‹ L'œuvre de P.P. RubensChapitre 68 sur 213 · AVEC ST. FRANÇOIS · texte numérisé non relu

AVEC ST. FRANÇOIS

Bruxelles. Musée, 408.

Toile. H. 410, L. 820. Tableau cintré.

ONTRE la paroi d'un rocher formant voûte, le Christ est assis sur un énorme cube de pierre. Marie appuie le genou sur ce bloc ; elle lève au ciel des regards pleins de douleur. Contre sa poitrine repose la tête de son fils mort. Le Christ est assis sur son linceul, dont un bout couvre le milieu de son corps. La Madeleine, agenouillée au premier plan,

tient de chaque main un des clous et les regarde attentivement. Ses cheveux retombent devant sa figure ; son attitude exprime une douleur profonde. Devant elle, l'inscription de la croix, la couronne d'épines et deux des clous sont déposés par terre. A gauche se tiennent debout deux grands anges, dont l'un montre le fer ensanglanté de la lance et dont l'autre écarte le linceul et montre la plaie béante au sein gauche du Christ. St. Jean, la main droite sur la poitrine, se tient derrière la Vierge. Derrière lui, deux vieilles femmes pleurent et devant celles-ci, à l'extrême droite. St. François marqué des stigmates, est debout, les mains jointes sur la poitrine, la tête inclinée avec une expression de pitié. Le fond est occupé à droite par un rocher grisâtre ; à gauche, par le ciel bleu cjue l'on voit à travers l'ouverture de la grotte.

Le tableau a gravement souffert ; les visages sont d'une couleur mate et brouillée, qui dénote le travail d'un retoucheur inhabile. Le corps du Christ est d'une pose admirable ; les chairs d'une blancheur éclatante, mais ramollies et flasques, se plissent et se marbrent d'ombres livides. Le Christ mort est une figure excellente, le St. François intéresse par son expression compatissante et recueillie ; les autres figures ont peu d'importance. Le coloris n'est pas — ou mieux n'est plus — digne de Rubens.

D'après ce qu'on peut encore en juger, le tableau doit être l'œuvre d'un élève retouchée par le maitre. Le corps du Christ cependant parait bien être entièrement de la main de Rubens.

Le peintre exécuta ce tableau à la demande du prince Charles d'Arenberg, qui en fit don à l'église des Capucins de Bruxelles, élevée en grande partie au moyen de ses libéralités. Les religieux voulurent que St. François, le patron et protecteur de leur communauté, figurât dans le tableau destiné à orner l'autel principal de leur église (i).

En 1617 et en 1619, leur couvent fut agrandi, et aux deux autels de l'église on en substitua trois, que l'archevêque Van Hove consacra le 7 avril 1620 (2). C'est fort probablement de cette dernière année que date le tableau de Rubens.

Suivant Michel, ce fut en i5i6 que les ducs d'Arenberg firent don de ce retable ; suivant le même, il fut retouché déplorablement mal deux fois, en dix années, vers 1770 (3).

(1) E. FÉTIS : Catalogue du musée de Bruxelles, 1882. P. 430.

(2) HENNE et WaUTERS : Histoire de Bruxelles III. 435. — A. SanDERUS ; Chorographia sacra Brabantiœ, i^ji-] . III, 33.

(3) Michel : Op. cit. P. 65.

Smyers dit que le tableau a été agrandi en hauteur et en largeur (i).

Il fut enlevé en 1794, par les commissaires de la République française et ramené à Bruxelles en i8i5. Il souffrit énormément pendant ce dernier trajet. Arrivé à Bruxelles, on le laissa pendant plus d'un mois dans la caisse qui avait servi au transport ; quand il en sortit, il était, au rapport de la commission chargée de constater l'état des tableaux revenus de Paris, " totalement changé par l'humidité, le bas de la toile détrempée par l'eau qui avait coulé dans la caisse semblait pourrie et une graisse générale couvrait la peinture » (2).

Gravures : V. S. 368, P. Pontius (avec l'inscription : Petrus Paulus Rubens in summa P. P. Capucinorum ara pinxit Bruxellis), 1628 ; 370, Anonyme, (Pierre Mariette, Paris, exe.) ; 371, Anonyme (Michiel BuneJ exe.) ; 372, F. Ragot ; 3y2, Anonyme (F. Landry exe.) ; 374, Langer ; 375, S. a Bolswert. Non décrite : Bierweiler (une figure de vieillard est mise à la place des deux anges).

Les planches gravées par Pontius et par S. a Bolswert diffèrent du tableau et entre elles dans les détails suivants. Dans toutes deux l'ange placé à la droite de l'estampe n'y est vu qu'en partie, tandis que dans le tableau sa silhouette et ses ailes se détachent sur le ciel. Pontius place sur l'épaule droite de la Vierge la main droite de St. Jean, ce qui n'existe pas dans le tableau où St. Jean tient la main droite sur la poitrine. S. a Bolswert reste ici conforme à la peinture. Il ne montre qu'un des pieds de St. François ; le tableau et la gravure de Pontius les montrent tous les deux. Dans la gravure de Bolswert, on aperçoit des arbres à travers l'ouverture de la grotte ; dans celle de Pontius on n'en voit pas. Par d'autres détails encore les deux planches diffèrent. Enfin le tableau est cintré, les deux gravures sont rectangulaires.

Le cabinet des estampes de la bibliothèque nationale de Paris possède une épreuve de la gravure de S. a Bolswert retouchée par Rubens.

Le musée du Louvre possède une étude (Dessins exposés, 55o) pour ce tableau, faite de la main du maitre. A cette étude manque le St. François qui se trouve dans le tableau. St. Jean place la main sur l'épaule de la Vierge. Ce dessin semble prouver que, dans le premier projet de Rubens, le St. François ne figurait pas.

Suivant un document manuscrit, recueilli par Mois (M. S. 5725), il y

(i) MOLS: Ms. 5733. P. i5o.

'2) E. FÉTIS : Catalogue du musée de Bruxelles. P. Sg.

avait à Bruxelles, chez un particulier, l'esquisse de ce tableau, de 5 pieds de haut, avec une figure de plus que sur le tableau.

Il s'agit du tableau gravé par F. de Roy (V. S. 382) d'après un modèle attribué à Rubens, haut de 5 pieds, large de 3 pieds 4 pouces, et appartenant à M. Fricx, imprimeur de S. M. I. et R. à Bruxelles. On y voit le Christ mort couché sur les genoux de la Vierge ; la Madeleine est agenouillée sur le devant, deux femmes sont à côté de Marie ; St. Jean porte la main au menton, dans une attitude pensive ; Joseph d'Arimathie et son compagnon regardent le triste spectacle. Par terre, un plat de sang, les clous, le marteau, les tenailles ; au second plan, le tronc de la croix contre lequel est appuyée une échelle. Les différences avec le tableau du musée de Bruxelles sont donc considérables.

Voir planche 112.

3i8. LE CHRIST MORT SUR LES GENOUX DE LA VIERGE.

Toile. H. 219, L. igS.

|ans le catalogue des tableaux exposés en vente à Bruxelles, le 12 mai 1777, et provenant des collèges des Jésuites de Bruxelles, de Louvain, de Namur, de Nivelles, de Malines, d'x\lost et de Mons, il s'en trouvait un, mentionné sous le n° 3, décrit en ces termes :

V Le Seigneur, après la descente de la croix, appuyé sur les genoux de la sainte Vierge, la Magdeleine à ses pieds ; deux anges sur la droite montrent la lance ; à gauche, Joseph d'Arimathie pénétré de douleur ; au-dessus de lui. St. Jean consolant la mère du Sauveur et deux femmes affligées derrière lui. " Ce tableau est d'un coloris admirable, d'une grande fraîcheur et peint avec beaucoup de force. Toile. H. 7 pieds, L. 6 pieds 2 1/2 pouces. «

C'est le même sujet que le tableau précédent, seulement Joseph d'Arimathie a remplacé St. François.

Sig. LE CHRrST MORT SUR LES GENOUX DE LA VIERGE, QUI LUI TIRE UNE ÉPINE DE LA TÊTE.

Vienne. Musée impérial, iiSy.

Panneau. H. io5, L. 114.

OMPOSiTiON de trois figures, vues jusqu'aux genoux. Le Christ mort est déposé sur un linceul blanc, de façon que le buste est relevé et le corps plutôt assis que couché. D'un côté, St. Jean vêtu de rouge lui tient le poignet ; de l'autre, la Vierge, enveloppée dans une draperie bleue, soulève le bras et tire du front de son fils une épine qui y est restée. La figure du Christ a conservé les traces de la souffrance ; sur les traits de Marie se peint la commisération.

Le tableau est entièrement de la main de Rubens ; la peinture est mince et soignée, les couleurs et les lumières fortes et unies, le fond sombre. Cette excellente pièce date de i5ii environ.

Elle provient de la galerie de l'empereur Charles VI. Le musée de Nancy (237) en possède une copie ancienne.

Gravures: V. S. Sôg et 3g2, J. A. Prenner ; 3g3, J. Eisner. Non décrite: W. Unger.

Photographie : Miethke et Wawra.

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