LA VILLA DES ROSES
I Galland, lorsqu’il débridait son imagination, était capable de donner en un instant la vie aux compositions les plus mouvemeiitéés, par contre, quand il avait à compter avec les difficultés de son art de Décorateur, il ne laissait rien au hasard, et ses adorables conceptions d’apparence si facile, bien loin de jaillir de source, comme on pourrait le croire, étaient le produit de recherches incessantes, de longues méditations et de laborieux efforts. — On peut meme regarder l’harmonie captivante qui enveloppe ces ouvrages comme le résultat strictement voulu et longtemps cherché de calculs trop souvent déjoués et ne réalisant que rarement l’effet rêvé par le peintre. « Me corriger d’un grand défaut dont souvent je souffre. Celui
l/ŒUVHE DE P.-V. r.AEEVN’D.
de décider sans avoir assez réfléchi », est une note que l’on relève à tout instant dans ses papiers, sur ses carnets et ses livres.
Essayer de refaire l’histoire de sa vie, ce serait précisément retracer le perpétuel combat qui se livra entre la fertilité de son imagination, admirablement servie par la débordante aisance de son crayon ou de son pinceau, et son extrême conscience, dominée par le besoin de se conformer aux exigences si particulières de l’art qu’il exerçait, et aussi par un espoir de « faire mieux » qui trop souvent, hélas! lui devint funeste. Nous avons constaté, au précédent chapitre, et de son aveu même, que jamais, à aucune époque de sa vie et malgré la difficulté des temps, la question d’argent ne parvint, chez lui, à primer les autres. Souvent des travaux
ÉTUDES d’enfants POUR « LE JEU ».
(Hôtel de Scherer, à Lille.)
peu considérables et maigrement rétribués lui fournirent l’occasion d’études fort longues, très délicates et qu’on pourrait croire, si on ne l’avait connu, compliquées à plaisir. Un exemple choisi entre cent en fournira la preuve.
Nous avons dit plus haut que Galland fut chargé par M. de Scherer, de Lille, de décorer son hôtel. Cette décoration, entre autres motifs, comprenait deux dessus de porte, ayant pour sujet le Jeu et la Lecture. L’un et l’autre étaient payés 500 francs. Après avoir tracé de nombreux croquis sur papier, Galland, croyant tenir sa double composition, se met avec ardeur au travail, la reporte sur toile et en quelques jours ébauche le tout. Puis, subitement, il est pris de scrupules. Il efface le Jeu, modèle des maquettes en terre, et d’après ces maquettes exécute une étude en grisaille qui lui demande un long temps. Ce retard impatiente j\I. de Scherer. Une lettre de Lille arrive si impérieuse, si pressante, que brusquement il part emportant ses études et ses toiles ébauchées. En huit jours tout était terminé et mis en place, et ce travail, en dehors du Jeu et de la Lecture, comptait dix autres dessus de porte ou de glace de mêmes dimensions. Lui-même s’émerveille de la rapidité de son exécution. Il en cherche la cause et voici ce qu’il écrit:
i;(M<:rvnK dk p.-v. (ixllano.