L’ASTU CE
^^inneaii c/econxti^ jiwu/^ 3?r. Cuf.
L'(f:UVHK DK GAKKANI).
« Les raisons qui me font aller très vile quand je travaille sur place, sont les suivantes : pas d’études préparatoires, pas de distractions de famille, pas de temps employé autrement qu’au travail... et enfin l’envie de rentrer chez moi. »
Il aurait pu résumer sa pensée en moins de mots :
« Pas d’incidences, nécessité d’aboutir, impossibilité de s’égarer dans la décevante recherche du mieux. »
Si j’ai raconté en détail comment Galland se tira d’affaire avec la commande de Scherer, commande, somme toute, secondaire, c’est que cette anecdote assez simple est, en ce qui le regarde, absolument caractéristique et résume toute une phase de sa vie. Sa facilité de conception et d’exécution lui était particulièrement suspecte. IMus le travail lui semblait entraînant, et plus il se méfiait de lui-mcme; non pas par défaut d’audace ou incertitude de ce qu’il voulait; il avait au contraire dès le premier instant une vision très nette et presque définitive du résultat ({u’il devait s’efforcer d’obtenir; mais la traduction de celle vision était à chaque instant entravée par l’idée qu’il se faisait des difficultés sans nombre inhérentes à la Peinture Décorative.
« Il faudrait, écrivait-il, qu’un travail de Décoration fût rétribué de façon qu’on put beaucoup y réfiéchir et se déplacer aussi souvent qu’il est nécessaire. On ne doit jamais oublier que l’exécution en dehors de la place que l’œuvre est appelée à occuper est un non-sens, et que le seul remède à apporter à celte façon d’opérer est dans les visites réitérées qu’on fait à l’emplacement destine à recevoir la décoration... La Raison doit prendre, dans l’exécution de ces grands ouvrages, le pas sur le Tempérament. Un homme qui a une pierre à intercaler dans un mur qu’il élève, de concert avec d’autres hommes, ne doit-il pas se rendre un compte exact de la place qui lui est réservée et voir comment on bâtira sur sa pierre? Le peintre de tableaux fait son mur tout seul. Il ne compte qu’avec soi. Cela est certainement beaucoup plus agréable. Pour la Décoration, c’est le contraire. »
Tout cela est fort sagement pensé. 3Iais la sagesse et la peinture sont deux choses, sinon exclusives l’une et l’autre, du moins suffisamment distinctes, pour ne pouvoir se remplacer au besoin. C’est par le tempérament bien plus que par la raison qu’on est artiste, j’ajouterai surtout grand artiste; et s’il convient de gouverner ce tempérament, de le tenir en bride, encore faut-il ne pas le réduire à une domesticité aboutissant forcément à l’émasculation. Combien de fois le besoin de corriger ce qu’il croyait être un défaut d’harmonie n’entraîna-t-il pas notre joeintre à défaire et à refaire ensuite ce qu’il avait jugé d’abord satisfaisant!
En 1858, chargé d’exécuter la décoration du salon de M. Lebœuf, il croit s’apercevoir que les marbres formant le champ des dessus de porte ont été ébauchés dans des tons trop chauds, trop vigoureux. Il a l’idée de les atténuer en les frottant avec des demi-pâtes grises : « Ce qui me fait, écrit-il, un joli travail. » Le lendemain, il veut reprendre ses sujets. — Amère déception, il trouve les fonds lourds et embus. Pour parer à. ce mécompte, il s’avise d’un subterfuge qu’il note tout de suite sur son carnet pour s’eu resservir au besoin :
L’OIUVHE DE P.-V. GALI.AM).
« En finissant les contours violacés de mes fleurs et de mes fruits, j’ai frotté un glacis de momie, qui m’a donné un ton charmant à travers lequel on voyait le ton de froltaille, ce qui produit un effet transparent et profond. »
Du coup il est ravi; mais sa satisfaction devait être de courte durée. Le soir, après avoir longtemps dessiné à la lampe, il redescend à son atelier, examine longuement ses dessus de porte; puis cet examen terminé, il remonte tout découragé, et
au-dessous de la note enthousiaste qu’on vient de lire, il trace l’observation suivante :
« En quittant mon travail ce soir, je m’aperçois que tous ces procédés ne valent pas la simplicité avec laquelle j’ai ébauché sur papier ces memes dessus de porte. Les procédés nous préoccupent , nous absorbent, nous font oublier la simplicité et la poésie des choses ! »
Ils rentrent, en etfet, dans la catégorie de ce qu’on peut appeler « les petits moyens », et plus tard il proclamera qu’il faut se méfier des « petits moyens » comme de la peste. Pour le moment, le résultat de ces belles et ingénieuses recherches est des plus simples. Tout est àrecommencer, et il recommence.
L’exécution du second
plafond, qui lui fut commandé par M. Garfunkel, lui causa des déceptions analogues; mais ces déceptions provenaient d’une autre cause.
« J’al un grand défaut contre le({uel il faut me tenir en garde, écrit-il au sujet de ce travail, celui de ne pas revoir assez mes études. J’y retombe encore une fois à propos de ce plafond. J’en avais commencé l’exécution suivant la coloration d’études faites d’après les tapisseries des Gobelins. Les chairs étaient très claires, très simples, colorées avec un seul ton chaud. L’étude de la figure tenant une trompette en était le type. C’était frais, simple, riche. Ne voyant plus ces études, n’y songeant même plus et n’ayant devant les yeux que mes esquisses avec leur fond bleu dur, je me suis détourné de mon point de départ... et ce n’est qu’après
ETUDES » ENFANTS Pour le plafond de M. Lebœuf.
F/Œl’VRE DE P.-V. (lALLAiND.
m’êlrc donné bien de la peine, apres être tombé dans des tons bleus, durs et froids, après avoir exécuté des nuages plombés, que je m’aperçois du grand tort que j’ai eu de perdre de vue mon point de départ. »
Plus heureux cette fois, il parvient à corriger ces défauts au moyen de glacis.
MODKLE nE NICHE EN TUEILLAGE SIMULÉ.
Pour l’hôtel de M. Cail.
et en recourant à des dessous bleus et verts dont il avait déjà tiré, lors de 1 exécution du plafond de M. de Rothschild de Londres, un excellent parti. Il constate que cette manière de procéder « donne de l’imprévu, de la fraîcheur et de la force « ;
L’OKUVI'.K DK l‘.-V. (iALKAM).
mais cela rentre encore dans la catégorie des « petits moyens ». Que faut-il donc pour faire une chose complète? 11 va nous le dire : « Connaître la nature par cœur et aller de passion. »
Dix fois il revient sur ce sujet et cherche à bien établir par le raisonnement, à se prouver par de nouveaux exemples, à se persuader, en un mot, que, dans la branche toute spéciale de la peinture où il s’est volontairement cantonné, c’est bien lîi qu’est pour lui le salut et la réussite.
« J’ai un défaut, écrit-il le 4 juillet 18()7, un énorme défaut. Il consiste dans les continuels changements que j’apporte à ma première idée. J’ai grand tort de ne pas terminer mes croquis sur le papier môme où j’ai cherché ma composition. Reporter un dessin sur un papier nouveau au moyen d’un calque, c’est vouloir prolonger inutilement le travail, sans compter que le dessin ainsi reporté perd une grande partie de son charme. De même pour la peinture, il faut laisser à la verve sa part d’action et ne pas s’appliquer à trop arrêter les choses en dehors de la toile môme. Certes, il ne faut pas y jeter les masses légèrement et sans études préalables; mais, à trop vouloir se préparer, on perd son entrain ; et les résultats qu’aurait pu donner la confiance en soi ne sauraient s’obtenir par des incertitudes prolongées. Mes voussures du grand salon Cail sont parfaitement venues et vite, parce que je n’ai pas tâtonné. J’ai tout de suite cherché mes mouvements. J’ai dessiné mes quatre motifs en grandeur d’exécution, j’ai calqué, piqué et porté sur toile, j’ai passé le trait à l’eau, j’ai lavé à l’aquarelle les masses des draperies, et du premier coup j’ai peint mes chairs. Huit jours après, c’était bon à mettre en place. »
Ce sont, présentés sous une forme non moins saisissante, presque les mêmes arguments que ceux notés â la suite de sa conversation avec Dieterle consignée dans un précédent chapitre. Elles reparaissent encore, et dans d’autres termes, k propos d’un plafond exécuté pour M. llerter (2 mars 18G9).
« Je termine en ce moment, écrit-il, le plafond llerter, et je vois combien j’ai eu tort de ne pas faire k l’avance une esquisse peinte. J’aurai, k cause de cette négligence, fait trois fois le travail sur ma grande toile. 11 en a été de môme pour mes plafonds Cail et Rothschild. A l’avenir, je ne devrai plus m’écarter de la façon de procéder que je vais indiquer ici : tout d’abord j’exécuterai une première esquisse de petite dimension qui ne doit contenir que des taches. Une fois les taches trouvées, je chercherai, dans une grisaille d’un ton quelconque, les mouvements et un peu les formes. C’est en m’inspirant de ces mouvements que je travaillerai d’après nature en exécutant particulièrement des dessins, et c’est après avoir réuni tout ce qu’il me sera possible de dessins que j’attaquerai le travail sur la toile... »
11 ne faudrait pas croire toutefois que, même en suivant ce programme si fermement arrêté, il arrive k se satisfaire. Jamais artiste ne fut plus clairvoyant k l’endroit de ses défauts et plus sévère pour ses propres erreurs. Dans une de ses notes, il constate, avec une modestie et une bonne foi devenues bien rares, que les « motifs d’enfants », exécutés pour la plupart de ses dessus de porte, manquent de
L'ŒUVUE DK P.-V, (i\LK\N'D.
« plantation perspective ». Nous venons de le voir, h propos du plafond Garfunkel, se féliciter de l’emploi de certains tours de main, dont il avait fait précédemment usage dans l’exécution du plafond de Rothschild, de Londres. Au bout de quelques mois il retourne en Angleterre, pour revoir cette peinture qui fait l’admiration de