I.ors ma chère Babet, dont la fidélité
Voyait avec douleur son esprit ag^ité,
Et craignant qu'à la fin cette bergère humaine
Ne m'allât découvrir le secret de sa diaîne :
« Lisimène, debout, lui dit-elle, fuyons!
(le n'est que trop dormir dans le sein des lions. »
A ces mots s'éveîllanl et me trouvant près d'elle
Elle fit un tel cri, l'innocente pucelle,
Que m'éveillanl de même, et voyant mon erreur.
J'eusse enfin sur moi-môme éprouvé ma fureur.
Si, tombé comme mort, ma vigueur affaiblie
Ne m'avait empêché de punir ma folie.
Que je serais heureux si dans ce désespoir
Ma force sur ma vie eût eu quelque pouvoir!
Gisant dans un tombeau, couvert d'un peu de terre,
Si j'étais sans plaisir, je dormirais sans guerre,
Kt mon cœur affranchi de lyranniques lois,
Mes yeux ne verraient plus mille morts à la fois,
Saturniens enfants, race sans indulgence,
Vous me causez ces maux par un trait de vengeance;
Le soleil mille fois s'est fait voir au levant
Depuis que d'Amintas je suis le survivant,
Depuis que cet ami se rendant à la Parque
De son cœur généreux me donna celte marque;
L'cKUVRE de I>.-f;01\NEILLE BLESSEUOIS
Mais vous n'avez point vu qu'imitant les mortels, J'aie une seule fois visité vos autels : A ma clière Babet mon cœur toujours fidèle Ne saurait concevoir d'autre déité qu'elle. Augmentez, s'il se peut, votre indignation, Mais n'espérez jamais mon adoration.