L'ÉDUCATION DE LA VIERGE
Anvers. Musée, 3o6.
Toile. H. 193, L. 140.
Sainte Anne est assise, en plein air, sur un banc, élevé de deux degrés, dont le dossier a la forme d'une balustrade. La Vierge, debout à côté de sa mère, tient de la main gauche un livre et de la droite l'écharpe en gaze bleue, jetée sur sa robe de soie blanche. Elle retourne la tête pour regarder le spectateur. Sainte Anne pose une main sur son genou, l'autre sur l'épaule de sa fille. Elle porte une robe rouge et un vêtement de dessus d'un vert très foncé, à doublure brune ; sa tête est couverte d'une coiffure et sa gorge d'une chemisette, toutes deux en mousseline blanche. Elle contemple avec bonheur deux anges qui, dans le haut du tableau, tiennent une couronne de roses rouges et blanches au-dessus de la tête de Marie. Derrière elle. St. Joachim est accoudé sur le dossier du banc. Un pavillon, à pilastres, dont la voûte est formée de verdure, se trouve à gauche ; à droite, des roses grimpantes fleurissent sur un treillis.
L'œuvre respire la tendresse dans toutes ses parties. L'expression de douceur et de joie sur la figure de la mère, la grâce naïve de l'enfant, les deux amours d'anges, les fleurs éparses sur la toile, le ciel gris et ouaté, le ton clair et harmonieux de l'ensemble, tout donne à la composition une grâce extrême et en fait le tableau attendri du bonheur domestique, dans une famille dont les enfants sont jeunes, à l'époque où le printemps renaît. Le seul détail moins réussi est l'attitude de la Vierge, qui ne s'occupe ni de sa mère ni de sa leçon ; mais, distraite et étonnée, regarde hors du cadre.
Nous avons ici, comme dans la Sainte Thérèse priant pour les âmes du purgatoire, un tableau dont l'aspect déroute quelque peu et que rappellent seulement de rares travaux du maître. Le ton général est nacré ; le gris clair
domine dans les ombres, le rose tendre dans les chairs. Un effort très sensible est tenté pour plaire au spectateur en produisant sur ses sens une impression agréable et dans son âme une douce émotion. Il est évident que le caractère exceptionnel de l'exécution doit être attribué en majeure partie à l'élève qui a fait les premiers travaux. S'il fallait citer le nom de ce collaborateur, nous indiquerions celui de Van Thulden, qui avait une préférence marquée pour les scènes gracieuses et les couleurs tendres.
Quoiqu'il en soit, tout le travail préparatoire est de la main d'un disciple, retouché comme d'habitude par Rubens dans les parties principales, qui sont ici les chairs et les vêtements de Ste. Anne et de sa fille. La robe de soie de la Vierge surtout porte les traces du travail supérieur du maitre ; les têtes d'Anne et de Marie sont de sa main. On distingue en outre clairement les taches de chaude lumière qu'il a jetées dans le ciel ouaté.
Il est difficile d'assigner une date à l'œuvre, tant le travail de l'élève domine. Nous croyons cependant ne pas nous tromper de beaucoup en la plaçant à la date de i625 environ. Outre le caractère général qui rappelle cette époque, nous trouvons dans le tableau une preuve plus positive à l'appui de cette hypothèse. La jeune Marie est évidemment le portrait d'Hélène Fourment, à l'âge de lo ou ii ans. C'est-à-dire, que la future épouse du peintre posa pour cette figure vers i525. Le St. Joachim est le même modèle qui servit pour le St. Joseph de la Vierge au Perroquet, mais vieilli.
Le tableau fut peint pour l'autel de la chapelle de Ste. Anne dans l'église des Carmes déchaussés, à Anvers, où il resta jusqu'en 1794. Il fut enlevé à cette date par les commissaires de la république française et ramené en i8i5.
Gravures : V. S. (Saintes) 4, S. a Bolswert. Au premier état, la gravure n'a pas de dédicace ; au second, elle porte : Nobili Matronse Dominae Annae de Millairy et Tamison, hanc imaginem gratitudinis ergo ob exstructum suo in conventu egregium divse Annae Eremitorium Carmelitœ discalceati Namurcenses D. D. C. Q. Martinus van don Enden ; sur le troisième état, on lit : Nobili et Generosse Dominae Annae de Hellincx, Strenui ac Nobilis Dni Ludovici le Comte de d'Orv'ille, Equitis, Toparchae S^' Joannis, S'' Remigii, S'-"-' Mariaegheest, Pietremal, Geneuille, etc. Conjugi lectissimse Martin, van den Enden D. C. Q. ; 5, Anon. (Mariette exe.) ; 6, C. Waumans (sans le St. Joachim) ; 7, A. Voet (St. Joachim et l'un des anges, ainsi que les roses grimpantes manquent ; l'estampe est entourée d'un passe-partout orné d'une guirlande de fruits et de feuilles) ; 8, Dossier ; g, Franc. Sesone ; 10, Anon. (sans le St. Joachim et l'ange à droite); 11, J. Devaux ; 12, Anon. (chez N. J. B.
iSi
de Poilly), sans les deux anges, avec un autre fond ; i3, Anon. (Gasp. Huberti exe.) ; 14, Langot. Non décrits : Anonyme (C. Galle exe.) ; G. Mercier (Gazette des Beaux-Arts, 1 juillet 1884) ; H. Delpierre (lithographie). La tête de la Vierge seule a été gravée par A. Collette (V. S. Histoires et Allégories sacrées, 82).
i4o''«. L'ÉDUCATION DE LA VIERGE.
Esquisse du tableau précédent.
Panneau. H. 43, L. 32.
îjuivANT Smith {Catalogue IX, 26) le comte d'Ashburnham possédait, en 1842, une étude terminée pour le tableau précédent. L'épithète " terminée, » donnée à cette esquisse, est de nature à faire douter de son authenticité.