PREMIERE PARTIE
Catalogue des sources anciennes et des sources modernes de l'érudition antique de Rabelais.
Agrippa (Henri-CoriiciUc).
Henri-Corneille Agrippa publia, en 1527, à Lyon, le livre : De iiicetiitiidine et vanitate scieiitianiiu atqiic aiiiiiin dedamatio invectiva. Réédité en 1530, 1531, 1537, 1544- — Il quitta L^-on vers 1528; à l'époque où Rabelais arriva dans cette ville, le souvenir d'Agrippa, conseiller et médecin du roi, attaché à la personne de la reinemère Louise de Savoie, y était sans doute encore vivant '.
L'idée générale de son livre, énoncée par le titre, est celle du discours de Rousseau sur les méfaits des sciences et des arts. H. -C. Agrippa se flùt fort de démontrer : qu'on a tort d'exalter si haut la valeur du savoir ; que les sciences, par plusieurs endroits, sont plus dignes de mépris que de louanges ; qu'il n'y en a pas une qui ne mérite censure; enfin, qu'une science n'a de valeur que par la probité de celui qui la possède -, ou, comme dira Gargantua, que « science sans conscience n'est que ruine de l'àme ».
Cette idée générale se rattache à la tradition satirique des Soties, pui dénonçait l'erreur et la folie de toute institution humaine ; elle rappelle le discours de la Folie, d'Erasme. Pour la démontrer, Agrippa entreprend une vaste enquête sur toutes les sciences humaines. Il les expose sommairement et signale leurs faiblesses et contradictions. C'est donc une Somme de toutes les sciences alors connues. La thèse de l'auteur y tient moins de place que les faits, les autorités, les références à l'histoire, au droit, etc. Bref, c'est une synthèse de l'érudition contemporaine, dans laquelle Rabelais pouvait aisément puiser idées, exemples, références.
1. Cf. Prost, Heiiii-CoiiieiUe Agrippa, sa vie et ses iriivies. Paris, 1881.