Cf. Di' iiioribi(S iii iiiciisa icivniuUs
LES SCIENCES MEDICALES I43
bonne et seure médecine : quoy qu'un tas de badaux médecins, hcrselésen l'officine des Arabes, conseillent le contraire. » Sur cette question, en effet, il y avait alors plusieurs opinions. Les Utopiens que Thomas Morus proposait à l'imitation de ses contemporains dînaient sommairement, de peur que le corps affaissé par les fonctions laborieuses de la digestion ne perdit les forces nécessaires au travail". Mais ils soupaient copieusement, l'inaction du corps et le sommeil étant deux excellents adjuvants de la digestion. — Tout autre est le précepte du Rcf;uiicn :
« Ut sis noctc Icvis, sil tihi ceitn brcfis. »
Il consacre une longue dissertation à l'examen de cette question difficile, « assavoir mon : Se l'homme doit prendre plus grande réfection à son diner que à son souper. » La conclusion est que : « plus universellement l'homme doit mieux prendre la réfection au diner que au souper... car la grande réplétion du vespre nuit fort es yeux et au cerveau. »
Voilà la doctrine transmise par l'école de Salerne, que Rabelais dénonce comme contraire à « l'art de bonne et sure médecine ». — Cette attaque contre les «badauds médecins » arabistes, nous rappelle sa position dans la querelle qui divisait les médecins de son temps. Dans sa dédicace à Tiraqueau des Lettres de Manardi, il se rangeait dans le camp des médecins humanistes, qui ne devaient cesser de lutter pour débarrasser la médecine des souillures, qu'elle avait contractées, pendant les âges gothiques, dans les écoles barbares -. — Ici, il saisit l'occasion de décocher un trait à l'adresse de ces Arabistes, les derniers représentants de la routine en médecine; et c'est peut-être, dans toute l'exposition de la diète de Gargantua, une des notes les plus personnelles de l'auteur.
Dans tous les autres préceptes d'hygiène, Rabelais suit le Regiinen, c'est-à-dire la tradition commune à la plupart des écoles de médecine. Son mérite, c'est d'avoir rappelé ces règles à des lecteurs trop enclins à les oublier ; et le zèle du médecin se reconnaît à ce besoin de répandre et de vulgariser, parmi ces « folastries joyeuses > », d'utiles conseils. Le sujet qu'il traitait ne l'y invitait pas nécessairement : les forces de Gargantua sont si