‹ L'œuvre de Pierre-Corneille BlesseboisChapitre 9 sur 26 · I.ors ma chère Babet, dont la fidélité · texte numérisé non relu

I.ors ma chère Babet, dont la fidélité

Voyait avec douleur son esprit ag^ité,

Et craignant qu'à la fin cette bergère humaine

Ne m'allât découvrir le secret de sa diaîne :

« Lisimène, debout, lui dit-elle, fuyons!

(le n'est que trop dormir dans le sein des lions. »

A ces mots s'éveîllanl et me trouvant près d'elle

Elle fit un tel cri, l'innocente pucelle,

Que m'éveillanl de même, et voyant mon erreur.

J'eusse enfin sur moi-môme éprouvé ma fureur.

Si, tombé comme mort, ma vigueur affaiblie

Ne m'avait empêché de punir ma folie.

Que je serais heureux si dans ce désespoir

Ma force sur ma vie eût eu quelque pouvoir!

Gisant dans un tombeau, couvert d'un peu de terre,

Si j'étais sans plaisir, je dormirais sans guerre,

Kt mon cœur affranchi de lyranniques lois,

Mes yeux ne verraient plus mille morts à la fois,

Saturniens enfants, race sans indulgence,

Vous me causez ces maux par un trait de vengeance;

Le soleil mille fois s'est fait voir au levant

Depuis que d'Amintas je suis le survivant,

Depuis que cet ami se rendant à la Parque

De son cœur généreux me donna celte marque;

L'cKUVRE de I>.-f;01\NEILLE BLESSEUOIS

Mais vous n'avez point vu qu'imitant les mortels, J'aie une seule fois visité vos autels : A ma clière Babet mon cœur toujours fidèle Ne saurait concevoir d'autre déité qu'elle. Augmentez, s'il se peut, votre indignation, Mais n'espérez jamais mon adoration.

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