L'hystcire des phiiitcs. Chap. xc. De Viiigrcnioiiic
LES SCIENCES MEDICALES 1)9
est par conséquent une cnigmc. Or, cette description ne peut nous intéresser qu'à la condition de suggérer bien vite le mot de l'énigme: il importe que nous soyons avertis assez tôt parla précision même des traits descriptifs que Pantagruelion est le nom du chanvre. Mais, d'autre part, il faut que ce nom ne soit jamais prononcé. L'écrivain doit donc déguiser, sous une forme énigmatique, quelques circonstances de sa description. Il n'y a pas manqué : tantôt il « transpose » dans le mode antique, substitue la « sarisse » à l'expression vulgaire : fer de lance, et les « fériés des pécheurs » à la date du 7 juin, en calendrier usuel. Tantôt il a recours à des périphrases ; celles qui lui servent à désigner les dates des semailles et de la récolte du chanvre, empruntées à des souvenirs de vie rurale, ont une grâce et une poésie qui contrastent avec le caractère technique de certaines parties du développement, v On sème cestuv Pantagruelion à la nouvelle venue des hirondelles ; on le tire de terre lors que les cigalles commencent à s'enrouer'. »
La digression sur l'origine de la dénomination des plantes(chap.L) n'emprunte rien aux observations personnelles de Rabelais : son imagination, qui a fourni tant de détails gracieux ou pittoresques à la description précédente, n'apparait pas dans ce développement. Il a été constitué à l'aide de livres et de notes ; il suppose des recherches personnelles, un travail d'érudition. — C'est une classification des plantes en huit catégories, d'après leur dénomination. Rabelais trouve que les unes ont été nommées d'après leur inventeur, les autres d'après leur pays d'origine, les autres par antiphrase, les autres par leurs vertus, les autres par leurs particularités, les autres par métamorphoses, les autres par similitude, les autres par leurs formes.
L'idée de cette classification a peut-être été inspirée à Rabelais par la lecture des premiers chapitres du XXV" livre de Pline. — On y trouve en effet aux numéros 4, 5, 6, 7, tous les noms qui figurent dans la première catégorie : Mercuriale, panacea, eupatoire, armoise, telephium, euphorbium, clymenos, alcibiadon, gentiane, Polemonia '. Pline laisse entendre que « cette prérogative d'imposer un nom aux herbes inventées » était une gloire fort
1. A conip.ircr avec le texte de Pline : n Sci iliir ci Fiivoiiio... Ipsa lUimahis vcllitiir post vindemiaiii ». XIX, 10.