mois affirme que le tableau fut brûlé, en octobre 1740 avec l'église, la bibliothèque et une partie du couvent. Il ajoute que cette œuvre fut gravée par Adr. Melar (i).

A en juger par la description de Bellori, le tableau de l'église des Jésuites, à Lille, était le modèle de la gravure de Jac. Neeffs. Celle-ci reproduit une composition entièrement conforme dans ses traits généraux au plafond de l'église des Jésuites, à Anvers, représentant le même sujet. (Voir n" i.) Seulement l'estampe de Neeffs est en hauteur, tandis que le plafond était en largeur. La disposition des personnages a été changée en conséquence.

Gravure : V. S. (x\ncien Testament) 5, Jac. Neeffs.

(1) Bellori : Op cit. I, 23o. — Mensaert : Le Peintre amateur et curieux. Bruxelles, 1763. II, 74. — Descamps : La Vie des Peintres, 1753. I, 326. — ID. : Voyage pittoresque de la Flandre et du Brabant, 1769. P. 20. — MOLS : Manuscrit cité. Tableaux, ioi3.

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