‹ L'œuvre de Rabelais; sources, invention et compositionChapitre 114 sur 216 · Cf. iiijra chapitre \i. Article Rtivisiiis Textor · texte numérisé non relu

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té2 LES SCIENCES MÉDICALES

cliapiirc I, j^'ardc l'empreinte de l'eTudition du xvi*^ siècle. Mais, dans rciisemblc, riniagiiiatioii, lu j^oùt de la dialectique ingénieuse, le souci de prêter à un lieu commun un tour imprévu et énigmatique ont donné une forme originale à cet Eloge de Pantagruélion.

L'iiiuUomic de Quaresmc-l'iciuiut .

Qiuu l I.ii'it-, ch.ip. x\x-\xxii.

Pendant longtemps ces trois chapitres n'avaient guère arrêté l'atteiuion des savants; on remarquait bien l'abondance des termes techniques dans l'anatoniie de Quaresme-Prenant ; mais on n'était pas moins sensible à la vulgarité des comparaisons :

Le menton, comme un potiron.

Les aureilles, comme deux mitaines, etc.

Somme toute, on ne voyait dans cette description et anatomie de Quaresme-Prenant qu'une série de comparaisons, d'abord amusante par l'imprévu de certains rapprochements, bientôt fastidieuse par sa longueur et la platitude de ses bouffonneries triviales.

Des médecins contemporains se sont demandé si ces « Silènes» ne recelaient point quelque « précieuse drogue ». Ils ont recherché ce que cachaient toutes ces comparaisons. Ils se sont refusé à n'y voir que facéties, bouffonneries, trivialités. — Le !)' Le Double a même fait de cette étude de Quaresme-Prenant l'objet principal d'un livre qu'il a consacré à Rabelais analoinislc et physiologiste. Sa thèse, c'est qu'il existe réellement des rapports de formes, des ressemblances entre toutes les parties internes et externes de l'anatomie de Quaresme-Prenant et les objets auxquels Rabelais les a comparées. Il s'est efforcé de les découvrir et pour rendre plus sensible sa démonstration, il a juxtaposé, dans la même page, le dessin de l'organe et celui de l'objet qui sert de comparaison.

Quelle que soit la valeiu' scientifique de cet ouvrage, il est manifeste qu'il pêche par un excès de rigueur dans la méthode '.

I. La démonstration par l'image n'est pas toujours t'iappantc. Malgré toute l'adresse du dessinateur, ingénieux à simplifier les dessins, .1 les réduire presque aux seuls traits accusant des analogies de formes qui ne s'indiquent point dans la réalité, il est difficile de saisir une ressemblance entre les " os pétreux » et un « pluniail ", entre les " cartilages » et une « tortue de Garrigues », etc.

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Il méconnaît une des tendances les plus fortes du génie de Rabelais : la fantaisie. Jamais jusqu'à présent nous ne l'avons vu s'astreindre, soit dans l'argumentation, soit dans la description, à retenir son imagination dans un cercle, à travailler sur un seul plan, à s'interdire de franchir les limites d'un domaine unique. — Or, parmi ces comparaisons, il en est assurément qui ne visent à aucune espèce d'exactitude dans le rapport qu'elles établissent. Quelques-unes sont amenées par des associations de mots ; si

Rabelais écrit : Les c comme une guedoufle,

c'est qu'il vient de dire : le membre comme une pantoufle — et que pantoufle et guedoufle rimaient dans quelque chanson dont nous trouvons des fragments au chap. xvi" du Tiers Livre '. De même, quand il y aurait une ressemblance entre les cuisses et un crenequin (heaume), il est fort probable que dans la comparaison qui fait suite à celle-ci, c'est l'assonance qui a amené le \\hre(]iiiii et non l'analogie de sa forme avec celle des hanches-. — C'est donc méconnaître cette liberté d'imagination dont Rabelais donne tant d'exemples, notamment dans une énumération du même genre, le « répertoire de S'-^'ictor », que de se le représenter composant cette description par comparaisons sur un seul plan, s'efîbrçant de trouver pour chaque organe un objet de forme analogue.

L'analogie de formes n'est pas l'unique principe de cette série de comparaisons. L'idée générale de Rabelais dans ce développement est claire. Il nous présente Quaresme -Prenant comme un être : i° malingre et atrophié ; 2° affligé d'instincts anormaux.

C'est cette double misère physiologique et pathologique que rendent les comparaisons suggérées par la perception d'analogies extérieures :

Les fesses comme une herse L'estomac comme un baudrier.

Sur ce point, il fliut reconnaître que le D' Le Double a raison de démontrer que beaucoup de ces comparaisons ne sont pas vaines, mais répondent à des réalités qu'il nous a rendues sensibles. Pourtant ces ressemblances de formes n'existent que dans

1. M. L. II, p. 85. c< Feust-ce J'un sot, d'un pot, d'une guedoufle, d'une moufle, d'une pantoufle. » Une guedoufle est une petite cruche.

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