Tiers Livre, 2, M. L. 11, p
2. Concoction et digestion sont des mots qui vont de pair non seulement chez Rabelais (Cf. Quart Livre, chap. LX " pour lesquels cuire et digérer facilement ») mais encore dans les traités médicaux de l'époque. Il est difficile de distinguer les deux opérations. Cf. A. Paré, Iiiirodiiclion à In chirurgie, xvi et xiw K Faut prendre premièrement viandes faciles à cuire pour lâcher le ventre ; puis les viandes de r//j'/7V;7c digesiiou, pour fermer l'orifice de Testomach .afin que... par ces deux movens la viande soit mieux cuitte. »
3. Même procédé, Tiers Livre; chap. xxxvi. i< Toutes mes phrénes, métaphrénes et diaphragmes sont suspendus et tendus pour incornitistibuler... etc. » Phrénes, d'après VAnalomie de Vassée, p. 42, est synonyme de diaphragme. Ces mots sont donc emplovés dans leur sens général de muscles servant de cloisons.
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place ici pour un horrifique « écorclié ». Mais une telle peinture nous eut distraits de l'idée sur laquelle Rabelais concentre notre attention : la démence du belliqueux Picrochole précipitant ses ordres irréfléchis, et son aveuglement funeste opposé à la sagesse de Grandgousier.
De même au Oiiart Livre, dans l'épisode des Chicanous « daubés » par Basché, encore que les coups ne « cessent de trotter », les descriptions de blessures empruntent peu à la science de l'anatomie. Ce que Rabelais cherche surtout à mettre en relief, c'est l'aspect grotesque des Chicanous, assommés de coups ; il a recours alors soit à des procédés de « jargonneurs » alors à la mode ', soit à des métaphores pittoresques-.
C. — La « Geste des Géants », où les exploits guerriers tenaient traditionnellement une place importante, avait fourni à Rabelais l'occasion de montrer ses connaissances en anatomie dans la description des blessures. A côté de ces descriptions anatomiques, nous trouvons de nombreux passages dont la matière a été emprumtée à quelque science médicale. C'est ainsi que l'influence du médecin se révèle à chaque instant dans l'élaboration du programme d'éducation de Gargantua, d'après la discipline de Ponocratès. — Il comporte toute une « diète » ; l'hygiène règle les heures du lever, du travail, du dîner, du coucher, la nature des exercices, le menu des repas. Le médecin ne néglige rien de ce qui intéresse l'entretien du corps et le jeu normal de ses fonctions: nutrition, respiration, etc. C'est lui qui ménage la transition entre le régime vicieux des précepteurs sorbonagres et le régime nouveau ; c'est lui encore qui accommode la diète quotidienne aux circonstances atmosphériques ; « s'il advenait que l'air fut pluvieux et intempéré... il faisait allumer un beau et clair feu, pour corriger l'intempérie de l'air... — A souper, mangeait plus sobrement qu'es autres jours, et viandes plus desiccatives et exténuantes, afin que l'intempérie humide de l'air, communiquée
1. Mots foroés : esperrucantelou. — C'tst un proccdé condamné par Tory, dans la préface de son Chavipflenrw II cite un des mots que Rabelais a repris ici : emlnui'Ucoquc , qui entre en composition dans le mot de la 3= ligne de la page 325 de m. l. ii : morderagrippi...
2. Exemple : « emhaviéré de mâchoires ». La baviére était une pièce de l'armure qui couvrait la gorge. Ici, c'est toute la mandibule intérieure, décrochée, qui pend sur le cou du Chicanous et lui sert de baviére.
au corps par nécessaire coniîiiité, fust par ce moyen corrigée et ne leur fust incommode par ne sov estre exercités, comme avaient de coutume '. «
Nous avons vu que l'idée originale, le principe fondamental de cette éducation nouvelle, à savoir l'union de la culture physique à la culture intellectuelle, procédait des données mêmes de la Geste du héros : un souverain de la Renaissance devait recevoir l'éducation d'un clerc et celle d'un chevalier. — Or ceux-ci étaient institués en toutes sortes d'exercices utiles à la guerre. Mais il est curieux de voir le médecin surveiller l'application de cette éducation physique traditionnelle et intervenir pour dénoncer ses abus. Il est vraisemblable que parmi les gentilshommes apprenant l'art de chevalerie, comme parmi les étudiants, jouant de l'épée à deux mains à Toulouse, s'exerçant à la danse et à la paume à Orléans, aucune méthode d'hygiène médicale n'était suivie. Les jeux et exercices étaient cultivés pour eux-mêmes, et non considérés comme un moyen de conserver le corps en bonne santé. Or, nous savons à quels excès aboutit une telle pratique des sports ; l'émulation entraîne à un surmenage, aussi dangereux que cet hébétement qui était le fruit de la discipline scholastique.
Aussi Rabelais, dans son programme d'éducation, insiste-t-il sur la nécessité de régler ces exercices ; si variés et si nombreux qu'ils soient, il est entendu qu'ils ne dépassent point la limite normale des forces du Géant. Un faux point d'honneur ne l'engage pas dans des efforts d'une intensité et d'une durée démesurées. « Tout leur jeu n'était qu'en liberté ; car ils laissaient la partie quand leur plaisait; et cessaient ordinairement lorsque suaient parmi le corps ou estaient autrement las. » Rabelais se souvient ici d'Hippocrate. Epid., lib. M : « Un signe qu'on s'est suffisamment exercé au gymnase, c'est la sueur », et de Celse : « La fin de l'exercice doit être la sueur ou du moins une lassitude qui n'aille point jusqu'à laf;itigue-. » Traite de la Mùiccitie, lib. I, ch. III.
Il n'était pas nécessaire de lire Hippocrate et Celse pour connaître la plupart des articles de la diète de Gargantua. De tout