I. Voir Dr Brcmond, Rohchiis viàleciii. Le Tiers Livre
Ses arguments se pressent si nombreux et si drus que parfois nous avons peine à le suivre. Son imagination parcourt les étapes du raisonnement si vite, qu'il néglige de les marquer pour le lecteur. Ainsi, après avoir exposé le quatrième moyen, « fervente estude », il ajoute qu'il comprend dans cet article « ce que dit Hippocrate à propos des Scythes» : à savoir que les lumiains à qui l'on a coupé les artères parotides sont impropres à la génération '. Ce rapprochement des gens studieux avec ceux qui ont les artères parotides tranchées, est inattendu : Rabelais ne s'avise point de l'effet de surprise comique qu'il peut causer. Il poursuit son argumentation, en rappelant « la raison ci-devant exposée », par une simple allusion « à la résolution des esprits et du sang spirituel, duquel les artères sont réceptacles. » Nous sommes obligés de reprendre le raisonnement de Rondibilis et de le mettre en formes : de même que la résudation séminale « ne peut se pro-duire dans le cerveau des gens studieux, parce qu'ils font dans leurs études une incroyable résolution (consommation) « d'esprits » ; pareillement cette « résudation générative », chez les gens aux artères parotides coupées [dont Hippocrate parle à propos des Scythes], ne trouve plus « conduits et voyes » pour la pousser du cerveau aux « lieux destinés ».
En second lieu, il fout noter le soin curieux que Rabelais a mis à varier son expression dans ses descriptions de physiologie. Il y avait là un écueil : les effets des quatre premiers « moyens » sur l'organisme étant presque semblables, comment les décrire quatre fois sans répéter toujours les mêmes termes ? La richesse du vocabulaire de notre auteur y a pourvu. La première de.scription est toute de mots abstraits : « Par l'intempérance du vin, advient au corps humain refroidisscinenl du sang, rcsoliition des nerfs, dissipation de semence générati\e, hébétation des sens, perversion des mouvemens. Qui sont toutes impotences à l'acte de génération. » La même description est reprise au second point, mais dans un style différent, tout de termes concrets : « lesquelles drogues, tant par leurs vertus élémentaires que parleurs propriétés spécifiques, glacent et niorli fient h germe prolifique ; ou dissipent les esprits qui le devaient conduire aux lieux destinés par nature ; ou oppilent les voyes et conduicts par lesquels pouvait être expulsé. »