MAINS DE LA VIERGE
St.-Pétersburg. Ermitage, SSy.
Esquisse du panneau central et de la face antérieure des volets du triptyque préce'dent.
Transportée sur toile. H. 53, L. 84.
'ette esquisse présente des différences notables avec le tableau. A la main droite de la Vierge, il y a ici une sainte ; à sa main gauche, trois. L'attitude des Stes. Barbe, Catherine et Rosalie a été peu modifiée, celle de Ste. Agnès est toute différente. La pose de la Vierge et celle
(i) Edouard R. V. Engerth. Catalogue du Musée impérial de Vienne. I, LVII, II, 272 ; III, 328. — PlOT : Tableaux enlevés à la Belgique en 1785. P. 18.
de St. Ildephonse sont les mêmes que dans le tableau. Mais le St. Albert et la Ste. Claire des volets sont tout autres que ceux du tableau. Les changements introduits dans la figure de l'archiduc sont minimes, mais ceux qu'a subis l'archiduchesse sont importants. Elle ne tient pas de rosaire et la main gauche retombe. Dans l'esquisse, le panneau principal présente en outre des personnages secondaires, autres que ceux du tableau. Les anges dans le haut portant des couronnes et des fleurs n'y existent point encore ; par contre, on y voit, à côté de St. Ildefonse, deux personnages ecclésiastiques portant des torches allumées qui s'enfuient en voyant le miracle. Le fond a également subi des changements notables. Dans l'esquisse, il est occupé par une rotonde, ayant à l'étage inférieur des niches vides, à l'étage supérieur, des niches moins profondes, occupées par des statues. La Vierge est assise dans une des niches inférieures. Dans l'esquisse, les trois parties de la composition sont réunies sur un même panneau. Une colonne à droite et une à gauche séparent les archiducs de la scène principale. Cette dernière à beaucoup gagné à la transformation que Rubens lui a fait subir dans l'œuvre définitive. Le haut de l'esquisse est bien pauvrement rempli par la façade du bâtiment ; dans le tableau, les anges forment un motif charmant et bien en rapport avec la scène représentée. La composition gagne en harmonieuse pondération par le transfert d'une des saintes de droite à gauche. La pose du St. Albert enfin est plus heureuse dans le tableau que dans l'esquisse. Dans cette dernière, le saint, portant le chapeau et le manteau rouges, est placé derrière l'Archiduc et les deux figures sont isolées ; dans l'œuvre définitive, elles sont rapprochées et la protection exercée par le patron est plus clairement indiquée. Dans l'esquisse, le manteau de St. Ildefonse est de couleur violacée; le manteau d'Albert est jaune clair ; celui d'Isabelle, couleur d'or. La Vierge porte une robe rouge et une draperie bleue ; Ste. Rosalie, à sa droite, une robe nuance d'or ; les rideaux du fond sont d'un vert sombre.
On aura remarqué que, dans l'esquisse, Rubens fait figurer les diacres ou sous-diacres de la légende qui s'enfuient en voyant le miracle, personnages qui ont disparu dans l'exécution définitive.
Le groupe qui, dans l'œuvre définitive, occupe le volet de droite a 3o centimètres de largeur dans l'esquisse ; celui de gauche, 26 ; la composition du panneau central, 28 ; les proportions sont changées dans le tableau.
L'esquisse est un superbe travail colorié, traité avec une grande franchise d'allures. Le coloris est riche en reflets, le jeu de la lumière est fort varié. Elle est de la main du maître et doit dater de i63o.
Elle fut vendue à Paris en 1764 avec d'autres tableaux et objets d'art, provenant de la galerie de l'électeur de Cologne qui avait été vendue à Bonn ; elle fut adjugée à l'huissier priseur Boileau pour 392 francs. C'est probablement dans la vente de ce dernier (Paris, 1782) qu'elle fut acquise pour l'impératrice de Russie.
Waagen signale une seconde esquisse du triptyque dans la collection Martin à Hamcourt. Il la dit fort lestement traitée.
Il existe encore une copie de l'esquisse dans la galerie de l'académie de Vienne, n° Sgo (Panneau. H. 40, L. 67).
Le Musée de Madrid (no 1627) possède une troisième copie de cette esquisse, un peu plus terminée que le travail authentique (Cuivre. H. 33, L. 49).
P holographie : A. Braun.