‹ L'œuvre de Rabelais; sources, invention et compositionChapitre 113 sur 216 · M. L. II, p · texte numérisé non relu

M. L. II, p

LES SCIENCES MÉDICALES lél

curiositc que de nous éblouir par l'étalage de sa science botanique.

Au contraire, le chapitre lu, consacré au Pantagruélion asbestin n'est qu'un recueil de traits et d'anecdotes sur les propriétés curieuses de l'asbeste et de quelques arbres (eonem, mélèze) ou substances (alun), réputés incombustibles. — Ici, le discours cliange de caractère : il ne s'agit plus d'exalter les services rendus à l'humanité par une plante vulgaire, mais de révéler les vertus singulières d'une substance rare. L'éloge de l'w asbestin » ne se rattache pas logiquement à l'apologie du chanvre. La singularité prodigieuse de ses vertus ne saurait passer inaperçue; son «excellence» ne nous échappe que parce que ce produit n'est pas d'un usage conunun. — Mais si Rabelais a joint à la louange du chanvre celle de l'asbeste, c'est qu'il les trouvait déjà réunies dans Pline, au début du livre XIX de l'Histoire uaturcUe ' : les deux développements si difiérents pour le tond d'idées et le ton, ont une commune origine. Il reste que lart de Rabelais a su établir une analogie entre l'excellence d'une plante commune, d'un usage universel, et un produit rare, d'une vertu merveilleuse. Tous deux se distinguaient par leurs « effets admirables », et méritaient par là d'être rapportées à Pantagruel « Idée et exemplaire de toute joveuse perfection -. »

Ainsi la matière de ce développement est scientifique. Rabelais la tire de sa connaissance de la botanique. Cette science nous apparaît dans la description proprement dite de Pantagruélion (chap. XLix) comme assimilée et enrichie par des observations personnelles. Elle est plus purement livresque dans la digression sur la dénomination des plantes (chap. l) et l'éloge de Pantagruélion asbestin (chap. lh). Elle y prend même la forme que l'érudition revêtait volontiers chez les vulgarisateurs de l'époque. La classification des plantes d'après la nature de leur dénomination fait songer aux catalogues de VOfficiiia de Ravisius Textor': ce

1. Pline, XIX, i. " In veut uni jani est eliani [Uniiiii] tjiiod igiiiinis non til'inmerelur... Vocal nr aiilciii a Grxcii tisbesliniim ex argumento imtura:. » L'emploi du Pantagruélion asbestin comme linceul (m. l. ii, p. 241) a été suggéré à Rabelais par cette phrase de Pline : Regum iude fuiiehres tuiiicx corporis favitlaiu iib reliquo séparant tiiiere. n Evidemment Pline, qui n'a vu l'amiante qu'en tissu, en fait un végétal, une variété du lin. Rabelais semble bien partager son erreur.

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