‹ L'œuvre de P.-V. GallandChapitre 49 sur 54 · LE PALAIS NARISCHKINE. — UNE DOUBLE DÉCORATION · texte numérisé non relu

LE PALAIS NARISCHKINE. — UNE DOUBLE DÉCORATION

« l’aRP.IYÉE », « LE CONCERT ». — UNE RÉMINISCENCE DE LA « BELLE ESQUISSE ». SAGESSE ET ROMANTISME. — LE PALAIS VAN DER BILT.

GALLAND PEINTRE d’iIISTOIRE.

ANS cette étude sur le Maître Décorateur le plus complet et le plus varié de notre temps, je n’ai eu garde de suivre l’ordre chronologique. Cet ordre, en elTet, n’oITre d’intérêt sérieux que, lorsque, infidèle h lui-même, l’artiste, dans sa longue carrière, arrive à transformer son talent et, nouveau Sicambre, à condamner, sur ses vieux jours ou au cours de sa laborieuse maturité, ce qu’il avait adoré au temps lointain *de sa jeunesse. La chronologie est indispensable quand il y a évolutions successives, et surtout quand chacune des œuvres entreprises, n’exigeant qu’une courte durée comme exécution, n’embrasse pas toute une période de l’existence.

A\ ec Galland, rien de semblable. Les énormes travaux qu’il exécuta pour rilütel de Ville et les Gobelins absorbèrent chacun un nombre considérable d’années. En outre, celte recherche du mieux, qui parfois menaça de lui être fatale, fit durer presque aussi longtemps des œuvres infiniment moindres comme importance et comme développement de surface. 11 travailla pendant près de dix ans à. la Prédication de saint Denis, et nous avons vu qu’un simple tableau de genre, le Marchand de poisson à Londres, resta sur son chevalet un temps au moins égal.

Pendant ces longues périodes d’incubation et de production, le peintre ne restait

i;(m:lvhe de p.-v. (jaeeam).

pas un instant oisif, et sa pensée n’était pas assez concentrée sur un unique sujet, pour qu’il n’entreprît pas d’autres ouvrages. Ces divers travaux étaient ainsi menés de front. De là un enchevêtrement et des pénétrations réciproques, qui rendraient toute classification chronologique vaine, si même elle n’était à peu près impossible; et, comme conséquence, le devoir, la nécessité d’opérer une sélection dans les productions du maître et d’envisager séparément celles qui peuvent à juste titre êlre considérées comme capitales. C’est au surplus de cette façon ([ue nous avons procédé.

l’arrivée.

Décoration du palais Narischkine.

Nous avons étudié d’abord ses œuvres monumentales, celles qui, commandées par la A’ille de Paris ou par l’État, et par conséquent accessibles en tout temps au public, sont appelées à faire connaître Galland de la foule. C’est ainsi que nous venons d’analyser et de décrire son admirable Galerie des métiers à l’ilotel de Ville et sa Prédication de saint Denis au Panthéon. Nous aurions pu nous étendre également sur ses décorations de la Sorbonne ; mais, outre qu’elles sont d’une moindre importance et ne remplissent dans l’ensemble décoratif du grand amphithéâtre qu’un rôle relativement accessoire; entreprises sans enthousiasme, exécutées sans passion, hâtivement achevées, on ne saurait prétendre qu’elles présentent le talent de Galland sous un jour bien nouveau, ni qu’elles ajoutent beaucoup à la gloire du Maître.

Après les œuvres monumentales, nous avons consacré tout un chapitre à ces modèles d’un goût si parfait et d’une invention si remarquable, que notre grand artiste exécuta pour les Gobelins. Il nous reste, pour terminer, à parler de quelques vastes travaux que Galland entreprit pour des particuliers, et qui peuvent

L'OlvUVMR DK P.-V. (IVLLAND.

compter parmi les œuvres les plus importantes de sa longue et laborieuse carrière.

Au premier rang de ces commandes privées, figurent la décoration du palais du prince Narischkine à Saint-Pétersbourg et celle du palais Van der Bilt à New- York. Elles feront l’objet du présent chapitre.

Ces ouvrages considérables, aussi bien, du reste, que ceux destinés à la Ville et à l’État, furent exécutés dans l’atelier que Galland s’était fait installer au n° 25 de la rue Fontaine. A des dimensions tout à fait inusitées, cet atelier Joignait une

Page 1