LA VIERGE SOUS LE POMMIER
(Revers des volets)
|a Vierge, vêtue d'une robe blanche et d'une draperie rouge, tenant l'enfant Jésus sur les genoux, est assise, à droite du tableau, sous un pommier, entre les branches duquel est suspendu un rideau rouge. Derrière elle, St. Joseph se tient debout. St. Jean, tout nu, accourt, les mains étendues vers le petit Jésus. Sa mère, Ste. Elisabeth, le tient des deux mains ; son père, St. Joachim, tend au Sauveur une branche chargée de pommes qu'il vient de cueillir de l'arbre. Dans ce dernier sont juchés deux petits anges. Derrière St. Jean, son agneau ; à l'extrémité opposée, deux lapins broutent l'herbe. Dans le fond, une échappée de vue sur le paysage.
Le tableau est largement et sommairement traité, mais fort beau de composition et de coloris. Les chairs sont un peu brunâtres, mais les draperies multicolores, rouges, bleues, violettes, ressortent brillamment sur le fond imbibé de lumière. La Vierge est une belle femme pleine de santé ; les deux enfants sont charmants de forme et de pose.
Le modèle qui a posé pour le St. Joachim est le même dont Rubens prêta les traits à St. Ildefonse.
Le comte de Chesterfîeld possédait, en 1771, une répétition de la Vierge au pommier qui servit de modèle à la gravure d'Earlom.
Voir planche 80.
Dans le panneau central du triptyque, Rubens peignit entièrement de sa main la Vierge, le St. Ildefonse et la Ste. Rosalie ; les trois autres saintes, les anges et le fond ont été préparés par un élève et terminés par lui. Les figures des archiducs et leur prie-Dieu sont de sa main, leurs saints patrons commencés par un élève ont été achevés par lui. C'est lui encore qui a posé
sur tout le tableau les lumières dorées et rouges qui y prédominent ; il a donné ainsi à son œuvre l'unité et l'harmonie du coloris. Le collaborateur était probablement Van Thulden.
La Vierge sous le pommier est un travail d'élève, retouché par le maître. Le paysage et les accessoires sont de Wildens.
Le triptyque de Saint Ildefonse fut commandé à Rubens en i63o; il était terminé au commencement de i632. Il fut fait pour l'autel de la confrérie de St. Ildefonse dans l'église de St. Jacques sur Caudenberg, à Bruxelles, aux frais de l'archiduchesse Isabelle-Claire-Eugénie.
La confrérie de St. Ildefonse fut instituée par l'archiduc Albert à Lisbonne, lorsqu'il était gouverneur du Portugal. Voici comment la préface du registre manuscrit de la confrérie raconte cette institution :
" En l'an mil cincq cent huictante huict, l'archiducq Albert de pieuse mémoire, gouvernant le Royaume de Portugal pour sa Majesté Catholicque Philippe second, poussé tant d'un zèle de charité pour sa famille royale, que de respect et de confiance envers le glorieux saint Ildefonse, archevecque de Tolède, instituât une confrérie en son honneur, pour la protection de laditte famille, dans la ville de Lisbonne, dont il ordonna une grande solemnité le vingt troiziesme janvier de chasque année qui est le jour que l'église en célèbre la fête.
« En l'an i6o3, ledit Seigneur S™^ Archiducq estant devenu Souverain de ces estats du Pays-Bas avec la sérénissime princesse Isabelle d'Autriche, Infante d'Espaigne, son épouse et fille de ce grand Roy, animé des mesmes sentiments fit établir ladite confrérie dans l'église de St. Jacques de Caubergue, qui est la paroisse de la cour, et pour la rendre plus célèbre fit dresser, à l'honneur du mesme St. Ildefonse et à la gloire de sa confrérie, l'autel magnifique de la chapelle la plus voisine du Palais dans le tableau duquel on voit St. Ildefonse recevoir des mains de la Sainte Vierge, accompagnée de plusieurs saintes, une chasuble travaillée de ses propres mains, comme le raconte son histoire, et aux deux costés les portraits dudit seigneur archiducq et de Madame l'infante avecq les patrons de l'un et de l'autre (i). «
Les membres de cette confrérie se recrutaient dans le personnel des officiers et serviteurs attachés à la maison des archiducs. Le registre renfermant le règlement, le nom des membres et quelques faits historiques intéressant la confrérie nous a été conservé dans une traduction française datant des
(i) Archives générales du royaume à Bruxelles. Établissements religieux, iggo.
premières années du XVIII^ siècle. Ce n'est qu'à partir de 1621 que ce registre fait suivre les noms des officiers, de quelques faits marquants dans l'histoire de la pieuse association et énumère les dons faits par l'archiduchesse Isabelle.
Michel place l'exécution du triptyque '- quelque temps r après le retour de Rubens dans les Pays-Bas, lorsqu'il fut inscrit comme membre de la confrérie de St. Ildefonse. Le nom du peintre ne se rencontre pas dans le registre ; seule la préface que nous avons citée, semble autoriser l'hypothèse que le tableau fut donné par l'archiduc, peu de temps après l'institution de la hermandad. On partait de là pour affirmer que Rubens, lors de sa nomination comme peintre de la cour, s'était affilié à la confrérie de St. Ildefonse et avait exécuté à cette occasion le triptyque pour l'autel de ce saint. Michel n'était pas seul de l'avis que le tableau appartient à une époque reculée de la carrière du maître : Smyers et Mois le font dater de 1614 environ (i).
C'est seulement dans ces dernières années que M. Auguste Castan, bibliothécaire de Besançon, a mis au jour des textes qui donnent aux recherches concernant la date du St. Ildefonse une ;base documentaire (2). Ces pièces, d'un haut intérêt pour l'histoire d'un des chefs-d'œuvre de Rubens, consistent en une série de lettres écrites par Erycius Puteanus, le savant professeur de Louvain, à Philippe Chifflet, chapelain de l'oratoire de l'infante Isabelle, au sujet d'une inscription commémorative de l'autel nouveau et du retable de St. Ildefonse à Bruxelles et en extraits de divers journaux, tenus par Philippe Chifflet.
Voici un résumé des documents publiés par M. Castan. Le 14 août i63o, Puteanus écrit à Philippe Chifflet qu'il vient de recevoir l'inscription destinée à l'autel de St. Ildefonse et rédigée par Woverius. D'Andelot, préfet ou juge de la confrérie, avait voulu que le texte fût soumis à Puteanus. Ce dernier se conformera à ce désir si honorable pour lui.
(i) Het was al in 't selve jaer 16 14 dat Rubens maekte dees puyk schilderye voor de parochiekerke van Kaudenberge tôt Brussel, dit was gegeven door de vermelde Hoogiieden. (Ms. de Sniyers dans le recueil de Mois, M. S. 5732, p. 191).
Het stuck van Kauwenberg is gemaeckt korts of op den selven tydt van den St. Job, 1614-1615 (Ibid. 5732, p. i3i).
(2) Auguste Castan : Les origines et la date du Saint-Ildefonse de Rubens. Besançon, 1884. — ID.: Une visite au Saint-Ildefonse de Rubens. Besançon, i885. — ID.: Opinions des érudits de F Autriche sur les origines et la date du Saint-Ildefonse de Rubens. Besançon, 1887.
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Le i6 août i63o, nouvelle lettre : Puteanus envoie le texte rédigé par lui et donne quelques explications sur les termes dont il s'est servi.
Le 22 août suivant, il promet pour le lendemain une inscription modifiée. Le 23 août, il envoie une nouvelle inscription rédigée par lui ; il y joint celle de Woverius et dit que, dans son second texte, il a mentionné le don du tableau fait par l'infante Isabelle.
Le 27 août, enfin, il expédie la rédaction définitive et donne quelques explications sur l'emploi de certaines expressions. Ce texte amendé est de la teneur suivante (i) :
" A Dieu très bon et très grand. En l'honneur et pour le culte de St. Ildefonse, évêque de Tolède, le Chrysostome de l'Espagne, la confrérie des officiers du palais, instituée par la piété et animée par l'exemple d'Albert et d'Isabelle, archiducs d'Autriche, souverains de la Belgique, décora de marbre, et surtout d'affection envers son patron et ses princes, cet autel qui était veuf d'ornements et ce retable donné par une princesse veuve : le chef de la corporation étant Messire Ferdinand d'Andelot, franc-comtois, chevalier, premier maître d'hôtel de la cour, l'an i63o. r.
Notons pour l'intelligence de ce texte que Ferdinand d'Andelot était ii juge " de la confrérie pendant l'année administrative 1629 et que très probablement cette année courait du 23 janvier 162g au 23 janvier i53o ; que l'archiduchesse devint veuve le i3 juillet 1621 et mourut dans la nuit du I'" au 2 décembre i632. Il faut ajouter à ces documents les textes suivants, également découverts et publiés par M. Castan.
C'est d'abord un extrait du Diaire des choses arrivées à la cour de Bruxelles de i633 à i635, écrit par Philippe Chifflet :
« 23 janvier i635. Du vivant de l'archiduc Albert et par son ordonnance, avoit esté érigée une confrérie de domestiques de sa maison, en l'honneur et soub la protection de Saint Ildefonse, en une chappelle de Nostre-Dame qui est a Cauberghe, à flanc de l'évangile du grand autel, en une des ailes de ladite église, laquelle chappelle a esté ornée peu à peu, mais principalement sur les dernières années de l'Infante Isabelle, que les confrères y érigèrent un
(i) D. O. M. Honori et cultui S. Idelfonsi episcopi toletani, Hisp. Chrysostomi sodalitas palatinorum ministrorum, Alberti et Isabellae archidacum Aust. Belg. principum pietate instituta, exemple animata, hanc ara m viduam, et hanc tabulam a principe vidua donatam, marmore, et magis affectu in patronum et principes, ornavit ; Primicerio D. Ferdinando d'Andelot, Sequano, eq. primar, aulae prïef. Anno christiano M.DC.XXX.
Soi
autel de marbre, embelly d'un très riche tableau de la main de Pierre . Paul Rubens. ^
Philippe Chifflet annota encore dans son Journal historique des choses mémorables arrivées en la cour des Païs-Bas, à la fin de ses indications relatives à l'année i53i, ce qui suit : ^ Cette année fut achevé l'autel de marbre de Cauberghe. Dès le commencement, Son Altesse y contribua largement et fit présent au prévost d'une crosse et d'une mithre. «
La donation en question fut faite au mois d'avril 162g. Chifflet annote sous cette date dans ses Présents faits par l'infante Isabelle à diverses personnes et en divers lieux : - Au prévost de Cauberghe, de Bruxelles, une crosse d'argent à laquelle S. A. fit mettre les figures ou statues des St. Augustin, patron de l'église, Albert et Elisabeth, patrons de LL. AA. -n
Un passage du registre de la confrérie de St. Ildefonse que n'a pas cité M. Castan dit que, le 26 avril i63o, la sérénissime infante " at donné à la ditte Hermandad des ornements d'autel, une chappe, avec ses dépendances, un frontal d'autel et un petit pour la crédance ; item pour les passées d'autel une casuble, deux almaticques et estoles, trois maniples, un drap pour le pulpite, deux couvertes pour le Misai, un couverte de caliz d'armoisi blanco et randes de oro, le tout affourné d'estoffe d'incarnat, ri
Il ressort de la comparaison de ces textes que l'édification de l'autel dura de 162g jusqu'à la fin de i63i, ou plutôt jusqu'au commencement de i632. En effet, une estampe, mentionnée par Mois, porte l'inscription : Ara in Ecclesia Caubergana D. Jacobi a ministris Sereniss. Principum Alberti et Isabellœ, Briixellis erecta, i632 (i). C'est donc entre le mois d'avril i63o, date du retour de Rubens de son voyage diplomatique, et le commencement de i532 que l'exécution du tableau doit être placée.
M. Castan croit que le triptyque fat commencé vers le milieu de l'année i63o. Ceci est moins certain, et ne ressort point des textes découverts. L'inscription faite par Puteanus et les lettres, écrites au mois d'août i63o, par le professeur de Louvain à Philippe Chifflet parlent toujours d'un tableau déjà donné à cette époque par l'infante à la confrérie de St. Ildefonse : ^ Donationem tabulse a serenissima principe factain y lisons nous clans la lettre de 23 août i63o ; " aram viduam et hanc tabulam a principe vidua donatani ^ dit l'inscription, datée de i63o et définitivement arrêtée le 27 août suivant.
(i) Copie d'un manuscrit de Smyers, dans les manuscrits de Mois. Bibliotiièque royale de Bruxelles, M. S. n° SySS, p. i5o.
Pour que le tableau eût pu être remis à la confrérie au mois d'août i63o, Rubens aurait dû le terminer avant le mois d'août 1628. En effet, il partit pour Madrid à cette dernière date et ne revint en Belgique qu'au mois d'avril i63o. Mais on ne saurait admettre que, le triptyque ayant été terminé en 1628, l'autel n'aurait été inauguré qu'en i632. Il faut regarder les termes de l'inscription de Puteanus comme volontairement ambigus et par tableau " donné, ^ il faut entendre tableau ^ promis - . Si Puteanus faisait mention da cadeau comme ayant été effectué en i63o, c'est que, comme le fait observer M. Castan, il voulait faire figurer dans son inscription le nom de d'Andelot et placer sous l'administration de ce « juge ^ la construction de l'autel et l'achèvement du triptyque. La supercherie est d'autant plus manifeste que, les officiers de la confrérie étant renouvelés le 23 janvier, d'Andelot cessa d'èti-e juge au mois de janvier de l'année i63o, avant le retour de Rubens de son grand voyage diplomatique. En réalité, on peut seulement conclure de l'inscription, qu'au mois d'août i63o, le tableau avait été commandé à Rubens.
Par une étrange fatalité, le registre de la confrérie de St. Ildefonse, qui annote les principaux événements survenus clans la pieuse association et énumère avec complaisance les présents de l'infante, ne dit pas un mot du retable, pas plus que de l'autel de marbre exécuté aux frais de la hermandad. Ceci nous autorise à supposer que l'un et l'autre devinrent la propriété, non de la confrérie de St. Ildephonse, mais de l'église de St. Jacques sur Caudenberg.
Suivant une annotation de l'histoire manuscrite de l'abbaye de Caudenbergh, ce fut le prévôt mitre Henri Muelemans qui institua la confrérie de St. Ildefonse. Ce prévôt régna de 1620 à i532. Il est évident que l'auteur de cette histoire a confondu l'institution de la confrérie avec l'édification de son autel (i).
M. Castan a déjà fait ressortir que les vêtements de deuil portés par St. Albert, ainsi que le costume de franciscaine donné à St. Elisabeth, indiquent clairement que les volets, aussi bien que le panneau principal, furent exécutés durant le veuvage de l'archiduchesse.
En confirmation de la date de i532 assignée au triptyque par les documents
(1) Nobilem St. Ildefbnsi confraternitatem (in qua nulli nisi qui in ducum Brabantise servitio sunt inscribuntur) Henricus Muelemans in sua ecclesia instituir, Historia abbatiœ Caudenbergensis. Bibliothèque royale de Bruxelles M. S. lôSyS (Extrait communiqué par M. Ch. Ruelens).
cités plus haut, nous ferons encore valoir que la Vierge qui figure dans le tableau central du St. Ildefonsc offre la plus grande ressemblance avec celle que Rubens peignit dans certains tableaux de sa dernière époque, la Sainte Famille du Musée de Cologne, et le tableau de la chapelle mortuaire de Rubens ; que la Ste. Rosalie du même panneau se retrouve, à peu de chose près, identiquement sur le tableau du Couvonueinent de Ste. Catherine datant de i633 (Voir notre n° 400) et que le personnage de St. Ildefonse est également fait d'après un modèle de la dernière époque du maitre.
Comme l'a déjà fait remarquer von Liitzow (i), les figures agenouillées d'Albert et d'Isabelle ont pour prototypes les portraits de Vincent de Gonzague et d'Éléonore d'Autriche que Rubens peignit dans la Sainte Trinité de l'église des Jésuites, à Mantoue (Voir n^ 81). L'attitude et le costume des personnages princiers de i53r constituent évidemment une réminiscence de ceux que le maitre prêta à ses patrons italiens, un quart de siècle plus tôt.
Nous avons encore à signaler une composition qui présente une analogie frappante avec le St. Ildefonse. C'est une esquisse d'une Sainte Conversation, appartenant à M. David P. Sellar, de Londres, qui fut exposée en 1887, dans VExhibition of ivorks of old masters de la Royal Academy de Londres. Elle y portait le n" 65 et le titre Adoration des Bergers (Panneau H. 33, L. Sa). La Vierge, ayant l'enfant sur les genoux, est assise sur un trône orné de colonnes torses. Près d'elle trois pénitents : St. Augustin, agenouillé à gauche, les mains jointes, la tête levée vers la Vierge, la mitre et la crosse déposées par terre ; à droite, Ste. Madeleine agenouillée, les mains croisées sur la poitrine, le buste plié vers la terre, les cheveux dénoués, son vase lacrymatoire posé par terre devant elle ; le roi David, debout à gauche, tête nue, les bras croisés sur la poitrine, les regards affligés et pleins de repentir tournés vers la Vierge. A droite, trois saintes sont débout : Ste. Elisabeth, en costume de religieuse, tenant la double couronne posée sur un livre ; Stc-Barbe, la main appuyée sur la tour ; Ste. Catherine, une palme dans la main gauche qui touche la roue. A l'extrême gauche, St. BVançois d'Assise, les mains à demi levées et étendues, le buste incliné vers la Vierge, et St. Georges entourant de la main levée le bois de la lance.
Nous disions que l'analogie est frappante entre le panneau central du St. Ildefonse et cette esquisse. En effet, la niche dans laquelle trône la Vierge est identique ; la tête de Marie et la Ste. Elisabeth offrent la plus
(1) Zeitschrift fur bildende Kiinst. 1887, I, 348.
grande ressemblance dans les deux conceptions ; la Ste. Catherine et le St. Augustin de l'esquisse présentent la plus grande analogie avec la Ste. Rosalie et le St. Ildefonse du triptyque.
Le triptyque de St. Ildefonse fut placé sur l'autel de la confrérie, à gauche du maître autel. Il ne conserva pas longtemps cette place. Lors de la prise de Bois-le-Duc, en 1629, une statue de la Vierge avait été transportée de cette ville à Bruxelles et déposée à l'église St. Géry (i). Le i5 mai 1641, cette statue fut solennellement placée sur l'autel de St. Ildefonse. Le retable de Rubens fut suspendu contre un des murs de la chapelle (2).
Au commencement du dix-huitième siècle, deux menuisiers liégeois scièrent les panneaux des volets pour mettre les deux revers côte à côte et en faire le tableau de la Sainte Famille, tel qu'il existe encore à Vienne.
En 1557, la confrérie de St. Ildefonse cessa d'exister ; le triptyque resta dans l'église de l'abbaye de Coudenberg. En 1743, cette église fut détruite par un incendie; heureusement, le tableau fut préservé. A cette époque, la question de la propriété fut soulevée une première fois, mais ne lut pas tranchée. En 1776, l'abbé songea a vendre le triptyque pour employer l'argent qui en proviendrait à la réédification de l'église. Par lettre du 12 août 1776, il s'adressa au gouverneur des Paj's-Bas Autrichiens, Charles de Lorraine, pour obtenir l'autorisation. La question de la propriété fut posée de nouveau et résolue par le prince de Kaunitz en faveur de l'abbaye. Les tableaux furent annoncés dans le catalogue des œuvres d'art provenant des églises et couvents des Jésuites. Ils formaient un premier supplément au catalogue des tableaux déposés à Bruxelles qui devaient être vendus en cette ville, le 12 mai 1777. Mais, dès le 3 décembre 1776, le ministre prince Starhemberg fut chargé par l'impératrice Marie-Thérèse de négocier l'achat du St. Ildefo)isc. Le 28 du même mois, le prix fut établi de commun accord entre le ministre et l'abbé à 20,000 florins, quoique les experts l'eussent évalué à 5o,ooo florins. Cependant, au moment de conclure le marché, le prix fut porté définitivement à 40,000 florins, argent courant de Brabant.
Le 20 mai 1777, Starhemberg annonce que le St. Ildefonse et les
(i) HENNE ET Wauters : Histoire de Bruxelles. III, 356-7.
(2) Dépenses faictes pour le jour de la Translacion de Nostre Dame de Boilducque de l'e'glise de St. Gerry alleglise de Cauberg faictes par la ditte Hermandad et mis la ditte image sur l'autel de Sainct Ildefonse ; monte 141 fl. 16 sous (Registre de la confrérte de St. Ildefonse, anne'e 1641).
tableaux provenant des Jésuites sont en route pour Vienne où ils pourront arriver à la fin de juin. Ce furent les provinces belges qui furent forcées de solder les chefs-d'œuvre dont on les dépouillait pour en doter le Musée de la capitale de l'Autriche (i).
Un dessin du panneau central du Saint Ildefonse fut vendu dans la collection Crozat (Paris, 1741, n° 818), avec un Martyre de St. Pierre, à i58 francs. Dans la vente Mariette (n° ioo3), il fut vendu 25i francs.
Gravures : Le panneau central, V. S. 85, H. Witdouck, i638 ; 85, F. de Roij.
La face antérieure des volets, V. S. (Portraits) ig6, 197 F. Harrewijn, d'après un dessin de F. Eisen.
La face postérieure des volets, (la Vierge au pommier) V. S. Vierges 114, R. Earlom, 1771 (d'après une répétition dans la collection du comte de Chesterfield).
Le panneau central et la face antérieure des volets, J. Passini, W. Unger (publication du Gesellscha/t fiir vervielfciltigende Kitnst) ; W. Unger, en format plus petit.
Le panneau central, la face antérieure et la face postérieure des VOLETS, w. Unger (dans la galerie du Musée de Vienne).
Le cabinet des estampes de la bibliothèque nationale de Paris possède une épreuve de la gravure de Witdoeck retouchée par Rubens.
Une étude pour un groupe du tableau central fut gravée par M. Watelet d'après un dessin de Rubens (V. S. 87).
456bis. SAINT ILDEFONSE RECEVANT LA CHASUBLE DES