VÉNUS BERCÉE 1*A R LES ONDES
Esquisse peinte d'un panneau décoratif.
Somme toute, c’était consacrer d’une façon indirecte les théories et les efforts de Galland. C’était reconnaître l’opportunité de cette éducation complète dont il avait si vivement défendu la nécessité et les avantages. Il eût donc semblé à. la fois juste et naturel que le maître fût chargé d’appliquer les idées dont il s’était fait Tardent promoteur. Il n’en fut rien.
Par un sentiment de méfiance, qu’on ne se serait certainement pas attendu à rencontrer chez des artistes éminents, arrivés aux situations les plus hautes, Galland fut tenu à l’écart. On préféra à son utile et actif concours celui de trois autres professeurs. Pourquoi cet ostracisme ? Pourquoi ce manque de confiance? Quelle raison donner de cet acharnement? — Une seule, c’est que les choses se passent ainsi dans la plupart des compagnies privilégiées.
« Les Académies, a écrit, avec infiniment d’esprit, Bagehot, sont le refuge des
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idées et des goûts de la génération précédente... En même temps qu’un homme de science arrive h la supériorité dans une branche quelconque, il devient un obstacle, parce qu’il garde certainement quelques-unes des erreurs, qui étaient en vogue au temps de sa jeunesse, mais que la nouvelle génération a réfutées. »
Sous ce rapport et sous beaucoup d’autres, l’Ecole des lieaux-Arts était et est encore une sorte d’Académie. Tous ces professeurs, qui se montraient hostiles aux idées de Galland, étaient arrivés h une réputation indiscutée et au comble des honneurs officiels, sans avoir, en leur jeunesse, passé par une éducation générale comme celle qu’on voulait appliquer. Ils avaient donc d’excellentes raisons pour croire qu’un pareil enseignement n’était pas indispensable. Enfin, chacun d’eux avait une tendance naturelle à se persuader que les matières professées par lui-même étaient non seulement les plus importantes, mais les seules essentielles, et que tout autre cours, prenant aux élèves un temps précieux, devenait une inutile superfétation. De là, cette froideur marquée, ce mauvais vouloir, avec lesquels l’institution des cours d’esthétique, d’histoire de l’art, d’anatomie artistique, etc., a été de tout temps accueillie par nombre de professeurs, peintres, architectes et sculpteurs.
« On apprend trop de choses à nos élèves », tel est le cri qu’on entend encore chaque jour à l’Ecole. On peut juger par là si l’innovation, dont AI. Eugène Guillaume attendait de si heureux effets, devait être approuvée, et si le cours de P.-V. Galland pouvait provoquer l’enthousiasme de scs collègues.
Plus tard, quand la volonté ministérielle eut imposé Y Emeignemenl simullané des trois arts, il leur sembla que cette innovation serait moins dangereuse, si elle était appliquée par des artistes de la Alaison. Or Galland, en dépit de sa nomination comme professeur, n’appartenait pas à la Alaison. 11 n’avait point marqué ses débuts dans la carrière par de grands succès d’école. Il n’était pas monté en loge, il ne faisait pas partie de cette brillante franc-maçonnerie des prix de Home, qui, envoyés par l’Institut dans la Ville Eternelle, ont grande chance de revenir s’asseoir sous la coupole fameuse, quand ils auront à leur tour conquis la gloire ou la notoriété. Il n’avait même pas à son actif de ces triomphes bruyants, qui fixent l’attention du public et créent cette célébrité avec laquelle on est toujours tenu décompter. A tous ces égards il était suspect. On ne se fil pas faute de le lui montrer.
Cette campagne de méfiance est d’autant plus curieuse, que l’institution du nouveau cours, si ardemment repoussée par les professeurs, avait. été non seulement adoptée sans résistance par le Conseil supérieur de l’Ecole, mais acceptée comme une mesure utile, opportune et désirable à tous les points de vue. Al. Dumas n’avait pas hésité à appuyer l’adoption du projet, sa mise à exécution ne pouvant, disait-il, avoir d’autres conséquences que le progrès du goût et de l’art industriel. 11 avait rappelé, à ce propos, que, dans les examens de l’IIôtel de Ville pour les places de professeurs de dessin, l’inexpérience des candidats en matière d’Art Décoratif alarmait à juste titre les examinateurs. Tant qu’il s’agissait de dessiner la figure, les épreuves étaient satisfaisantes; mais il n’en était plus de même dès qu’on pas-
L’ORIVRE DE P.-V. GALLAM'.
sait à un projet de Décoration ou d’Ornement. « Or, comment voulez-vous, ajoutait l’illustre savant, que ces candidats, devenus professeurs en titre, se trouvent capables de former de bons élèves, puisqu’ils sont eux-mêmes hors d’état de prêcher d’exemple? Cette incapacité cessera sans doute lorsque l’occasion se sera produite pour les artistes d’étudier l’Art Décoratif dès leur jeunesse. Ceux qui auront été de bons élèves à l’Ecole des Beaux-Arts deviendront à leur tour de bons professeurs. » Un peintre dont l’autorité n’était guère moins considérable, M. Robert Fleury, abondait dans le même sens. Son opinion, disait-il, était conforme à, celle de