I. Tiers Livre, 31, m. l. n, p
Ailleurs, on voit ilahclais varier ses épithètes : « résudation sniiinalf, résudation i^'i'nenilivf », ou chercher un synonyme : « semence i^ém'ralive, gi'nilure. » La langue scientifique qu'il emploie reste souple; elle ne communique à la dissertation ni sécheresse, ni froideur. Rabelais, qui affectait de mettre en relief dans certaines descriptions anatomiques, le caractère technique de son vocabulaire, pour produire des contrastes comiques avec la vulgarité de l'objet auquel il s'appliquait, cherche ici à 1' « humaniser. » Physiologie ou botanique se fondent dans les doctes propos de Rondibilis et prennent la teinte générale de « philosophie » répandue sur tçut le discours.
« Philosophes et médecins », ces deux mots sont souvent associés chez Rabelais ' ; ici plus que partout ailleurs l'humanisme et la médecine nous paraissent s'entretenir et s'entraider. En effet, l'argumentation a sa principale force dans la physiologie ; mais à l'appui de l'argument médical, pour illustrer et corroborer l'explication physiologique, le docteur cite, évoque, interprète la fable, l'histoire, la poésie, les dictons, les anecdotes. Pour prouver que la concupiscence charnelle est réfrénée par le labeur assidu, Rondibilis ajoute à sa démonstration technique des arguments empruntés aux connaissances d'un Humaniste : la chasteté de Diane, l'analogie de « castra » et de « casta », l'autorité d'Hippocrate, une sentence des philosophes, un mot d'Ovide sur Egiste, une réponse de Théophraste, une autre de Diogène et une statue de \'énus assise, œuvre de « Canachus, Sicvonien sculpteur. »
Dans la seconde partie, sur le naturel des femmes, l'équilibre entre les deux ordres d'arguments est rompue. Il n'y a place dans l'argumentation proprement dite que pour les considérations physiologiques, préparées par une anecdote empruntée à la vie d'Hippocrate - et une comparaison tirée de Plutarque (^Picceplcs iiinhiiiiouiaiix') '. Il est vrai que cette argumentation est immédiatement suivie d'une série d'anecdotes plaisantes : la réforme du calendrier rêvée par Tinteville, évêque d'Auxerre, la linotte
1. Tiers Livre, 13, M. L. 11, p. 69. « Veu que les Philosophes et Médecins afferment les esprits animaulx sourdre, naistre et practiquer par le sang artérial, etc. »
2. Tiers Livre, 52, M. L. Il, p. 156. « Hippocrates allant un jour de Lange en Polystvlo, etc. »
5. Eod. loc, p. 157. u Mon ann-, le naturel des l'cmnies uous est figuré par la lune, etc. »
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confiée par le pape aux dames de Fontevrault, la fiircc de la femme Mute. Kondibilis finit par renoncer à l'argumentation et après avoir promis un « remède et fort bon » à l'inconvénient redouté de Panurge, au lieu de le formuler, il raconte l'apologue de Messer Coquage et de Jalousie, laissant aux auditeurs le soin d'en tirer une conclusion.
Le fonds de son argumentation sur le naturel des femmes est emprunté aux doctrines des « platoniques », d'Hippocrate, et de Galicn. C'est dans le Titnee que nous trouvons pour la première fois cette assimilation de la matrice à un animal dont l'extrême sensibilité et susceptibilité fait « perdre patience et toute raison » aux « pauvres femmelettes » '. Galien avait adopté cette idée ', sans accepter pourtant de prendre à la lettre l'assimilation à un animal. En tout cas, cette doctrine était fort connue des Humani.stes et des médecins. Nous la trouvons exposée dans le De legibus conniibialibus de Tiraqueau "'. Ambroise Paré, dans son chapitre de la Suffocation de la matrice, décrira tous les troubles que Rondibilis attribue à cet « animal » ou membre (organe) '. Le remède qu'il propose (odeurs puantes à faire respirer par le nez pour contraindre la matrice d'aller en bas) indique bien qu'il croit avec Hippocrate et Rondibilis « que la matrice, d'un instrument naturel et péculière faculté, fuit les choses puantes et se plaist aux choses odoriférantes. »
Rabelais n'a donc fait que développer la doctrine des médecins humanistes sur cette question. Si brutales que paraissent les for-
1. Expressions dWnibroise Parc. — De la gàicralioii de Thommc, chap. 52.