M. L. Il, p
I AlcssanJio Alcssandii, ou Alcxaiiilcr ni' Alcxandro.
Le livre d'Alexander ab Alexandre, Gciiialiiiiii dicrum libri scx, rentre dans la catégorie des ouvrages d'érudition, que l'on a appelés du nom du plus fameux d'entre eux, les « Leçon antiques ». C'est un recueil de documents, de sentences, de textes de lois concernant la vie antique. La première édition parut en 1531, à Paris '. Llle fut suivie, en 1 539, d'une seconde édition (Paris, Charles Guillard), munie d'un index très détaillé.
\'oici les passages du texte de Rabelais qui peuvent être rapprochés des Goiiales Dics :
Giirgiiiittiii, 10. c( Au temps passé les Thraces et les Crêtes signaient les jours bien fortunés et joyeux... » Dics Geiiinhs, iv, 20.
Giiigiiiitmi, 25. La pratique de « Thimoté ■' ;\ l'égard de ceux de « ses disciples qui avaient été instruictz soubz aultres musiciens » M. L. I, p. 85, se trouve exposée dans les Géniales Dics, l, 23.
Piiiiliignic!, 27. L'appareil du trophée antique' se trouve décrit dans les Gcniales Dics, i, 22.
Tiers Lille, 50, w. L. 11, p. 253. Les Pisor.s, les Fables, les Lentulus, les Cicérons, sont cités comme avant pris leurs noms des plantes, dans les Geiiioles Dics, I, 9.
Omirl Livre, 62, M. L. Il, p. 490. « Comme quand il a esté dict que la statue de Mercure ne doit estre faicte de tous boys indiferentement, ils l'exposent que Dieu ne doibt estre adoré en façon vulgaire, mais en façon esleue et religieuse. » Cette interprétation se trouve dans les Gciiiales Dics, 10, 12. On la rencontre également dans Erasme, Adages : Non e quovis ligno fit Mercurius =.
PaiiUigniel, 24. « Je suis de la lignée de Zop\'re. » L'histoire de Zop\-re est racontée d'après Hérodote dans Geiiidies Dies, n, 32.
1. Aiexamiri ab Alcxandro jiirispcrili Xeapclilaiii geiiialiam dieruiii libri sex varia ac recoud ila eraditioiic rcfcrti. Paris. Joanues Petrus, 1531.
2. M. Delaruelle, dans son article sur Ce que Rabelais doit à Erasme et à Bade. Revucd'Hist. liltér., 1905, p. 259, voit un autre emprunt de Rabelais aux Géniales Dies. Dans le h!om-ean Prologue du Quart Livre, Couillatris promet de sacrifier à Mercure «aux Ides de Mav ». Les Géniales Dies, m, 18, expliquent que les Ides de mai marquaient le jour de la naissance et, par suite, la fête de Mercure. — Mais Ovide, Fastes, v, 671, donne les mêmes renseignements. Or, nous montrerons, par le nombre des emprunts faits aux Fastes à la fin du Tiers Livre et au commencement du Quart Livre, qu'à l'époque où Rabelais rédige cette partie de ses œuvres, il a les Fastes entre les mains. C'est donc à Ovide plutôt qu'aux Géniales Dies, qu'il faut rapporter l'origine de ce passage du Xoui'cau Proloi;nc.
Alexandre Apbmdisé ou Aphrodisien.
A la suite des Problèmes d'Aristote, les éditeurs du xvr siècle donnent le recueil qu'un de ses commentateurs, Alexandre Aphrodisias, contemporain de Marc-Aurèle, avait constitué des problèmes qu'il jugeait insolubles : « à-oio-. oà «/.-/•^tï'.; î'.tIv aïoï- -:'<.... -.':. etc.. Suit une longue énumération de ces problèmes.
Rabelais y fait allusion au cliap. xxxix de Gargaiiliia ' et il cite un de ses problèmes au chap. x ^ « Pourquoi le Lion... seulement craint et révère le coq blanc ? » Cette singulière question avait beaucoup intrigué les anciens. Il en est parlé dans Plutarque, De iiividia el odio et De soUertia niiiiuidiuin ; dans Pline, io,2i et 29,4. • — Alexandre Aphrodisias ne parle pas de la couleur du coq : c'est donc de seconde main que Rabelais emprunte cette question curieuse, — ainsi que la référence au n" 119 du I" livre des Problèmes qui clôt une liste d'autorités à la fin du même chapitre X '.
Toutefois, il v a de tels rapports entre les questions formulées par Alexandre Aphrodisias et quelques-unes de celles qui ornent les propos des personnages de Rabelais, qu'on peut conjecturer qu'il a lu quelque jour ce Recueil.
Anthologie.
Au chap. XXI du Quart livre, l'édition de 1552 ajoute à la liste des cénotaphes de l'édition de 1548 les noms suivants : « Argentier à Callaischre ; Xénocrite à Lysidices; Timares à son fils Theleuxagores ; Eupolis et Aristodice à leur fils Théotime ; Onestes à Timocles; Callimache à Sopolis, fils de Dioclides ».
Tous ces exemples sont extraits de l'Anthologie, dont une édi-
1. M. L. i, p. 146. ■' Ce problème... n'est ni en Aristoteles, ni en .-Me.Xiindre Aphrodisé... »
3. M. L. I, p. 43. c< Icv voyez .Mex. .aphrodisien, lib. primo problem.ituni. C.Xix. Ht pour cause. »
tion axait paru chez Jossc Bade en 1531, sous eu tiirc : Florilcgiiiin diveisonim epigrainnialiiiii in scptcm lihros. In-4", 324 f"'.
En 1549, à Bâie, chez Frohen, parut une autre édition : Epigraininatitm Grarontm libri FIL Annotaikviibiis Joauuis Bivda-i Tiiivnciisis iUiislrati | Jean Brodeau].
Est-ce dans le texte grec que Rabelais a lu les épitaphes qu'il mentionne ici ? ou bien les a-t-il trouvées dans quelque recueil ? — Nous ne pouvons le dire. — En tout cas, la traduction d' 'ApyjpoTïAaTT-/]; par Argentier, dont l'édition Burgaud Desmarets et Rather}' lui fait honneur, n'est pas de lui. Dans l'édition de Brodeau, figure dans la liste latine des auteurs d'épigramnies : Argentarius, qui devait naturellement se traduire par Argentier.
Aristophane.
j La Bibliothèque du Musée Condé, à Chantilh', possède un / Aristophane revêtu de l'ex-Iibris de Rabelais (viii. E. I.) :
Aristophanis comicornui principis, contœdix undecini ex Grœco in Latiniiin ad verhtim translata', Andréa Divo Jnstinopolilano interprète. Qiiarnni noniina seqiiens indicalnt pagiim.
Bâle, MDXXXIX. (Andréas Cratander).
En dépit des ressemblances de son génie avec celui d'Aris- 1 tophane, il ne semble pas que Rabelais ait beaucoup pratiqué le j comique grec.
Dans sa seconde lettre à Budé', il plaisante sur un personnage qu'il gratifie du nom et des ridicules du Ploutos d'Aristophane. Il connaissait donc cette comédie au temps de son moi nage ; sans doute étudiait-il alors Aristophane.
Mais les citations qu'il fait du grand comique grec sont peu nombreuses.
— Tiers Livre, 21, M. L. 11, p. 106. « Et me souvient que Aristophanes en quelque comédie appelle les gens Vieulx Sibx-lles, '0 oè •■ipwj ai'fi-jXl:î. «
Il cite à contre-sens un vers des Cljevaliers (v. 61). Dès que le I. Cf. Rev. El. Ral>., 190J, p. 344 et 347.
1/6 l'humanisme
coiroycur Paplilagonicn parle d'oracle à Démos, alors, raconte Déniostiiène, le vieillard ne songe plus qu'à la Sibylle: aoî'. os vîr.Tao'jc- o oà "Éiw/ n'.'tj-Sù.'ii.
Le contexte ne permet pas de donner à cette phrase la portée générale qu'elle a dans le discours de Pantagruel. Rabelais cite donc de mémoire et peut-être d'après un recueil de sentences, dans lequel ce vers aurait été rapporté à contre-sens.
— 'l'ieis Livre, 25. n p.ir .VOioniantic, cOlcbréc par Aristophane en ses nuées. >> m. 1.. 11, p. i2.(.
La référence est vague. Aristophane ne célèbre pas l'aéromantie dans les Niu'es; il y fait une allusion, v. 360. — Rabelais tient ce renseignement de quelque ouvrage sur la Divination, probablement de VAinalor'm' iii(i'^i;v compeudium de Cœlius Calcagninus. Cf. Edition de Bàle, i j.j^. I-roben, p. 498. « Aeromantia per situs nubium ut Ari.stophanes innuit in Xephelis. »
— Quiirl Livre, 58, .M. L. u, p. 473. « Les Engastrimvthes soy disaient cstre descendus de l'antique race de Eurycles et sur ce alléguaient le tesnioignage de Aristophane en la comédie intitulée les Talions ou mousches gucspcs. »
Ce témoignage, ainsi que quatre autres, énumérés à la suite, est emprunté à Ca'lius Rhodiginus. AuliquiV Lcclioncs. viil. 10.
— Ouarl Livre, 64, M. L. u, p. 497. « Car la sacre ligne tant célébrée par Aristophaues en sa comcedie intitulée les PredicanteSj approche, laquelle lors eschoit quand Tunibre est décempédale. »
Cette allusion à un vers des 'ExxÀY.s-'.aî^oys-a'. (651) est empruntée, ainsi que le mot du parasite de Plaute, cité à la suite, aux Adages d'Erasme. Article : Dccempes umhra, id est ca'iiainli temptts.
En dehors de ces citations ou allusions, qui ne procèdent pas d'une lecture du texte même des comédies d'Aristophane, l'auvre de Rabelais ne porte aucune trace de l'influence du comique attique.
Aiislolc.
I Rabelais cite très souvent Aristote. D'abord son nom est as.socié plusieurs fois à celui d'Alexandre le Grand. — En outre, plusieurs détînitions de logique sont appuyées de l'autorité du Péripatéti-
ticicn. Il n'en huit pas conclure qu'il a lu les traités Je Philosophie d'Aristote ; ceux-ci, dans l'enseignement scholastique du moyen âge, avaient été traduits, résumés, commentés, mis à la portée de tous les clercs. Rabelais n"a pas eu à lire le texte, ni même les traductions latines d'Aristote pour apprendre que « le mouvement propre est indice de chose animée' », ou encore qu'« à infinité, rien ne peut décheoir, rien ne peut être adjoint ' » : c'était matière de manuel à la Faculté des Arts.
Il le cite encore parmi les Naturalistes ' ; et rapporte au Oiiail Livre dans une addition de 1552, son jugement sur le mouton : « Aussi le dit Aristoteles, ///'. IX, De Hist. ni!iiii.,ètK le plus sot et le plus iiieplc animant du monde. » Il l'emprunte à Erasme : Adages, III, i, 95. Oviiiin mores... Arislotes lib. de natiir. auiin. iioiio... NtJiii et ofimu ingeiiiiim... siiiiple.x et stoliduiu. Siqnidcni est oiiiiiiiiiii quadrnpeditin ineptissimum.
Aristote est encore pour lui le docteur par excellence èssciences curieuses ; il le nomme parmi ceux qui ont écrit sur les Songes. (Tiers Livre, chap. xiii.) Il lui attribue un traité sur l'art de lire « les lettres non apparentes » {Gargantua, i).
Enfin Aristote est l'auteur d'un Recueil de curiosités : les Problèmes... « Ce problème n'est ni en Aristoteles, ni en Alexandre Aphrodisé, ni en Plutarque », dit-il au chap. xx.xix de Gargantua. Et il renvoie à l'un de ces problèmes à propos de la vertu de la couleur blanche {Gargantua, chap. x). Il ne nous donne pas, à vrai dire, une référence exacte ; et dans l'expression de l'idée d'Aristote, il s'éloigne beaucoup du modèle grec^. Aussi est-il vraisemblable qu'il a trouvé cette citation d'Aristote dans un recueil, qui lui fournissait toute la liste d'autorités qu'il transcrit. — Pourtant il se peut que ce recueil des Problèmes l'ait intéressé par la bizarrerie même des questions qui y sont examinées. — Il avait été traduit en latin par Théodore Gaza et publié par Aide Manuce, en 1504, avec d'autres ouvrages qui rentraient dans la catégorie des livres dont il était particulièrement curieux.