RÉCONCILIATION D'ÉSAÛ ET DE JACOB
Jadis dans la collection des rois d'Espagne.
Suivant Pacheco, c'est un des huit tableaux apportés, en 1628, en Espagne par Rubens, sur l'ordre du roi. Ils furent placés dans le salon nouveau du palais de Madrid, avec un grand nombre de morceaux d'autres maîtres. L'inventaire de i635 mentionne : " Une toile un peu plus petite (que l'histoire de Scipion par Vicente Carducho) de la main de Rubens, peintre flamand, ayant pour sujet la Réconciliation de Jacob et d'Esati, dans lequel il y a trois chameaux, un cheval, un agneau et d'autres animaux avec plusieurs figures. »
Dans l'inventaire de i585, la même pièce apparaît à la même place : « Un tableau de l'entrevue de Jacob et Ésau, avec diverses figures d'hommes et d'animaux, de trois varas de large et cinq de haut, original de la main de Rubens. (i) r,
L'œuvre ne se rencontre plus dans aucun des catalogues postérieurs.
D'après la description succincte de l'inventaire cité, la composition de ce tableau était semblable à celle du numéro suivant.
Pour éviter les redites, nous allons réunir ici ce que nous savons des acquisitions de tableaux de Rubens, faites à différentes époques par les rois d'Espagne et des travaux exécutés par le maître dans ce pays.
Pendant le séjour que l'artiste fit à Valladolid, en i6o3, il peignit VHéraclite et le Démocrite (n"^ 1601 et 1602 du musée de Madrid), pour être offerts au duc de Lerme, en remplacement de deux peintures envoyées par le duc de Mantoue et gâtées pendant le voyage. Il avait apporté, pour le ministre du roi d'Espagne, un portrait du duc de Mantoue (2) ; il fit son portrait et peignit pour lui le Christ et les douze Apôtres (n°s iSôy-iSyS). Toutes ces pièces, excepté les deux portraits, ont trouvé place au musée de Madrid.
Rubens ne commença à travailler pour Philippe IV que vers 1628, l'année où il se rendit pour la seconde fois en Espagne. Depuis ce moment, il ne cessa de pourvoir abondamment les collections du roi de ses œuvres ou de celles de ses disciples. Les comptes de la recette générale des finances aux Pays-Bas mentionnent différentes sommes que le roi paya à Rubens pour des tableaux envoyés en Espagne.
Sous l'année i53o, on y lit : " A Pierre-Paul Rubens, secrétaire du conseil privé du roy, 7,5oo livres, montant du prix des peintures qu'il a faites et fait faire, par ordre de S. A. S. et envo3'ées en Espagne, comme est plus amplement spécifié en certaine déclaration portant au pied ordonnance et quittance y servante. » Malheureusement la déclaration dont il est question ici n'a pas été retrouvée.
Au même paiement se rapportent les deux documents suivants. Le premier est un rapport adressé à l'infante Isabelle, le second est un apostille de la main de l'Archiduchesse.
" A rapporter à Son Altèze Sérénissime — Qu'ayant le fourier mayor de
(i) Cruzada ViLLAAMIL : Rubens diplomatica espahol. Madrid, 1874. P. Soy, 38o.
(2) ARMAND BascHET: Pierre-Paul Rubens. {Galette des Beaux-Arts, 1866. I, 446.)
l'hostel et cour de Vostre Altèze Jean Montfort délibvré au comte de Couppigny le compte et relation cy-joincte des paintures que Pierre-Paul Rubbens, secrétaire du conseil privé, at faict et faict faire par ordre de Vostre x\ltèze pour le service de Sa Majesté, et envoyé en Espaigne durant l'année passée, portant à sept mille cinq cens florins ; et ayant icelle relation par ledict comte esté exhibée en finances, le conseil a trouvé convenir de la remectre es mains royales de Vostre Altèze, afin qu'icelle soit servie de déclairer sur ce son bon plaisir et intention, mesmes si elle a appaisement desdictes paintures, et de l'estimation d'icelles faicte par personnes entendues en ceste matière, et en jugeans sans réflexion d'amitié et neutrallement.
" Ainsy advisé, à très humble correction de Vostre Altèze Sérénissime, à Bruxelles, au bureau des finances, le xxii'^ de décembre 162g «.
L'apostille est de la teneur suivante :
" Le prix de ces peintures à été convenu avec Rubens, avant qu'il les fit ; elles sont déjà en Espagne, à la grande satisfaction du roi, qui a ordonné de les payer immédiatement. Et comme, à l'arrivée de don Carlos (Coloma) à Londres, Rubens devra revenir et qu'il a besoin d'argent pour quitter cette ville, il conviendra de le payer promptement » (i).
Le 22 septembre i63o, le roi écrivit à l'infante un billet pour faire payer Rubens de ces tableaux et des dépenses de sa mission diplomatique à Londres. La lettre débute ainsi : " Sérénissime Dame, Rubens apporta ici quelques peintures pour mon service. Le prix lui en est dû. 7^
Ces documents prouvent que Rubens en se rendant à Madrid, en 1628, envoya ou emporta quelques tableaux commandés par le roi. Quelles sont ces peintures ? La liste en a existé ; elle s'est probablement perdue. Pour tout renseignement nous possédons un texte de Pacheco et l'inventaire des palais royaux de i636.
Pacheco désigne comme ayant été apportés en Espagne par Rubens les huit tableaux suivants : Jacob et Esall, Mucius Scévola, Ulysse et Achille (musée de Madrid, n° i582), Sainson déchirant la gueule du lion, David luttant contre un ours, Saturne (n° i5gg), Cérès (n° i585), Samson et les Philistins. A l'exception des trois pièces dont nous signalons la présence au musée de Madrid, tous
(i) Estas pyntaras se concertaron con Rubens por este precyo àntes que las ycyese, y estàn ya en Espana con mucha satysfacion del rey ; y asy a mandado se le paguen luego. Y como abrà de venyr en llegando don Carlos y a menester dynero para salyr de Londres, sera byen se le pague este luego.
ces tableaux ont disparu. Dans l'inventaire de i636, on rencontre Jacoh et Esaii, Mitcins Scévola, Achille et Ulysse.
Lors de son séjour à Madrid, en 1628 et 162g, Rubens, au dire de Pacheco, peignit le portrait du roi, de la reine et des infants pour être envoyés dans les Pays-Bas ; cinq portraits du roi, dont un à cheval et le portrait de l'infante de las Descalzas, en plusieurs exemplaires ; il fit cinq ou six portraits de personnes particulières ; il copia, d'après le Titien, les deux Bains de Diane (i586), Europe (1614), Vénus et Adonis, Vénus et Cupidon, Adam et Eve (i6i3), et d'autres tableaux encore, qu'il envoya à Anvers et qui se trouvent mentionnés dans le catalogue de sa mortuaire. D'après le même maître, il peignit encore les portraits du landgrave Philippe de Hesse, du duc d'Albe, du duc de Sajonia et du duc de Cobos, un doge vénitien et bien d'autres encore. Il peignit le portrait équestre de Philippe II (1607) et fit, en outre, pour don Diego Megia, une Immaculée conception et pour le frère du duc de Maqueda, don Jaime Cordona, un St. Jean l'Évangéliste. Il retoucha aussi et agrandit V Adoration des rois (iSSg). Ce dernier tableau avait été offert par la ville d'Anvers, en 1612, à don Rodrigo Calderon. En 1621, après la mort de ce gentilhomme, le roi Philippe IV l'acheta. Enfin Rubens peignit encore deux chasses, l'une au sanglier, l'autre au cerf qui furent placées dans la même salle que les tableaux apportés par lui.
Entre i63o et i636, 25 tableaux, furent envoyés de Flandre par Rubens. Ils étaient destinés à la reine d'Espagne, Isabelle de Bourbon ; mais le roi les fit placer dans la grande salle précédant la chambre à coucher, où Sa Majesté avait l'habitude de souper.
L'inventaire de i636 cite : Diane chasseresse par Rubens, deux Offices par Snyders, Cérès et Pan par Rubens et Snyders (i593), deux toiles représentant les Cinq Sens par Rubens et Jean Breugel (1237 et i238), deux Noces flamandes, une Maison flamande avec la cour de la reine Isabelle, le Marquis de Bruxelles, une Maison flamande avec l'Infante et l'Archiduc (1604, i6o5), une Ferme flamande, une Bataille navale près de la côte, deux Paysages avec des soldats, la Vie de l'homme, le Testament et VEnterrement, le Siège d'une place forte de la Flandre, une Femme avec une faucille par Rubens et Snyders.
En i536, le Cardinal-Infant reçut de Philippe IV l'ordre de faire faire des tableaux pour la tour de la Parada, une maison de chasse, à trois lieues de Madrid. Le 20 novembre de cette année, Ferdinand écrit à son frère : " En ce qui concerne les tableaux que Votre Majesté m'ordonne de faire faire pour la tour, Rubens en a reçu la commande, et il m'annonce qu'il a déjà mis la
main à quelques-uns. A mon arrivée à Bruxelles, j'enverrai à Votre Majesté un rapport plus détaillé sur l'état d'avancement de ces travaux et, s'il plait à Dieu, j'irai à Anvers, après Pâques, pour les voir et en presser l'exécution. ?>
A la fin de janvier i637, il écrit de Bruxelles : « On travaille en toute célérité aux peintures anversoises, quoique la gelée ait occasionné ces jours-ci quelque retard. Je crains beaucoup que le travail ne traîne en longueur, parce que Rubens ne veut pas donner de réponse précise ; il promet seulement que lui et les autres peintres ne perdront pas une heure de temps. Je le presse autant que possible, et, quand la besogne sera plus avancée, j'irai voir moi-même, v
'Le 21 janvier i638, le passe-port du roi de France est arrivé, les tableaux étaient prêts ; >• mais, dit le Cardinal-Infant, on doit encore patienter un peu, jusqu'à ce qu'ils aient séchés convenablement, sinon on les gâterait en les roulant. Rubens demande encore une vingtaine de jours ; car, le soleil ne se montrant que par miracle, il faut un temps plus long que d'ordinaire. J'ai discuté avec lui autant que j'ai pu ; mais, comme il s'y entend mieux que moi, j'ai cédé. «
Avant le départ des tableaux, en i637, Rubens reçut un acompte de 25oo livres sur la somme totale de 10,000 livres, prix de tout le travail. La mention de ce paiement s'est retrouvée aux archives de Bruxelles ; elle est libellée en ces termes : ^ A Messire Pierre-Paul Rubens, chevalier, secrétaire du conseil privé du roi, 2,5oo livres en tant moins de 10,000 pareilles livres que S. A. (le Cardinal-Infant), par son ordonnance du 9 décembre, a ordonné de lui fournir, à compte de ce que coiiteront les peintures que Sadite Altesse lui a fait faire, par ordre exprès de S. M., pour ornement de certaine maison de plaisance d'icelle au Pardo. ^ Peu de temps après, les 7,5oo livres restants furent payées à l'artiste.
Le convoi partit le 11 mars i638 ; il passa par Paris, et arriva à Madrid à la fin du mois d'avril. Nous pouvons, avec une certitude suffisante, reconstituer la liste des œuvres de Rubens, qui en faisaient partie, en recherchant quels tableaux de sa main ornaient la Torre de la Parada. C'étaient: la Lutte des Lapithes et des Centaures (iSyg), YEnlèvement de Proserpine (i58o), le Banquet de Térée (i58i), Orphée et Eurydice (i588), Mercure et Argus (1594), la Chasse de Diane, Jupiter et Junon. Ces deux derniers tableaux ont péri. Plus tard, on plaça dans le même bâtiment : Heraclite, Démocrite, Saturne, Ganymède et un Satyre, tous les cinq de Rubens.
Les huit tableaux, cités en premier lieu, ont environ les mêmes dimensions : 145 à igS centimètres de haut, sur 246 à 297 de large.
Un grand nombre de travaux des élèves de Rubens étaient compris dans cet envoi. En consultant le catalogue du musée de Madrid, on y rencontre les tableaux suivants, qui ont orné la Terre de la Parada, et dont les sujets sont analogues et les dimensions semblables aux pièces mythologiques de Rubens que nous venons d'énumérer :
Jean Van Eyck : la Chute de Phaéton (ii5o) ; Jacques-Pierre Gouwi : Hippomène et Atalante (i387), Défaite des Géants (i388), la Clmte d'Icare (iSBS^^) ; Erasme Quellin : la Mort d'Eurydice (1540), Jason (1541) ; élèves de Rubens inconnus : Cadnius et Minerve (1641), Apollon poursuivant Daphné (1642) ; Van Thulden : Orphée jouant de la lyre (1776) ; Corneille de Vos : le Triomphe de Bacchus (1792) ; auxquels il faut probablement ajouter Apollon et le serpent Python (1793) et Vénus sortant de la mer (1794) du même peintre, ainsi que YEnlèvement d'Europe (i538) et Bacchus et Ariane (i539) d'Érasme Quellin.
Il nous semble que les pièces de Rubens : Junon formant la voie lactée (iSBg), la Fortune (iSgS), Flore (iSgô), Vulcain {iSgy), Mercure (iSgS), ont tant d'analogie avec ces tableaux qu'elles peuvent bien être regardées comme ayant fait partie du même envoi.
Toutes ces œuvres avaient été exécutées sous la direction de Rubens et celles qui portent son nom furent faites en collaboration avec ses élèves.
Au témoignage de l'ambassadeur de Toscane, le nombre de toutes les peintures arrivées se montait à 112 ; elles étaient destinées, en partie, à orner le château de Buen Retiro. Parmi ces pièces, le plus grand nombre n'émanaient ni de Rubens, ni de son école. Au prix de 10,000 livres, ou 5o,ooo florins, qui font environ 400,000 francs de notre monnaie, chaque tableau valait environ 3, 600 francs, ce qui, pour l'époque, était assez largement payé.
Le 3o juin i638, le Cardinal-Infant avait reçu une nouvelle liste de tableaux à commander à Rubens. Le 11 décembre de la même année, ils ne sont pas encore prêts ; mais le 27 février 1639, ils sont envoyés par la poste. Rubens, au dire de l'Infant, les avait faits de sa propre main pour gagner du temps (i).
Vers la même date, mais par une autre voie, partit le Jugement de Paris (iSgo), qui était compris dans une comrnande antérieure, mais n'avait pu être achevé à temps.
(1) Las memorias de las pinturas que V. M. manda se hagan nuevas he dado yo mismo à Rubens, quien las haze todas de su mano por ganar tiempo, y yo me he conformado con él por la mejoria.
Le 22 juin i63g, une lettre du roi parvint au prince Ferdinand et lui enjoignit de faire exécuter, par Rubens et Snyders, une série de tableaux, . destinés pour la salle voûtée du palais, et représentant probablement des chasses ou d'autres sujets à animaux.
Ces peintures étaient au nombre de i8 et furent payées en 1640. Voici comment le fait est mentionné : " A François Rojas, garde des joyaux de S. A. R., 5,000 livres à compte de 10,000 livres, qui doivent être employées par lui au paiement de dix-huit peintures qui, par ordre de S. M., se font en la ville d'Anvers par les peintres Rubens et Sneyders. «
La même année, un second acompte de 2,5oo livres, sur le prix de ces dix-huit tableaux, fut payé.
Le 22 juillet, les dessins de la main de Rubens sont déjà terminés. Les travaux furent partagés entre lui et Snyders, à l'exclusion des autres collaborateurs, ce dernier faisant les animaux, Rubens les figures et les paysages. Huit de ces peintures furent expédiées en 1640, huit autres le 4 janvier 1641 ; les deux dernières étaient arrivées à Madrid le 2 juin de la même année.
En dehors de ces 18 pièces, il y en avait quatre plus grandes, dont Rubens s'était chargé lui seul. Elles furent payées à ses héritiers en 1640.
" A don Francisco de Contreras y Rojas, garde-joyaux de S. A., 4,200 livres, pour de ce payer les héritiers de feu messire Pierre-Paul Rubens, pour quatre peintures que leur feu père avait entrepris de faire pour le service de S. M. >.
Il se pourrait fort bien que ces ouvrages étaient destinés à compléter l'ornementation de la tour de la Parada. En effet, nous lisons dans de Piles (IV, 375) : « En Espagne, dans le palais de la tour de la Parada, à trois lieues de Madrid, l'on voit quantité de tableaux tirés des Métamorphoses d'Ovide, dont le roi avoit fait prendre les mesures à Rubens dans le tems qu'il étoit à la Cour, pour y travailler à sa commodité, et lorsqu'il seroit arrivé dans sa maison ; et comme ces tableaux sont disposés de manière qu'il y a beaucoup de vuide entre deux, Sneïdre a peint dans les espaces des jeux d'animaux. •»
Bellori parle, à peu près, dans les mêmes termes que de Piles des décorations de la Torre de la Parada (i).
Il serait impossible de spécifier, parmi les œuvres traitant des sujets
(1) Bellori : Op. cit. I, 238.
d'animaux et mentionnées par les inventaires ou conservées encore, quelles sont celles qui firent partie de la commande de lôSg.
Nous connaissons mieux, par contre, les quatre grandes pièces. Rubens y travaillait avec ardeur au mois de septembre 1639 ; dans le courant de l'hiver, il ne s'accorde aucun répit et le Cardinal-Infant croit que le travail sera ^ fameux y^. Le maître mourut, avant d'avoir pu y mettre la dernière main. L'un des quatre tableaux était à peu près terminé ; les autres étaient esquissés ou fort avancés.
Le Cardinal-Infant pria Van Dyck, qui, à la fin de 1640, se trouvait à Bruxelles, d'achever les quatre tableaux. L'éminent élève du maître qui venait d'expirer, refusa. Il consentit cependant à remplacer, par un tableau de sa main, l'une des quatre pièces dont Rubens n'avait fait que le dessin et il retourna en Angleterre avec l'intention de venir s'établir à demeure dans les Pays-Bas. Malheureusement, la mort vint le surprendre peu après son retour à Londres. L'achèvement des quatre toiles dut donc être confié à d'autres mains.
Les héritiers de Rubens payèrent 240 florins à Jacques Jordaens, pour terminer deux de ces tableaux : Hercule et Andromède ; les deux autres étaient la Réconciliation des Romains et des Sabins et un second, V Enlèvement des Sabines, dessiné seulement par le maître et formant probablement le pendant du premier. Les deux derniers furent terminés par des élèves inconnus. De ces quatre grandes pièces, la seconde seule, Persée et Andromède (1584), a été conservée ; les trois autres ont disparu.
Après la mort de Rubens, le roi d'Espagne acheta, par l'intermédiaire de don Francisco de Rojas, avant la vente publique, au prix de 27,100 florins, 32 tableaux, qui figurent dans le catalogue de la collection, dressé par ordre des héritiers. Parmi ces œuvres, il s'en trouvait 18 de Rubens : le Sauveur avec le globe terrestre dans la main, St. Pierre martyr, Calisto, Actéon, Vénus et Adonis, Europe (1614), Vénus et Cupidon, Cupidons, Bacchanale, tous d'après le Titien, Nymphes et Satyres (iSSy ?), la Vierge et St. Georges (i56i), Soldats suisses, Danse de paysans italiens (1612), Jésus-Christ à Emails (i554), St. Georges (i555). Chasse aux Cerfs, Trois nymphes avec la corne d'abondance (i5gi). Il faut ajouter à cette liste, comme nous l'avons dit, Adam et Eve, d'après le Titien.
Dans la mortuaire de Rubens, Miguel d'Olivarès acheta le portrait équestre du prince Ferdinand (1608) et Leganès l'apporta au roi.
Le même Leganès avait fait cadeau à Philippe IV, avant i635, de V Immaculée Conception, qui, dans l'inventaire de cette dernière année, est mentionnée comme ornant l'oratoire de Sa Majesté à l'Alcazar de Madrid.
Nous avons déjà dit comment le roi d'Espagne se fit envoyer les Triomphes de l'Eucharistie (i).
log. RÉCONCILIATION D'ÉSAÛ ET DE JACOB.
Munich. Pinacothèque, 751.
Toile. H. 33o, L. 283.
|sAU et Jacob se rencontrent sur une petite hauteur. Le premier porte une cuirasse et sur celle-ci une draperie rouge et bleue. Il est suivi de deux guerriers coiffés de casques et d'un jeune garçon tenant son cheval par la bride. Dans le coin gauche, en haut, on voit encore les hampes de cinq lances. Jacob, s'avançant de la droite, est accompagné de deux femmes, dont l'une, vêtue de jaune, est agenouillée et porte deux enfants. Il est suivi de quatre serviteurs. L'un de ces derniers est coiffé d'un turban et monte un des trois chameaux que l'on voit à droite. Deux bœufs, un bélier, une brebis et une chèvre se trouvent au premier plan ; à l'arrière-plan, on distingue deux autres bœufs. Les deux frères s'avancent l'un vers l'autre. Jacob plie le genou devant son aîné et met la main sur la poitrine, avec un geste d'humilité. Ésali lui tend la main et lui parle avec une vivacité amicale.
Le ton de la peinture est mat ; elle est faite par un élève, d'après une esquisse du maître et retouchée par celui-ci. Les animaux sont de Wildens. Le tableau date de i6i5 à 1620.
Gravures : V. S. 3o. P. de Balliu. (Dédicace : Domino Martino Kretser Artis Pictoriœ admiratori ac Patrono uno unico, hanc cultus et observantise suas indicem tabulam Joannes de Heem dicat consecratque. Antverpiae 24 Febr. i652). Non cité : Phil.-Andr. Kilian, copie de la gravure précédente, avec la seule différence que, dans la première, Ésaii est nu-tête et que, dans la seconde, il porte un casque.
L'auteur possède le dessin de la gravure de Balliu à la sanguine, de
(1) Voir GacHARD : Particularités et documents inédits sur Rubens (Extrait du Trésor Jiational. I, 160). P. 28. — ID : Histoire politique et diplomatique de Rubens. Bruxelles, 1877. P. 184. — Cruzada VillaamIL : Rubens diplomatico Espahol. Madrid, 1874. Pp. 137, 143, 3o8, 38o. — P. GÉNARD : P.-P. Rubens. Antwerpen, 1877. P. 42. — ID. : Bulletin des Archives d'Anvers. II, 83. — Carl Justi : Rubens und der Kardinal-Infant Ferdinand (Zeitschrift fur Bildende Kunst, 1880. Pp. 225 et 261). — Bulletin Rubens. I, 112.
dimension un peu plus grande que la gravure. Celle-ci diffère du tableau en quelques détails du fond. Dans la peinture, les têtes des chameaux sont séparées par le buste du nègre qui monte le premier ; dans la gravure, ces têtes sont rapprochées. Dans le tableau, on distingue des oiseaux volant dans les airs ; dans la gravure, ils manquent.
Photographie : von Hanfstaengl.
Voir planche 3o.
i09=«. RÉCONCILIATION D'ÉSAÛ ET DE JACOB.
Esquisse du numéro précédent.
Collection Munro (1878).
'esquisse de ce tableau fut vendue à Londres, le i juin 1878, dans la collection de M. Hugh A. J. Munro. Elle avait antérieurement passé dans les ventes suivantes :
Lempereur, '^77'i, 366o fr.
Prince de Conti, 1777, 2620 fr.
Beaujon, 1787, i58o fr.
de St. Victor, 1822, 810 fr.
Smith l'acheta, plus tard, 100 £ et la vendit i3o £.
M. Munro l'acheta, en i832, dans la vente Poster, pour 46 guinées (i).
Le musée d'Amsterdam, celui de Dunkerque et la galerie Colonna, à Rome, possèdent des copies de cette esquisse.
Dans la suite des sujets gravés par Prenner, d'après les tableaux du Belvédère de Vienne, on rencontre une Réconciliation d'Esail et de Jacob, attribuée par le graveur et les anciens catalogues à Rubens. La composition présente de nombreux points d'analogie avec celle de Rubens, mais l'attribution était fausse. Actuellement le tableau est désigné comme l'œuvre de Théodore Van Thulden et porte dans le catalogue de la galerie impériale le no 1317. Il est peint sur bois, haut de 58 et large de 87 centimètres.
Gravure: V. S. 3i, A. J. von Prenner.
(i) Smith : Catalogue raisonné. II, n" ôSg ; IX, n» 241.
Dans la vente Mariette, en lyyS, on vendit, au prix de 141 frs., « une superbe composition de Raphaël, restaurée par Rubens à la plume et lavée, représentant Jacob et Esaii. v
Le Triomphe de Joseph.
Sujet d'un des plafonds de l'église des Jésuites, à Anvers (Voir n° i3).
Les Israélites ramassant la manne dans le désert.
Un des sujets des Triomphes de l'Eucharistie (Voir n° 47).
Moïse en prière.
Sujet d'un des plafonds de l'église des Jésuites, à Anvers (Voir n" g).
iio-iii. MOÏSE ET AARON.
Tableaux inconnus.
|eux tableaux, représentant Moïse et Aaron, se trouvaient jadis dans le soubassement des colonnes de l'autel du St. Sacrement, à l'ancienne église des Dominicains, actuellement l'église St. Paul, à Anvers. L'autel était et est encore orné d'un retable de Rubens, représentant la Dispute du St. Sacrement. Ces peintures sont mentionnées dans un inventaire des ornements et meubles appartenant à la chapelle du St. Sacrement, rédigé le 24 juillet 1616 (i).
(i) « Een constich stuck schilderye van de Realiteyt van den Heyligen Sacramente, geschildert by mynheer Peeter Paulo Rubbens. Ende onder in 't pedistael over v^^edersyden van den altaer, de figuren van Moyses ende Aron, by den voorschreven mynheer Peeter Paulo Rubbens gemaect. » (Inventaris van de ornamenten ende meublen toebehoirende de cappelle van den H. Sueten Naem Jhesus en den H. Sacramente, binnen de kercke van den Predickheeren alhier t'Antwerpen, gemaect op den 24 jully 1616). De Liggeren der AnUverpsche St. Lucasgilde, publié par Ph. Rombouts et Th. Van Lerius. I, 402.