Ciii-ganliki, 25, M. L. I, p
2. M. L. Il, p. 236. « La fille aincc eut nom Vigne, le (iU puvsné eut nom Figuier : l'autre Noyer, l'aultre Cliesne, l'autre Cormier, l'autre Fcnabrégue, l'autre Peuplier, le dernier eut nom Ulmeau, et feut grand chirurgien en son temps. » Le Fenabrégue est le mûrier.
i8o l'humanisme
cicrius) en 1)3); celle-ci contient un recueil de tous les proverbes qui se rencontrent dans Athénée et des annotations de 13udé, Hrasme et quelques autres érudits.
Nous n'en connaissons pas de traduction latine de cette époque. Pourtant Casaubon en connaissait une qui avait paru à Venise et qui était d'ailleurs, à son goût, fort mauvaise.
Mais que le BaïKjiiet des Sophistes ait été traduit ou non, en tout cas, il était fréquemment exploité. Tous les recueils de curiosités anciennes v prenaient leur butin ; nous le voyons dépouillé par les auteurs d'ouvrages de caractère scolaire. En 1532, Steplianus Niger traduit en latin tous les vers dorés de Pythagore qu'il y rencontre, Aiinvniiii caniiiiiiim Pylbagorœ Alhenxi collulaneortim, dans le recueil intitulé : Slcpbaiii Nigri ijiuv quidon prœstaïc siii noiiiinis ac sliidiosis iililia tioirriiiiiis moniincula, neiiipc Iniiislalioiies. Bâle, Henri Pierre, 1532.
Ainsi le Baïujiui des Sophistes avait mis à la portée des Humanistes une masse de faits intéressant la vie et l'art ;tntiques; mais ils avaient déjà une telle diffusion a l'époque de Rabelais qu'on ne saurait dire si c'est directement ou indirectement qu'il lui a fait des emprunts, ■ — à moins que l'on ne porte à son compte, et que l'on ne prenne à la lettre, la déclaration de Gargantua dans la lettre à son fils {Pantagruel, 8.)
Histoire Aic'iisle
j Rabelais cite deux auteurs de VHistoire Auguste : Dion Nicx-us
/(Dion Cassius Nic;vus) et Lampridius.
I II emprunte (iv, 26. m. l. 11, p. 363), à Dion Nic.vus l'attribution à Tibère de la détestable parole : « Moy mourant, la terre soit avec le feu meslée. » Toutes les autres autorités qu'il cite à propos de ce dit notable, Suétone, Cicéron, Sénèque, sont tirées d'Erasme, à l'adage : Me iiiortiio, terra iniseeatnr iucaidio (à l'exception de Suidas).
De Dion Cassius également, 77, 17, i, la mention de l'empereur Antonin Caracalla. {Tiers Livre. Prologue, m. l. 11, p. 6).
De même, il ajoute une anecdote de Lampridius sur Héliogabal à une liste de cas singuliers qu'il doit à Budé : Aunotationes in Piiiideetas. {Tiers Livre, 45, m. l, p. 213). « Ainsi dict Lampridius
l'humanisme i8i
que l'empereur Heliogaballus... bransloit publicquement la teste. » Tous les sorts virgilians sont empruntés à YHisloire Auguste, mais de seconde main, nous le verrons. Seul le sort homérique d'Opilius Macrinus, qu'il ajoute à la première liste dans l'édition de 1552, a peut-être été recueilli par lui-même. Gn,-phe, l'imprimeur lyonnais, pour qui il avait travaillé en 1531, venait de publier, en 155 1, une nouvelle édition de YHisloire Auguste ^vec commentaires de J. B. Egnatius. Peut-être est-ce cette publication qui la invité à relire Lampridius, — l'auteur de la vie d'Opilius Macrinus.
En tout cas, les ressources ne lui manquaient pas pour connaître l'Histoire Auguste. L'édition princeps datait de 1475 (Accurse. Milan). Aide Manuce en avait publié une, en 15 16- 1519, et Erasme une autre à Bâle (Froben), en 1518. — En outre, cette histoire d'un caractère surtout anecdotique avait été exploitée par plusieurs auteurs de recueils d'exemples et d'anecdotes, notamment par Petrus Criuitus dans son De Hoiiesta disciplina, 1504.
Auhi Gelk (Aiille Gelic).
l Rabelais le cite quatre fois :
Gargantua, chap. m, parmi les écrivains qui ont traité de l'enfantement .lu xie mois. C'est au xvie chap. du troisième livre des Xiiils Attiqiies qu'il emprunte la plupart des autres autorités qu'il allègue : Plaute dans la Cistellaria ; Hippocrate, IIsp: loo-ff,;. titre que Rabelais énonce en latin : De Alimento ; Marcus Varron, dans le Testament, alléguant l'autorité d'Aristoteles, Pline, livre VII ; — Rabelais ajoute : cap. v. — 11 y joint trois autres auteurs : Censorinus, Aristote, Servius.
Gargantua, chap. X. Aulu-Gelle, lib. III, chap. xv, est cité à propos de ceux qui sont morts de joie et Rabelais lui emprunte trois cas : la femme qui mourut de saisissement en revoyant son fils qu'elle croxait mort .à la bataille de Cannes, Diagoras de Rhodes et Philippides.
Pantagruel, chap. VI, « nous démontrant ce que dit le philosophe et .\ulle Celle, qu'il nous convient parler selon le langage usité et comme disait Octavian Auguste [César, dans l'éd. Juste 1533] qu'il faut éviter les mots épaves ^absurdes, éd. de Juste, 1555]. >i Ce philosophe est Favorinusqui au chap. x du livre le des Nuits Attiques conseille à un jeune homme archaïsant dans son langage, d'imiter les mœurs et non la langue des anciens. — La citation n'est pas exactement appropriée à la scène à laquelle elle sert en quelque sorte de moralité : l'écolier limousin écorche le latin pour se donner des airs de parisien, dit Pantagruel plus haut et non par un goût particulier de l'archaïsme. ■ — Mais
i82 l'humanisme
Rabelais ne se reporte pas au texte d'Aulu-Gelle (il ne cite ni le livre, ni le
chapitre) ; il a oublié le nom du philosophe et n'a retenu que le sens général du précepte. Octavian Auguste qui a remplacé « César ■< de l'édition Juste (i 53 5) est une faute. — Aulu-Gelle cite le traité de Jules César De Aiiulogia. — Rabelais cite donc par cœur et ne vérifie pas sa citation.
Piiittagniel, chap. xxiv, ■■ la finesse que met Aulle Celle » est le procédé de la scytale décrit dans le chap. ix du XVII' livre des S'iiits Altiqites. Rabelais y pouvait trouver d'autres méthodes pour rendre l'écriture invisible, ou lisible .seulement à l'aide de clefs.
Outre CCS quatre rcféreiiccs à Aulu-Ccllc, ou relève dans le texte de I^abelais beaucoup d'autres euiprunts directs ou indirects aux Nuits uniques :
Garganina, 40, m. l. i, p. 148. " Comme le vent dict Cécias attire les nues. » Nuits Attiqiies, 11, 22. « Est etiam ventus nomine Cxcias, quem Aristoteles, ita flarc dicit, ut nubes non procul propellat, sed ut ad sese vocet. » Cité dans uu adage d'Erasme : Matu ad se attraheiis, ut \'i{bes Cxcias.
Tiers Livre, 12. Sur les Manubies. \'nits Altiques, 13, 23.
Tiers Livre, 44. La controverse débattue devant Dolabella est empruntée à Aulu-Gelle, 12, 7, qui donne à Dolabella le prénom de Cneius, comme Rabelais : Valère Maxime rapportant la même anecdote l'appelle Publias Dolabella.
Tiers Livre, 52, m.l. Il, p. 241. « Si voulussiez les cendres de vos femmes... bovre en infusion de quelque bon vin blanc, comme fit .\rtemisia les cendres de Mausolus sou mary. »
N. .\., 10, 18. i( Artemisia... ossa cinercnique ejus niixta odoribus contusaque in faciem pulveris, aqu.-e indidit cbibitque. »
Tiers Livre, 52, M. L. 11, p. 242. « Icy ne me alléguez la tour de bois en Pirée, laquelle L. Sylla ne peut onques faire brûler. «
N. A., 15, I. L'anecdote est racontée d'après Q.. Claudius Quadrigarius.
Quart Livre, 16. Anecdote de L. Xeratius. — N. h., 20, i.
Quart Livre, 45, M. L. 11, p. 420. « Le Cverce .. si fort qu'il renverse les charrettes chargées. »
N. A., 2, 22.11 Sed quod ait, ventum qui ex terra Gallia flaret, Circium appellari, M. Cato in libro originum eum ventum Cercium dicit non Circium. Nam... Verba ha;c posuit... Ventus Cercius, cum loquare, buccam implet : armatum honiinem, plaustrum oneratum percellit. »
Quart Livre, 34. L'habitude qu'avaient les Gaulois d'enduire d'ellébore leurs flèches, pour rendre plus délicieuse la venaison, est rapportée dans Aulu Gelle, 17, 15. — Pline en parle également, h. n'., 25, 5.
Quart Livre, 55. Le mot de Démosthène : « l'homme fuyant combatra de rechief « est dans Aulu-Gelle, 17, 21.
Avant Rabelais, les Humanistes avaient beaucoup exploité les Nuits jitthiues. Elles eurent de nombreuses éditions : Strasbourg (Jean Knoblauch), 15 17; Paris, Josse Bade, 15 17; Paris, Josse
l'humanisme 183
Bade, 1534 et 1 5 36 ; \'ascosan, 1536. — Les érudits et les auteurs de Leçons antiques y puisèrent largement. Il est donc possible que quelques-unes des curiosités rapportées par Aulu-Gelle aient passé dans le roman de Rabelais par l'intermédiaire de quelque ouvrage d'érudition contemporain : la vertu singulière du Vent Cécias, par exemple, se trouve mentionnée dans un adage d'Erasme ; la «finesse » du chap. xxiv du Pantagruel (m. l. i, p. 333) figure dans la Polvgraphii- de Je^m Tritheim (1508 et 15 18).
' Aiisoiic.
Une référence à Ausone se trouve dans le prologue du Tiers Livre :
« Je crains que mon adventure soit telle que du coq d'Euclion tant célébré par Plante en sa marmite et par Ausone en son Grypbon et ailleurs. » m. l. ii, p. 12.
Le « Giyphon » traduit le titre du poème : Gryphiis, qu'Ausone prétend avoir découvert dans la poussière d'une bibliothèque comme le coq d'Euclion découvrit son trésor : relut galliiiaceiis Eucliouis. — Rabelais avait-il lu le Gryphiis? C'était un des ouvrages d' Ausone, qui f;tisaient l'objet d'éditions particulières. Josse Bade, en 1516, en donne une édition : Griphits Aiisonii, ciiiii eiiodatione Fraucisci Sylvii Ainhiaiiatis. — Mais nous avons déjà constaté que la formule « tant célébrée » accompagne généralement des citations foites de seconde main, Rabelais dissimulant son ignorance du sens du contexte par la banalité de cette expression.
// Biidc.
M. L. Delaruelle, dans un article de la Revue d'Histoire littéraire (1904), Ce que Rabelais doit à Erasme et à Bude, a relevé un certain nombre d'emprunts au De Asse et aux Aiiiiotatioiies in Paiidectas :
Pantagruel, 3 3 . La plaisanterie sur le i> punavs lac de Sorbonne duquel escript Strabo » se trouve dans une lettre de Budé à Erasme. Q. BiiJaei Liiciil'ialioiies, p. 364 D.
Oiiaii Livre, 7. Les moutons des Coraxiens en Tuditanie sont mentionnés d'après Strabon dans le De Asse, p. 396.
184 l'humanisme
Tiers I.hre, 44. Le portrait de ■< Tribunian » so trouvait déjà tracé d"nprés Suidas, dans les Aiiiioliilioiifs in l'iiinlfcliis, p. 681.
Giiii;iiiilii(i, 23. La méthode de « Thimothé » est dé-jà rapportée d'après Quintilien, dans \\:f, Aniiolalioiies, p. 474.
PiiiiltignteJ, 20. Le mot " encyclopédie », néologisme, est un mot familier à Budé, sous sa forme latine.
Tiers Livre, 8. « Kt sont hors toute méthode «. Rabelais a francisé le mot grec ; avant lui, BudO l'avait défini et l'réquemment emplové sous sa forme latine : iiielhoiliis.
Tiers Livre, 24. « Jupiter Philios » (m. i.. h, p. 119) est un dieu que Budé invoque volontiers et dont il explique le rôle dans les secondes Annotations aux Pandectes, p. 28.
'l'iers Livre, 44. Budé, dans ses Foreiisia (i 544) p. 1 59, a le premier appliqué au Parlement de Paris le mot de Calon, rapporté par Rabelais, M. L. 11, p. 210 : « conscilloit que la court judiciaire feust de chausses trappes pavée. »
Tiers Livre, 48. Le mot de P.istophores est employé par Budé, dans le De Asie, p. 77 et 752, dans le même sens que par Rabelais.
Quart Livre, 22, M. t. il, p. 3jO. Le mot Ucalégon est emplové par Rabelais dans le sens que lui donne Budé dans le De Asse, p. 454.
Quart Livre, 26. La définition des Parasanges, donnée par la Briéve Déclaration, se trouve donnée dans les Anuotationes, p. 457, d'après Hérodote.
Quart Livre, 48. Le sens que la Briève Déclaration donne au mot « Hypophète » est celui que lui attribue VExplanatio du De Asse.
Quart Livre, 56. Le mot Arimaspien (m. l. 11, p. 466) a peut-être été emprunté au De Asse, p. 776.
A CCS emprunts relevés par M. Delaruelle ', on peut ajouter les suivants :
Tiers Livre, Prologue, M. L. Il, p. 6. Les Otacustes ; ils sont définis dans le De Asse, à propos de Midas d auricularios et emissarios... rumorum captatores et sermonum delatores... »
Tiers Livre, 45. Des six exemples que Rabelais cite pour prouver que l'ébranlement de tête de Triboulet, « était suscité à la venue et inspiration de l'esprit fatidique... )i quatre sont allégués par Budé dans les Annolaliones priores à propos d'une question du jurisconsulte Julianus sur le titre I" De a'tlilitio Edicio du livre XXI du Digeste. — Budé cite les fanatiques en général, la Sib\'lle de Cume (remplacée par la P\thie chez Rabelais), les Gais, prêtres de Cybèle, le cortège des Bacchanales, décrit par Tite Live (livre IX, guerre de Macédoine). — Le texte de Rabelais présente des ressemblances frappantes avec celui de la note de Budé. « Hujusmodierant Gatli nnitris deuui Cvl'eles, qui
I. Il en donne quelques autres qui me paraissent contestables. .Mnsi Quart Livre, 22, le mot celeume est emplové dans un sens que Budé n'est pas le seul à lui donner. Les Xaves stullifenr de Josse Bade, 1505, à la suite de chacune des scaplix donnent un céleume, c'est-à-dire un chant pour exhorter les navigateurs, suivant la définiiton de la liriefve Dùlaration.
l'humanisme 185
proprerca Corvbantes dicuntur, quasi furibundi saltantes. lUi cnim in sacrissuis vel sacrilegiis potius, caput rotabaiil, etc.. Unde et Cyhele dicta a l'erbo xu^istû. qiickl in aipiil rolari sigiiificat... Livius... de ImcclMnalibus loquens. Viros vehit mente captos ciim jactalioiie fanalica corpoiis raticinari. »' ce Comme en cas pareil faisaient les Gais escouillés,/';vj//v.( i/<' Cxbcle, célébrans leurs offices. Dond ainsi est dite, selon les antiques théologiens, car xj^'.jtïv signifie rouer, tortre, bransler la teste et fiiire le torticolli. — Ainsi escrit Tite Live que es bacchanales de Rome, les hommes et femmes semblaient vaticiner, à cause de certain branslemenl et gectication du corps par eux contrefaite Toutes ces similitudes d'expression nous autorisent à dire que nous avons dans ce passage de Budé la source principale du développement de Rabelais.
j^ Cœlius CaJcat^niuiis.
Cet érudit italien était fort prisé des Humanistes du commencement du xvr' siècle. Erasme en tait un grand éloge dans le Cicaoniantis (p. 849 du tome I de l'éd. de Bâle, 1540). Ses œuvres appartiennent à la littérature des Leçons antiques.
Rabelais lui a emprunté l'Apologue de Physis et Antiphysie, / Quart Livre, 32, intitulé Gigantes dans Cœlius Calcagninus. Il a ' laissé, comme un indice d'origine, au mot Antiphys/f la désinence latine qu'il avait dans le texte latin original : Antiphvs/fl.
En outre, on peut rapprocher du chap. xxv du Tiers Livre (consultation de Herr Trippa) le traité de Cœlius Calcagninus intitulé : Aiiiatorix magia' compettdiiiin (p. 498, de l'édition de Bâle, Froben, 1544. Cœlii Cakagmni Ferraricnsis Protonotarii Apostùlici Opéra aliquot.') A partir de la Tyromantie, les divers modes de divination sont énumérés dans le même ordre (qui n'est pas l'ordre alphabétique) chez Rabelais et chez Cœlius Calcagninus.
3 Calon .
Gargantua, 24, M. L. i, p. 96. « En banquetant, du vin aiguë separoient l'eau, comme l'enseigne Cato De rc rust... avecques un guobelet de lyerre. »
Autre allusion à « l'entonnoir de Lierre », Tiers Livre, 52, M. L. Il, p. 241.
Caton, De re rustica, ni. « Si voles scire in vinum aqua addita sit, necne, vasculum facito de materia ederacea. Vinum id, quod putabis aquani habere, eodem mittito. Si habebat aquam, vinum effluet, aqua manehit... »
Pline (H. X., 7, 35) prête la même vertu au lierre :
i8é l'humanisme
— Tifis I.hiv, I'rolo«uc, m. i.. ii, p. 13. « Telle estoit en Ibirie la niontngnc de sel tant célébrée par Caton. »
C'est par Aulu-Gelle que Hahelais connaît ce texte de Caton.
Xiiils Alliqiies, II, 22. >• Nant cuni de Hispanis Alpinis scriberet qui citra Hiberum cokmt, verba lix-c posuit. Sunt in his regionibus... iMons ex salemero magnus : quantum dénias, tantuni adcrescit. »
— Tiers Livre, 2, M. L. II, p. 22. " Que dict Caton en sa niesnagerie sur ce propos ? Il fault (dict-il) que le perelamiles soit vendeur perpétuel. »
De re riislicii, 2. « Patrem familias venditorem non emaceni esse oportet. »
— Hoil toc, p. 2.). I.e dit de Catou sur Albidius est emprunté à Macrobe. Siil II nulles, II, 2.
— 'J'iers Livre, 44, M. i.. 11, p. 210. « Caton conseillait que la court judiciaire feust déchausses trappes pavée. » D'après Pline, h. n., 19, i. Rapporté dans \es Foreiisid de Budéfi544) et appliqué au Parlement de Paris.
.Ur Catulle
C'était un des poètes latins les plus goûtés des lettrés du wr siècle, comme l'atteste le nombre considérable d'éditions qui en furent données. Sébastien Gryphe le publia deux fois, du vivant de Rabelais, en 1546 et en 1548.
Celui-ci le connaissait bien. Il fait allusion {Tiers Livre, 46, .m. l. II, p. 21 6) au moineau de Lesbie. 11 traduit par un néologisme de verbocination latiale, Ghiher, le Gliihit de YEpigr. 59 {Tiers Livre, 18). A la liste des exemples de branlcments de tète, symptômes de vaticination, qu'il emprunte à Budè, il joint un cas tiré de Catulle : De Aty, v. 19-26 : « Ainsi narre Catulle en Berecvnthie et Atys du lieu onquel les M;vnades, femmes bacchiques, prebtresses de Bacclius, forcenées, divinatrices, portantes rameaux de lierre, branlaient les lestes. » Ces derniers mots traduisent le vers : « Ubi capila Mxnades vi jaeiunt hederigerœ. »
Au Quart Livre, 21, m. l. ii, p. 347, il mentionne parmi les cénotaphes celui de Catulle à son frère, qui nous est connu par l'épigramme ci. Enfin, au chap. lu du même livre (.\i. i.. 11, p. 450), il s'amuse à traduire en vers français quelques vers de l'épigramme à Furius. Ep. 23, v. 19-23.
/^. C«vr;-.
Les emprunts à César sont relativement peu nombreux dans Rabelais : ■" '
l'humaxisme 187
Tiers Livre, 3, M. L. 11, p. 25. « Quand jadis en Gaulle par l'instilution des Druvdes, les serfz, varletz et appariteurs estoient tous vifz bruslez aux funérailles et exeques de leurs tnaistres et seigneurs », Réminiscence de César, De bel!. GiilL, 6, 19. « Servi et clientes... justis funeribus confectis, una cremabantur. »
Eoil. hv. (< Ne priaient-ils continuellement leur grand dieu Mercure, avec Dis, le père aux escus. »
De hcll. Gai!., 6, 17. « Deum maxime Mcrcurium colunt. •>
De bell. Gai!., 6, 18. «Galli se omnes ab Dite pâtre prognatos, prœdicant. »
Au Quart Livre, 57. Mercure est mentionné de nouveau comme Dieu des Gaulois, et « premier inventeur des ars ». .m. l. ir, p. 470.
Quart Livre, 21, p. 346. « Faire testament... à ceste heure... me semble acte autant importun et mal a propous comme celluv de Lances pesades et mignons de Cxsar entrant en Gaule... »
Réminiscence du Z)i' M/. Gall., i, 39. " Lances pesades et mignons » correspondent à « tribunis militum, pra:fectis, reliquisque qui ex urbe amiciti» causa Cxsarem secuti... »
Cia'ron.
Bien que Gargantua recommande à Pantagruel, étudiant à / Paris {Pantagruel , 8) de former son style latin « à l'imitation de I celui de Cicéron », Rabelais ne semble pas avoir beaucoup prati- ! que lui-même les œuvres de Cicéron.
Des Discours de l'orateur romain, il n'a retenu qu'une phrase du Pro Ligario, 12. « Nihil hahel iiix jortiina tua niajus, quam ut possis, iiec iialitra tua niclins, quam ut velis servarc quam pliirinios. »
GariJaiiliia, 20. « Je considère que Jules César, empereur très débonnaire que de lui dict Cicero que sa fortune rien plus souverain n'avait sinon qu'il pouvait et sa vertu meilleur n'avait sinon qu'il voulait toujours sauver et pardonner à un chacun... >i
Parmi les ouvrages de morale et de philosophie il cite le De Senectute :
Paiilai^rue!, 8. « Ce que je ne dis par jactance vaine, encores que je le puisse louablement faire en t' écrivant, comme tu as l'autorité de Marc Tulle en son livre de vieillesse. » De Seii., 9 et 10. « Nihil necesse est mihi de me ipso dicere, quanquam est id quidem senile, statique nostrœ conceditur. »
Au De Finibus, i, 7, il emprunte l'exemple de « Lucilius, lequel protestait n'écrire qu'à ses Tarentins et Consentins ». Tiers Livre. Prologue, M. L. II, p. 13.
Tiers Livre, 51, m. i.. ii, p. 13. Dcmocritc s'avcuglant volontnircmcnt est une réminiscence des Ttisailanes, v, 39.
De même, c'est à l'exposition des idées de Socrate et de Platon dans le premier livre des Tiisciilaiies qu'il fait allusion au Qiuirl Livre, 22. « Je ne veux entrer en la dispute de Socrate et des académiques, mort n'estre de soy mauvaise, mort n'estre de soy à craindre. »
Il fait allusion au cliap. xiv du livre IH du De Xattira Deoniin à deux reprises : Tiers Livre, 3, « desquelles, disait Heraclitus, prouvaient les Stoïciens, Cicéron maintenait estre les étoilles alimentées » et Qiiarl Livre, 67, « Si croyez que le feu soit le grand maître des arts, comme escript Cicero, vous errez... »
Au Quart Livre, 28, rorit;;ine de Pan, fils de Mercure et de l'énélope, est également empruntée au De Nalura Deoniin, m, 22, « ex quo... Mercurio et Penelopa Pana natum ferunt ».
Le De Divinalione lui a fourni quelques détails d'érudition : Tiers Livre, 16, m. l. ii, p. 84. Le surnom de Junon « Monète ». De Divin., i, 45 ; — Tiers Livre, 21, p. 106, le « Rhodien célébré par Posidonius ». De Divin., \, 30; « Calanus Indian ». De Divin., I, 23.
Au Tiers Livre, i. L'amnistie exposée en Rome par Cicéron est empruntée à un des Adages d'Erasme : Ne maloriiiit niemineris et au Quart Livre, 26, la référence au De Finibits, 3, est transcrite d'un autre Adage : Me iiiortiio, cœhnn misceatnr unda.
I Petriis Crinitiis.
Le De Honesia disciplina de Petrus Crinitus est un ouvrage d'érudition, appartenant à la littérature des Leçons antiques. L'auteur explique dans sa préface qu'il a recueilli dans son ouvrage tout ce qui peut intéresser une éducation libérale et contribuer à la culture d'un honnête homme (honesta disciplina) : droit civil, droit canonique, institutions antiques, études humanistes (humaniores disciplinas). Il s'est efforcé de distraire le lecteur par une foule d'observations piquantes à la manière « d'Aulu-Gelie, Macrobe, Probus, Valerius, etc.. » Il eut un grand succès. Erasme loue son érudition, dans le Ciceronianus. De 1504 à 1543, le De Honesta disciplina eut huit éditions, dont cinq à Paris et une à
l'humanisme 189
Lyon chez Gryphe. Montaigne l'utilisait encore pour ses Essais. Rabelais pouvait prendre dans cet ouvrage d'érudition :
Tiers Livre, 20. La signification des nombres denaires et quinaires. De Hoii. Disc, XXII, 8.
Quart Livre, 38. La forme andouiUicque des géants et d'Hriclithon. De Hou. Disc, II, II. Qua; causa fuerii ut mithologi scribant Gigantum pedes in volumen desinere.
Qmirl Livre, 28. La mort de Pan, que Xoél du Fail a lue, à son tour « dans Pierre le Chevelu ■>. Coules et Discours d'Eutrapel, 11, p. 539.
Quurt Livre, 17. La réponse des Gaulois à Alexandre se trouve rapportée d'après Strabon, mais sans référence plus précise au livre IV, cliap. xiv du De Hou. Disc
Dans le Prologue du Gurgautua, Rabelais traduisant librement l'Adage d'Erasme Sileui JliibiiuHs, dit de Socrate qu'il était « infortuné en femmes ». Dans le texte latin d'Erasme, il n'est fait allusion qu'à Xantippe. — Peut-être Rabelais se souvient-il d'un chapitre de Crinitus : De Socratis coustautia cuui uxorilnis, où sont citées Xantippe et Myrtho.
Diodorc de Sicile
' Diodore de Sicile est cité une fois par Rabelais :
Tiers Livre, 31, M. L. Il, p. 151. « Et estoit l'opinion des anciens, scelon le
récit de Diodore Sicilien... que messer Priapus feut fils de Bacchuset Venus. »
Diodore, IV, 6. ji-jftoAoyo'JT'.v oi -KaXï'.oi ■zo-i Ilf'.ïTiov ôiov z\-ii: A'.ovjjou xai
jÇ Diogèm Laërce.
' Diogenes Laertius est cité, Tiers Livre, 10, .\i. L. ii, p. )4, à propos du sort homérique par lequel Socrate emprisonné connut son destin. Diogèiie Laërce, 11.
En outre, la mention du cénotaphe élevé par Aristote à Hermias et Eubule, Quart Livre, 31, est empruntée à la Fie d'Aristole.
Les Vies des philosophes étaient très goûtées des Humanistes de la Renaissance. Les érudits les exploitaient pour leurs recueils de sentences et d'exemples. Il n'est pas certain que ces deux emprunts aient été faits au texte même des Qtuvres de Diogène Laërce.
190 l'humanisme
Dioscoride.
I.'cvuvix- de Dioscoride était étudiée par tous les médecins Humanistes. Hermoiaus Barhanis, Ruellius, Marcellus Vergiiius s'appliquèrent à la commenter.
Rabelais cite Dioscoride parmi les auteurs apportés à la table de Gargantua (Gfl;',i,'rt«//(rt, 22, .m. l., p. 87) et parmi ceux qui sont étudiés dans l'herborisation (^Eod. loc, p. 92).
Il le cite encore à propos de la graine de Alkermés. Tiers Livre, 18, .M. L. 11, p. 95. Dioscoride, Phariimcornni siiiipliciuni reiqtie inediav lihri octo, iv, .43 ;
Au Tiers Livre, 52, M. !.. 11, p. 242, il invoque son témoignage sur la salamandre.
Elieii (^J: lia II).
Ai\\:in est au nombre des livres que l'on apporte à table pour instruire Gargantua sur tout ce qui concerne les mets (i, 23). Il est cité, en outre, trois fois : i, 36, à propos de la méthode de dre.sser les chevaux à ne pas craindre les cadavres (^l'aria Historia, 16-25); "ij 21, au sujet du chant du cygne qu'Elien tient pour une erreur populaire (Frtr. Hisl., i, 14); au nouveau Prologue du Quart Livre : « .ïlian écrit qu'il (Esope) fut Thracian » ; en réalité, au chap. v du X' livre, Elien appelle Esope le Phrygien, mais les Thraces passaient pour descendre des Phr}-giens.
En outre, l'anecdote de Gamble, qui dévora sa femme (m, 12) est rapportée par Elien. Var. Hist., i, 27 ;
Le voyage d'Anacharsis à Athènes, Pantagruel, 18, .m. l. i, p. 307, est mentionné dans la Varia Historia, v, 7 ;
Le témoignage d'Euphorion sur les Néades de l'ile de Samos, Quart Livre, 62, m. l. 11, p. 490, est emprunté à VHistoria animal in m, XVII, 28.
Les lixres dlilien étaient de ceux qui intéressaient chez Rabelais la curiosité du naturaliste. Il est possible qu'il les ait lus soit dans le texte, soit dans quelque traduction latine ; il existait beaucoup de traductions partielles de la Varia Historia. — Il est pos-
siblf ct^alcnicnt que ces références à Elien aient été puisées dans quelque eonipilation. Il était beaucoup exploité. Ainsi en 1533, Pierre Gille publie à Lyon, chez S. Gryphe, une Hiskvia aiiiiiialiiiiii, qui est rédigée à l'aide de renseignements puisés pour la plupart dans Elien. — Ex ^Eliani hisloria per Peintm Gyllium Intini fncii itemijuc ex Povphyrio, Heliodoro, Oppiano, liiiii eodem Gyllio htcidcntis accessionilnis tiiicti libri xvi.
Porphyre, Héliodore, Oppian figurent également parmi les auteurs apportés à la table de Gargantua (i, 23).
^ 0- ' Erasme.
LVx'uvre d'Erasme avait vulgarisé parmi les lettrés une masse îénorme d'adages, de sentences, de dits notables, de détails curieux {empruntés aux Littératures anciennes. M. Delaruelle, dans un 'article de la Revue tf Histoire littéraire de la France, 1904, a montré Ce que Rabelais doit à Erasme. M. W. Smith dans la Revue des Etudes Rabelaisiennes (1908) a récapitulé tous les emprunts possibles de' Rabelais aux Adages, aux Apophtegmes, aux CoUoquia et aux Moralia d'Erasme. Il est un livre d'Erasme, qui ne fut pas moins populaire que les précédents, et qui par la nature même de son sujet dut intéresser particulièrement l'auteur de ces « folatreries » que sont le Gargantua et le Pantagruel : c'est l'Eloge de la Folie. — Nous avons, à notre tour, dressé la liste des passages de la Sliillilia' Laus, qui peuvent être rapprochés du texte de Rabelais. Le plus souvent, nous ne pouvons décider s'il y a eu emprunt à Erasme : du rapprochement des deux textes nous ne tirerons 1 qu'une seule conclusion, c'est que, pour une bonne part, l'éru- || dition antique que nous étale le roman de Rabelais était déj.à vulgarisée dans les œuvres des Humanistes contemporains.
Giiigaiitiui, Prologue. Lts Silènes d'Akibiade. — M. Delaruelle a montré que Rabelais traduit, dans ce passage, l'article des Adages : Siieiii Ala'biadis. Erasme donne une applic.ition de cette métaphore dans la Slullili,r Laus, XXIX, p. 47.
Car g., 45, «et comme les Poètes faignent un grand tas de Véjoves et dieux malfaisants ». — Slidt. Laus, XLVi, p. 94. « Ut intérim Vejoves istos, Plutones... non Deos, sed carnifices commemorem. »
Garg., 4) (fin). Citation de Platon, De rep., v. — Sliill. Laus, xxiv, p. 39. (( Et post liivc celebratur si Diis placet, pritclara illa Platonis sententia beatas
fore Kcspublicas, si aut inipcrcnt pliilosophi, aut philosoplicntur Imperatorcs. »
F(iiil(i;^nii-!, 5. « Les chanoines dudit lieu luy dirent que n'estait autre cause sinon que pictoribus atque poetis, etc. » —Sliill. Laiis., L, p. 105. « Poetx... liberum gcnus, ut habet Provcrbiuni... »
Tiirs Livre, prologue. « Ils chauvcnt des aureilles comme asnes de Arcadie au chant des musiciens et par mines en silence signifient qu'ils consentent à la prosopopée. » Sitill. Liiiis., vi, p. 8. A propos du prestige de la rhétorique : K Quodsi qui paulo sunt anibitiosiores, arridcant tamen et applaudant, atque asini e.\emplo ti iôt» xwûtj'., quo c;eteris probe intelligere videantur. »
Tins Livre, 14, .M. L. 11, p. 72. Allusion à l'anecdote de Momus. Erasme y fait également allusion dans Sliilt. Laiis., xv, p. 24.
Tiers Livre, 32. «■ Certes Plato.i ne sait en quel ranc il les doibve colloquer (les femmes) ou des animaux raisonnables ou des bestes brutes. » — Sitill. Ldiis., XVII, p. 28. <i Nam quod Plate dubitare videtur, utro in génère ponat mulierem, rationalium animalium an brutoruni nihil aliud voluit, quam insigneni ejus sexus stultitiam indicare. »
Tiers Livre, 29. Qi/arl Livre, N. Prologue. " Philautie », définie par la Briefve déclaration : amour de soy. — Philautie est un personnage qui figure dans le cortège de la Folie et dont il est fréquemment question dans la Sliill.
LllUS., IX, XXII, XLII, XLIII, XLIV, LUI.
Tiers Livre, 46. « Notez combien je défère à notre Morosophe Triboullet. »
' 47. K Je vous jure... que notre Morosopl)e... Triboullet. » Le mot ]ii.)pôso5o; se
trouve dans Lucien, Ate.x., 40 et désigne un personnage dont la folie est mêlée
de sagesse. Erasme l'a eniplovè dans Stiilt. Lniis., v, p. 7. « Nonne jure
optimo liwpoTÔïo-j; illos appcllabimus. »
Tiers Livre, 29. " Encore suys-je d'avis que nous entrons en la tétrade Pythagoricque... » — Allusion à la tétrade Pvthagorique dans Sliill. Laiis., xi. u Is est sacer ille fous, unde vitam hauriunt omnia verius quam ille Pvthagoricus quaternio. »
Tiers Livre, 14. « Mouvoir la camarine » Sliilt. L<ius., lui, p. 1 14. « Porro theologos silentio transire fortasse pnestiterit, xii tjjtt.v Ki;iïpiviv oC x'.vsîv. » [Aihiges, I, 64).
Quart Livre, A. Prologue, lin. " ('hoisir arbre pour pendaige. » — Stiill. Laiis., XXXI, p. 56. H An trabem, ut aiunt, suspendio qux-rcre. » (Aclcii;es, 11, 10, 9).
Quart Livre, 15. « L'or de Tholose et le cheval Seajn. » — Stiill. Laiis., LXl, p. 155. '< Et equum habet Scjanuni et aurum tolosanuni. » (^Aihis^cs, l, 10, 97 et 98).
Oiiiirl Livre. Deux réminiscences d'Honice : Rien n'est béat de toutes parts (chap. XLIV), et
" Ce n'est, dit-il, louange populaire " .\ux princes avoir su complaire. » (A. Prologue), se trouvent dan:. Il .S7»//. Liiiis., xiv, p. 21. " Adeo nihil patitur hominum vita oiiiiii ex parle esse healiiiii. (Hor., o. Il, 17) et LXI, p. 156. Etenim si quis beatum existimet Priiieipihiis plaeiiisse viris... » (Hor., Ep., 1, 17, v, 35).
Quart Livre, S. <■ .\ussi le dit (le mouton) .\ristoteles lib. III, de Hist. .mini.i,
ctrc le plus sot et iiicptc animam du monde. » Sinit. Lniis., LXV, p. 176. i< Quo quidem animante non est aliud insipientius, vel Aiistotelico proverbio teste, -y/^izz:'jwr,<l',;." (Jtlcii;i'S, III, I, 95).
.a Esope.
Nous trouvons dans le roman de Rabelais des allusions à plusieurs apologues d'Esope : le hissac à double « sachet », contenant nos défauts et ceux d'autrui (Piiiitni^nicl, 15, m. l. 1, p. 293 et Tiers Livre, 15, m. l. ii, p. 81); les membres et l'estomac (III, 3 et IV, 57); le Bûcheron qui a perdu sa cognée (lY. X. Prologue). Tous ces apologues étaient populaires, ainsi que l'histoire de la corbeille d'Esope (IV, 63) et sa difformité (Pantagr., i). Rabelais connaît, en outre, les diverses opinions sur l'origine d'Esope (I\', X. Prologue, m. l. ii, p. 257) et cette controverse ne pouvait guère intéresser que les Humanistes. La vie d'Esope par Maxime Planude, qu'il mentionne, se trouve dans l'édition Aldine, 1505. Vitct ei Fahella' jEsopi (grœee) ciiin interpretatioue latina.
Rabelais pouvait lire dans le même volume d'Aide Manuce deux auteurs anciens qu'il cite dans le prologue de Gargantua : Phornute, De iiatiira deornin ; Heraclide Ponticque, de Allegoriis apiid Homenmi ; et Orus Apollon {Garg., chap. ix, et Briefve déelaralioii).
hnripide. .^J-'^
Euripide n'a guère fourni à Rabelais que quelques détails curieux. Ils ont été probablement empruntés non au texte grec, mais à des ouvrages d'érudition ou à des recueils de sentences.
Tien Livre, 21, .M. L. 11, p. 106. L'exemple de <( Polvnestor », cité à propos de la divination des mourants, est un emprunt à Hcciihc vers 1259.
Quart Livre, 49, M. L. 11, p. 441. « Le simulachre de Diane n tombé du ciel en Tauris, •< si croyez Euripides ». — Ipliigéiiie en Taiiride, v, 85, 88. Oreste parlant à Phébus lui rappelle que c'est sur ses conseils qu'il est venu en Tauride :
Xa^Eiv T'àfyi).[jia Bsà?, 0 çiatv oCv9ï5e
È; tO'JTÔE VaO'JÎ O'jpOVOÛ TSJâîV à— ô.
Oiiiut Livre, 65, M. L. Il, p. 500. « Euripides escript et le prononce Andiomache que contre toutes bestes vénéneuses a esté par l'invention des Humains
t94 I. HUMANISME
et instruction des Dieux remède profitable trouvé. Remède jusques à présent n'a esté trouvé contre la nialc femme. " Rabelais paraphrase les vers 269-273 d'AiidroiiHHjiu-.
Quart Livre, 6j, .M. 1.. H, p. 501. " Véritahlcnicnt il est escript par vostrc beau lùiripides et le dict Silenus beuveur mémorable : Furieux est, de bon sens ne jouist Q.uiconques boyt et ne s'en resjouist.
Cydope, 168. 0; ys -ivov/ |i'f, yiyrfie |j.aiv£Ti'..
Une autre réminiscence du Cvdojv, v, 5 32, se trouve au cliap. i.viil du Quart Livre. M. L. II, p. 47) ; mais Rabelais l'emprunte à l'iutarque, Z>t'ZJi;/ir/H oniciiloriiiii.
Eusêbc.
La Pnrparnlio Eimtgclicn d'Eusèbc, évcque de Césarée, était un ouvrage très lu au commencement du wi*^^ .siècle. De 1470 à 1534 nous comptons dix rééditions de la traduction latine Je Georgius Trapezuntius (1470).
Rabelais trouvait dans le V'^ livie, des fragments du De Dcfalii ûriifiiloniiii de Plutarque qu'il a t'ait passer dans son roman.
VVivï Livre, 24, M. L. 11, p. 121. Saturne, lié de chaînes d'or dans les iles Ogygies.
QiHirt Livre, 26, M. L. 11, p. 361. Les sporades de l'océan, manoir des Héros.
EciiL loc, p. 362. La comparaison de l'àme des héros mourants avec la torche qui jette ses dernières lueurs avant de s'éteindre.
QiHirl Livre, 28. La mort de Pan.
4 V Fui t'ose.
A l'exemple de \'alère Maxime et en lui empruntant son titre et son cadre, Baptiste Fulgo.se, un Génois à qui les vicissitudes de la politique avaient fait des loisirs, avait composé un recueil de curiosités anciennes et modernes : Baptisl.r Ftili;osi de dictis faelisqtie mcinorahiUhiis. La première édition parut à Milan (1507); la seconde à Paris, en 15 18 (Galliot du Pré).
Rabelais pouvait \- lire l'anecdote d'Apollonius rencontrant la peste à Ephèse (L. 8), à laquelle il fait allusion (III, 5);
une bataille de corbeaux et de foucons analogue à celle des pies et des geais de l'Ancien prologue du Quart Livre (I. De Leodensiuni prodigio) ;
l'humanisme 195
une mention de l'asbestc, tirée de Pline (L. II), etc. ;
surtout au li\re IX, De iiiiisilatis geiieribiis iiwrtis, deux cas de morts singulières, rapportées au Quart livre, chap. xvii : Sp. Saufeius et Fabius, préteur romain.
la liste des gens désireux de rencontrer des savants (II, chap. x\iii), la reine de Saba, Platon, Pythagore, Apollonius (\'I1I. De Sliiciio atijiie iiidustria. Quam ingénies sint quarumdam artium effectus).
Galien. '
Rabelais connaissait bien les ouvrages de Galien, qui constituaient avec ceux d'Hippocrate la somme des .sciences médicales de l'antiquité.
Il le cite :
Garg., Prologue, M. L. I, p. 5. « Pour ce que la mouelle est aliment élaboré à perfection de nature, comme dict Galen, IIl. De Facul. Natural. et xi. De usu partium. n
Gurg., 10. M. L. I, p. 42. (A propos de l'effet de la couleur blanche sur la vue ', comme Galen expose amplement lib. X. De usu partium. C'est à cet endroit que Rabelais trouvait le témoignage de Xénophon qu'il mentionne en même temps.
Ihiti., p. 42. Autres références à Galien, lib. XII. Metho[dus Medendi], lib. V. De locis affectis, lib. II. De Symptomaton causis, à propos de svncopes et de morts survenues par suite d'émotions violentes.
Tiers Livre, 6, M. L. Il, p. 40. Galien, lib. III. De la difficulté de respirer est allégué à propos du danger d'habiter des maisons neuves.
Tiers Livre, 7, M. L. Il, p. 43. Il se moque dans ce passage, ainsi qu'au chapitre VIII du même livre, du finalisme un peu naïf de Galien. Celui-ci démontre en effet Di' /MH ^ii; //»;;;, VIII, 5, que la tête a surtout été créée en vue des yeux qui doivent être placés sur une partie proéminente. — La citation du De Spenihile de la page 47, est une allusion à la même tendance de Galien, toujours enclin à trouver que tout est pour le mieux dans la disposition de nos organes.
Tiers Livre, 52, p. 158. L'opinion de Galien, invoquée ici à propos de la nature de la matrice, se trouve dans le De locis affeclis, vi, 5, où le passage du Tiiih'c, auquel Rabelais lait allusion dans le même chapitre (p. 158), est exposé et réfuté.
Tiers Livre, 51, .M. L. II. p. 242. Rabelais cite l'opinion de Galien sur la vertu merveilleuse attribuée .1 la s.ilamandre, de pouvoir vivre dans le feu, lib. III. De tempeniiiienlis.
Quart Livre, à Mgr Odet, M. L. 11, p. 249. Rabelais raconte d'après Galien
i<)6 l'humanisme
(lib. IV, Conimem. in 6. Epid.) et inexactement, les anecdotes de Callianax. Les deux réponses de Callianax sont exactes, mais sa conduite en ces circonstances ne fut nullement blâmée par Heropliilus, donc il était le digne disciple.
Quart Livre, N. Prologue, M. L. Il, p. 254. Rabelais donne toutes les références au texte de Galion, prouvant qu'il a connu les « Christians de son temps. » Il note au passage que le De reniiii affatihiis n'est peut-être pas de Galicn. Déjà il était exclu de la collection des oeuvres de Galien, dans certaines éditions. (Cf. Gukiii Opéra, Venise, Jérôme Scot, 1 548).
IHileiii, p. 254. « Car, dict-il (Galien), lib. V. De sanitate tuenda, ditliciletncnt .sera creu le médecin avoir soing de la santé d'autrui, qui de la sienne propre est négligent. »
Ici, encore, Rabelais cite de mémoire et ajoute au texte de Galien, qui ne s'exprime point avec tant de précision.
Enfin, dans le cliap. 11 du Qiiurl Livre, Rabelais invoque le témoignage de Galien, à propos des effets aphrodisiaques de la flagellation, M. L. 11, p. 310. Nous n'avons rien trouvé dans Chilien qui ait trait à cette question.
Rabelais semble donc citer Galien le plus souvent de mémoire et sans contrôler ses souvenirs. Les références qu'il prodigue à la suite de la plupart des citations, étaient mises à .sa portée par les index fort détaillés de quelques éditions de Galien. (Cf. l'édition des ceuvres de Galien, traduites en latin - de Jérôme Scot, Venise, 1548) '.
Théodore Gn-a.
La Bibliothèque Nationale possède un exemplaire du De Meiisihiis vJ///(-n- de Théodore Gaza portant l'ex-libris de Rabelais (Rés. G. 12)2, in-i2, ancien fonds) :
Theodon Gn^œ Thessalouiccmis Liber de Mcusihiis Alticis Joaiine Perrello iiilerprele.
E/iisdeiii inlerprelis de ratioiie Litiuv et Epactaniin secmidiim Ga:[iiin, cmn tabula perfecti aiiibiliis aiinormii intercalariiim. Accessit prœterea in sludiosoriim i^raliain idem Tl.vodori Ulvllits s^rare, iiiiillis loeis qiiaiii aiilelkie eii/eiidalior.
B.ile, I ; 56 (Baltliasar Lasius et Thomas Platter).
Rabelais, auteur dalmanachs, s'intéressait .sans doute à tout ce qui concernait les calendriers anciens et modernes. — Nous ne
I. La Bibliothèque de Sliefficld possède une édition de (jalien portant l'exlibris de Rabelais. Voir dans Rcv. El. Knh., 19O), le fac-similé.
dccouvrons pas dans son œuvre d'emprunts directs au Ii\Te de Gaza.
A ce traité est joint, dans le volume de la Bibliothèque Nationale, un autre livre qui ne porte pas la signature de Rabelais, mais qu'il a pu connaître et étudier avec le même intérêt que le premier. C'est un ouvrage de l'érudit italien Lilius Gyraldus :
Lilii Gri'gorii Gyraldi de Annis et Meiisibus cœterisque temporuiii partihiis, dijjicili hacteniis et impedita materia, dissertalio facUis et expedita. Ejiisdcin Caleiidariiini et Roinaniim et Gnveuin gentis idriiisijiie solennia ac reniiii insigniter gestonini leinpora coinpleetens magna tiiiii historiis eiiin eeteris auctorihiis cognoscendis iisiii fut ma m.
Bàle, Michel Isengrin, i)4i.
Je note à la page 29 une référence à un passage du De Defeetn Oraeiilonuii de Plutarque, auquel Rabelais renvoie aussi. Quart Livre, 27, .m. l. ii, p. 367 (sur les supputations des âges, par Hésiode).
Hérodote. ->
Tiraqueau nous apprend dans le De legihus ConnuHaJihus (édition de 1524) que Rabelais avait traduit le premier livre d'Hérodote. Nous ignorons si cette traduction était en latin ou en français; Rabelais n'y fait aucune allusion nulle pan. Les ressources ne lui manquaient pas pour l'étude du vieux conteur grec ; les éditions en étaient nombreuses; de 1474 à 1542, la traduction latine de Laurent \'alla tut réimprimée huit fois.
Pourtant les emprunts qu'il tait à Hérodote sont peu nombreux. Ce premier livre, qu'il avait traduit, ne lui fournit qu'une seule réminiscence.
Tiers Livre, 24. « Vous entendent parler, me fiiictez souvenir du veu des Argives à kl large perrucque. » — Hérodote, i, 82, rapporte que les Argiens firent vœu de garder la tête rase jusqu'à ce que Thvréa fut reprise sur les Lacédémoniens.
Paiitiigriiet, 24, M. L. i, p. 332. « Adoncques Panurge luv voulut faire raire les cheveulx pour sçavoir si la dame avait fait escripre avecques fort moret sur la teste rase, ce qu'elle voulait mander. >i D'après Hérodote, v, 35, c'est ainsi qu'Istiée envoie un message à Aristagoras.
Piuiiagnict, 24. « Je suis de la lignée de Zopire. » Hérodote rapporte l'histoire de Zopyre, m, 153 ; Rabelais pouvait la connaître par l'Adage d'Erasme : Zopvri tatenta.
I9S I.'llUMANISMK
Tien Livre, 19. L'histoire des deux enfants t gardés dedans une case par le vouloir de Psammétic » est rapportée par Hérodote, 11, 2.
Qikirl Livre, 20. " Les dieux Cabircs tant célébrés par... Hérodote. -) Cette roiiinile, 11 tant célébrés par ■', est employée par Rabelais, le plus souvent lorsqu'il cite un auteur d'après un intermédiaire. Il est probable qu'il doit à quelque ouvrage d'érudition toute la liste des auteurs énumérés ici au sujet de Cabircs.
Quart Livre, 28. Rabelais allègue l'autorité d'Hérodote sur l'origine de Pan. (Hérodote, II, 145).
Au Tiers Livre, 34, m. 1 . 11, p. 165. Rabelais cite parmi les femmes de mœurs dissolues « les femmes de l'isle Mandes en iEgypte blasonées par Hérodote. » 11,46. £V£V£T0 O'Iv Ttô VOfJLÔt TOÛTtu (.MsVO'r,Ti(i)) IT. IjJ-c'J TO'JTO li '£Û2;*
yjviixi ipjyo; i[v.T;tx'i i^/i-ijfii/et. On voit que la réminiscence de Rabelais est inexacte : Hérodote ne parle que d'une femme et ne la « blasonne » pas : il se contente de rapporter sècliemem ce fait monstrueux.
J-) Hésiode.
Panurge, au chap. ,111 du Tiers Livre, .m. i.. 11, p. 27, nous apprend qu'il a tenu « degré premier » de sa licence en « la niontaigne de vertus héroicquc descripte par Hésiode ». On a pris parfois cette déclaration de Panurge pour une confidence de Rabelais lui-mènie et on en a conclu qu'il avait fait une étude particulière d'Hésiode.
Il le cite dans sept passages de son livre, — une fois inexactement :
Qiiiirl Livre, 58, M. I.. Il, 474, il lui attribue une expression « povset charge inutile de la Terre », qui est d'Homère.
Gnri;., 25. Il le mentionne parmi les livres commentés en plein air, lorsque le jeune Gargantua prend une journée de vacances.
La montagne de \'ertu héroïque dont il est question Tiers Livre, 3 et Qtiarl Livre, 57, fait l'objet d'un commentaire de Lucien dans Hertiiotiiniis, 2. Dans le même dialogue est cité, 3, le dit d'Hésiode rapporté au Qinirl Livre, 3. 11 D'une chacune chose... le commencement e.st la moitié du tout. »
Tiers Livre, i, M. L, 11, p. 17. « De faict Hésiode en sa Hiérarchie colloque les bons Daemons, — comme moyens et médiateurs des Dieux et hommes. » D'après Plutarque : £)f i/c/i'C/» on/f»/ii/»H(, ouvrage auquel Rabelais emprunte un autre texte d'Hésiode, (Jiiarl Livre, 27, sur la durée de la vie des demidieux.
<A ^ Hippocrate.
I Rabelais avait publié lui-même une édition des Aphorismes / d'Hippocrate (cf. siiprn chap. v, p. 131). Les ouvrages du
médecin grec formaient la base des études médicales au xvi' siècle. Il n'est donc pas étonnant qu'il les cite volontiers dans son roman.
Giiig., I, .M. L. I, p. 17. Hippocrates, lib. Je Aliiiiciilo, est cité d'après Aulu- Gelle, III, 16.
'lii'rs Livre', 15, M. L. 11, p. 66. 11 mentionne un traité d'Hippocrate, lUr. évj— /;mv. Il a fait, nous le verrons, quelques emprunts au commentaire que J. C. Scaliger avait donné de ce livre.
Tiers Livre, 24, M. L. Il, p. 120. « Jugement difficile » est une sentence du premier aphorisme d'Hippocrate : r. ii ïo!-;; /jÀc-r,.
Tiers Livre, 54, .m. l. h, p. 168. Il ren%'oie à un aphorisme d'Hippocrate,
Tiers Livre, ;i, .\i. l. 11, p. 152. « Ainsi escript Hippocrates, lib. de aère, aqua et locis, de quelques peuples de Scvthie lesquels de son temps estaient plus impotents que Eunuques. » Il cite de mémoire et paraphrase : « Eunuques m n'est pas dans le texte.
Quart Livre, à Mgr Odet, M. L. 11, p. 247. Il cite de mémoire un passage du sixième livre des Epidémies et le paraphrase. Hippocrate dit seulement : L'art se compose de trois termes, la maladie, le malade et le médecin.
Oiitirt Livre, 43, M. L. 11, p. 430. « Ainsi toute maladie naist et procède de ventosité, comme déduvt Hippocrates, lib. De flatibus. »
Oiiarl Livre, 44, M. L. 11, p. 424. i< Hippocrates, lib. V, Epid. escript le cas estre de son temps advenu ; et le patient subit estre mort par spasme et convulsion. »
Comme on le voit, il cite le plus .souvent de mémoire et paraphra.se le texte d'Hippocrate.
Un volume d'Hippocrate revêtu de son ex-lihris et contenant deux des traités auxquels il renvoie : le De aerc, aqnis et locis lilvlliis. Ejitsdein de flalihns Grœce et Latine Jano Ccrnario interprète. Bile, 1529, Froben. se trouve exposé Bibl. Nat., Galerie Mazarine, vitrine W, n° 371.
Homère.
Rabelais appelle Homère « père de toute philosophie ». Qnartj Livre, 49, m. l. ii, p. 441.
1° Il fait quelques allusions à différents épisodes de ses' poèmes :
Giirg., 45. La peste u mise en l'host des Grégeoys par .\pollon » est un souvenir du premier chant de l'ilitule.
yjV/s L/I7C, 13. La faim mettant un terme au deuil provoqué par la mort de Patrocle est une réminiscence de VlliiiJe, 25, v. 10 et 11.
Tins LiviY, 2}. Mars, blessé devant Troie et criant, est une réminiscence de Vllituk, 5, 859-60.
Tien Livif, 49, m. 1 . 11, p. 727. « Pantagruel dressa équipage de navires, à nombre de celles que Aiax de Salamine avait jadis menées en convov des Gregoys à Troie. » D'après 17/;((i/i', 2, 557, Ajax conduisit douze vaisseaux de Salamine ;\ Troie.
Il faut ranger parmi les réminiscences d'Homère l'idée des descriptions minutieuses de blessures dans les batailles du Giiri^iiiiliiii.
2" Il le citu ou lui emprunte certain.s détails d'érudition, le plus souvent par l'intermédiaire de quelque auteur ancien (Ui moderne :
G(iii,'iiiiliiii, 3, p. 17. L'enfant de Neptune et de la nvmphe, mentionné d'après Homère, est un emprunt à Aulu-Gelle, qu'il cite, d'ailleurs, entre parenthèse (comme dit A. Celle, lib. III).
Garg., 44. La longue comparaison : « Et comme vous voyez un âne quand il a au cul un œstre Junonique. — Ainsi fuyaient ces gens de sens dépourvus... » est une imitation des comparaisons homériques, le premier terme étant longuement développé, pour lui-même, sans que chacune des circonstances décrites corresponde à quelque circonstance du deuxième ternie de la comparaison. Elle est peut-être inspirée par un fragment de V Iliade, w, 558, dans lequel le poète établit une comparaison entre Ajax résistant à ses ennemis et l'àne qui, chargé de coups, s'obstine à brouter l'herbe de son champ.
Paiitiigniel , 2. Les Alihviles dont parle Homère sont empruntés à Plutarque. Propos de table, x.
Tiers Livre, i, M. L. n, p. 18. " C'est pourquoy Homère en son Iliade les bons princes et grands Roys appelle xo-;if,Tooï5 Àiûv, c'est-à dire ornateurs de peuples.
Homère, Iliade, 1, 16, appelle les Atrides noîaf.Too: /.iû>v... Mais Rabelais le cite d'après Plutarque. Propos de table, l. xal to-j; ioiiTo-j; -x»; Toi; .SsT'./.'.xuTi- TOÙ; 6 zo'.T.T'f,; ï'to'Js x07;iT,Top2; À2Û1V — s&ja';^opâ'jêiv.
Tiers Livre, 17, .M. L. u, p. 86. " tt, xajiivoî de Homère » est un souvenir d'un vers de Y Odyssée, 18, 27, dans lequel Irus dit d'Ulysse déguisé, qu'il est semblable à une vieille enfumée yot.î -/aaivoi îio;.
Tiers Livre, 21, ,\i. L, 11, p. 106. Deux cas de divination des mourants viennent d'Homère : Patroclus envers Hector, Iliade, 2, 845. — Hector envers Achilles, Iliade, 10, 555.
Tiers Livre, 5. La chaine homéricque a été empruntée à Lucien, Heniiotiiinis (début) qui donne A Rabelais l'idée d'une interprétation métaphorique de cette expression.
liers Livre, 10. Les sorts homériques cités par Rabelais sont empruntés à Diogène Laerce, Cicéron, Platon et à l'Histoire Auguste.
Tiers Livre, 13. Les portes des songes décrites par Homère font l'objet d'un long commentaire dans le traité de Macrobe sur le Songe de Scipiou, i, 5, que Rabelais connaissait bien.
Dans le même chapitre, l'expression » l'Aurore aux doigtz rosatz » est une traduction de l'épithète homérique : it,Wjifz-Sk'K Hw;.
(Jiiiiil Livre, 45, M. I.. 11, p. 421. i< La vcze pleno de vcm » donnOe àUlysse par 11' " bon ronfleur ^Eolus » est un souvenir de VOdysscv, x, 19. Swxc ùi [jLOi Ocipa< àjxôv ^où; svvswpoio * i'vOa oi ^■jXTifov àviatov x2~iÔT,TS xAe'jOa. Oh((/7 Z./!')y, 49, M. L. II, p. 441. « Le Nilc... Diipetes » est une ré-miniscence de VOdyssiv, 4, 477.
Horace.
' Rabelais fm d'Horace un Pantagruéliste {Oiiarl Livre, A. Proj logue, M. L. III, p. 188). Le A7/ Mirari est, en effet, la formule / antique du Pantagruélisme « luépris des choses fortuites ».
Son roman ne contient pourtant qu'un petit nombre d'emprunts aux œuvres d'Horace.
Gciii;., Prologue, p. 6. k Comme bien faire sçavait Homère paragon de tous philologes et Ennie père des poètes latins, ainsi que tesmoigne Horace. » .\llusion .uix vers 6-9 de l'Epitre 19 du livre I :
Laudibus arguitur vini vinosu» Homerus
Ennius ipse pater nunquani nisi potus ad arma
Prosiluit dicenda.
(Cité dans Erasme, CiicroniiUnis, p. iSi<S du tome I des Œuvres complètes, Froben, Bàle, 1540).
Gnrg., I, p. 9. Flacce... qui dict estre aucuns propos tels que ceux-ci sans doute, qui plus sont délectables, quand plus souvent sont redictz. Art Pocliqiw, V. 565 :
Hx'c semel placiiit, li.i-'C decies repetita placebit. Cité dans Krasme. Adages, i, 7, 49.
Garg., s, p. 21. Dans les propos des bien-vvres figure levers 19 de l'Epitre 5 du livre 1 :
Fa-'cundi calices quem non fecere disertum. 'l'ieis Livre. Prologue, M. L. Il, p. 10. " Caton jamais ne escrivit que après bovre. »
Horace, OJes, 3,21, 11 :
Narratur et prisci Catonis
S;tpe mero caluisse virtus.
Tien Livre, 24, M. L. Il, p. 119. La montagne accouchant d'une souris, est un souvenir du vers 139 de VArt Poétique :
Parturiunt montes : nascetur ridiculus mus. Oiiiirl Livre, A. Prologue :
« Ce n'est, dit-il, louange populaire
« .\ux princes avoir su complaire. »
Traduction du v. 3 j de l'Epitre 17 du livre I :
K Principibus placuisse viris haud ultima laus est. ■) (Cité dans Ei;',sme, Sliill. Laus., p. Ij6).
Quart Livre, 44 :
i< Rien n'est beat de toutes pnrts. " Traduction du vers 27-28 de l'Ode 17 du livre I
i< Nihil est ab onini
Parte beatum... >• (Cité dans Urasme, Sliill. Laiis., p. 21).
^ H Ilorapollon.
Rabelais tait allusion deux fois à l'ouvrage de Orus Apollon ou HorapoUon :
Gargantua, 9, M. L. I, p. 38. « Ils escripvoicnt par lettres qu'ilz appelloient hiéroglyphiques. Lesquelles nul n'entendait qui n'entendisv et un chascun enteudoit qui entendist la vertu, propriété et nature des choses par icelles figurées. Desquelles Orus .\pollon a en grec composé deux livres... »
liricfve DirhiraliiVi, ch. xxv, .\i. L. III, p. 201. D'icelles (sacres sculptures) entre les grecs a escript Orus Apollon.
Les Hieroi^liphiiiJ axaient été imprimés souvent au début du W\' siècle, notamment à la suite d'Esope dans l'édition Aldine de
Dans le catalogue de la vente Sardou (1909), figure un exemplaire d'Horapollon, portant l'ex-libris de Rabelais : Onis Apollo. Ori ApoUinis Nilitui HierogUphica, Conrad Resch, Paris, 1521, in-8°. Onarniii luiiitiii ne lini^iiaruni cognitione Medico cpits sil. Prxfatio ante Hippocratis Aphorisnioniiu iiillinin per Janiiin ConiariiiHi Zviccavieiiicin, habita Roslochii. Aphorisnii Hippocratis, gra'ce.
Juveiial.
Nous ne relevons que trois emprunts à Juvénal dans l'auvrc de Rabelais :
Pautdgniel, 34, M. L. I, p. 383, u Et Curios simulant, sed Bacchanalia vivunt. » Juvénal, Sat. 11, v. 5.
Tien Livre, 12. n Oncques n'en mentit le Satyrique, quand il dit que femme brûlant d'amour suprême, prent quelques foys plaisir à dérober son amy. »
Juvénal, Sat. vi, v. 210 :
(1 Ardeat ipsa licet, tormcntis gaudet amautis (I Et spoliis. Il
Oiiiiil Livre, 59, m. l. ii, p. 476. » Lequel... portait une statue de boys... telle que la descrivent Plante, Juvénal et Pomp. Festus. »
Juvénal ne décrit pas ce mannequin, mais les effets de terreur qu'il produit sur les petits enfants. Au reste, Rabelais cite le témoignage de Juvénal ainsi que ceux de Plaute et de Pomp. Festus, d"aprés Erasme, Adage Maitduces.
Lac tance.
Tiers L'vre, xii. L'invective de Panurge contre « Jupin » (.\i. L. II, p. 63) se rapproche des attaques de Lactance contre Jupiter. Diviiia Iiislitiitio, i. De falsa religione, xvi. Lactance passe en revue les différentes légendes antiques sur sa naissance, ses exploits amoureux. Il cite un fragment de Senèque, dont Panurge se souvient, lorsqu'il dit : « Senèque l'a de moi prédict... » — La mention de Rhéa et Athys semble également suggérée par Lactance. « Et sçavez-vous que lui ferav ? — Ce que Rhéa feist à Atlivs. » Lactance, c/i. cit., chap. xvii. « Deum mater et amavit formosum adolescentem et eumdem cum pellice deprehensum exsectis virilibus Semivirum reddidit et ideo nunc sacra ejus a Gallis sacerdotibus celebrantur. »
IaVIUCUS.
A l'époque où Rabelais rédigeait son Pantagruel, parut à Lyon même, chez Sébastien Grv'phe, un recueil de « Leçons antiques » compo.sé par un Humaniste italien, en relations avec Budé et Cuthbert Tunstall : Nicolaus Leonicus Thomœus. Rabelais tait allusion à son livre sur « l'anticque jeu des taies » {Garg., 24, M. L. 1., p. 94), ce Saunutus sive de Judo talario, qui parut chez Séb. Grvphe, en 1532, avec deux autres dialogues : Trophonius sive De Divinatione et Peripaieticus sive De nominuin iiiveutione. — En même temps Leonicus publiait pour le grand public, pour les lecteurs « inferioris notœ », suivant l'expression qu'il emploie dans sa préface, un recueil de commentaires (commentarioli) assemblés au cours de ses lectures d'auteurs grecs et latins : Kicolai Leonici Thomici De varia historia lihri très. Ce sont de courtes histoires ou anecdotes rangées par chapitres et extraites de Pline, de
204 l. HUMANISME
Plutarquc, lies compilateurs anciens et particulièrement de Pausanias.
Ilahelais ne cite jamais le De varia historia. Nous avons pourtant une preuve certaine qu'il le pratiquait. Au Quart Livre, 6i, M. !.. II, p. 485, il parle de « la fontaine Agrie sur le mont Lycieii » dont les vapeurs « excitées » par le « pontife Jovial » se répandaient en pluie sur la contrée. Ce phénomène ne nous est connu que par Pausanias qui le rapporte dans les Arcadica, en nommant la fontaine Agiio. La traduction latine de Romulo Amaseo (1547) l'appelle également Agno. Seul, Leonicus l'appelle Agrie. De varia historia, i, 67. De Jovis Lycxi fonte iiiiraailoijiie île illo cclehrato. De fonte qui Agriiu vocabatur in Lycico arcadix' monte : mira haec scribit Pausanias. Si quidem, etc.. »
Rabelais a pu emprunter encore à l'ouvrage de Leonicus :
Quclqiies renseignements sur l'amiante qu'il appellera le « Pantagruelion asbestin. » De Var. Hist., i, 93.
Une description du TaranJe d'après Pline. Ouarl Livre, 2, M. L. il, p. 255. — De Viir. Hist., I, 55.
Oiktit Livre, 61, .\i. L. n, p. 486. La méthode de détourner la tenipcste selon les Methanensiens de Trézénie est racontée dans le De Var. Hist., 11, 58, d'après Pausanias, Coriiilliitua, 38. — (Ils aspergeaient les vignes du sang d'un coq blanc qu'ils enterraient ensuite).
Oiiart Livre, 62, M. L. Il, p. 490. Le temple de Juno c< en Sanios » est mentionné dans Pausanias, 7, 4 et dans le De l'ar. Hist., Il, 75. « Celebratissimum Junonis templum, quod Sami fuerat, ab Argonautis exstructura fuisse. »
Lucien.
Lucien est un des écrivains anciens dont Rabelais s'est le plus inspiré. Cette prédilection pour le « philosophe Samo.satoys » n'a rien de singulier à son époque ; on peut dire que Lucien est un des auteurs anciens qui ont été le plus en faveur auprès des Humanistes de la première moitié du wi' siècle.
En 1506, Erasme et Thomas Morus donnaient en collaboration chez Josse Bade, une traduction latine de quelques opuscules de Lucien : To.xaris, Aie.xauder, Sùinuiuui, Timon, T\raunicida, De iis qui niercede conducti degunt, Cynicus, Menippus, Philopseudes.
Budé faisait des extraits de Lucien et empruntait au traité Sur
lu Mnilicrc d\'crirc l'hisloirc l\inccdotc du Diogènc à Corinthc pour la dû\clc)ppcr dans la Dédicace de ses Anuotalioncs in Pandeclas '.
Jérôme Aléandre joignait à un livre scolaire destiné aux étudiants quelques dialogues de Lucien '.
On ne se contentait pas de le traduire, on riniitait. A la suite de leurs traductions de V Apologie du Tyiaiiuicidc, Erasme et Thomas Morus avaient, dans leur édition de 1 506, publié chacun une « declamatio », pour réfuter la thèse de Lucien. — U Utopie de Thomas Morus s'inspire des voyages imaginaires de VHistoire vraie. — L'Eloge de la Folie et les Colloques d'Erasme procèdent de Lucien, par le goût du développement paradoxal et la malice satirique. .« :,,
En effet, c'est surtout par son esprit satirique que Lucien avait intéressé les Humanistes contemporains de Rabelais. Dans la lutte qu'ils soutenaient pour la cause de l'Humanisme et de la raison, ils se heurtaient aux mêmes obstacles qui jadis avaient irrité l'humeur de Lucien ; l'ignorance et la crédulité. Cette sottise du populaire, qu'exploitaient les « pastophores taulpetiers » et les « porteurs de rogatons », cette superstition, qui inspirait les [ vœux ridiculisés par Erasme dans son Colloqiiiiiiu du Naufrage, 1 cette ignorance, qui tenait pour suspectes les plus nobles curio- \sités des Lettrés de la Renaissance, Lucien les avait rencontrées iparmi ses contemporains^ chez les disciples des Cyniques et les dupes des Sophistes, chez ceux qui s'empressaient à l'apothéose de Peregrinus ou se laissaient berner par le taux devin Alexandre. jDans la guerre de brocards, que les Humanistes entreprenaient .'contre l'ignorance et la superstition, Lucien était regardé comme un guide et comme un champion. « Adamantinus omnium superstitionum insectator », dit de lui Erasme dans un Adage», /pour caractériser la satire de Rabelais, d'Erasme, de Bonavcnture Despériers, les contemporains la compareront à celle de Lucien et forgeront les mots « lucianisme » et « lucianisle ' ».
1. Cf. Didicixce lies Aiiiio/alioiH's Giilieliiii Binhvi pan'sieiisis, sccreUirii rcgis, ht qihiluor cl vii;iiiti Paiuleclaiiim libros... (novembre 1508).
2. D. Hit'ioiiviiii AJi'dtidi'i Mcllciisis tabula: saiie qiiiiiii utiles gneaii uni uiusurunr cuivlii compcudio iiis^recU cupientihus. — Sctecti uHijuct Luc'uiui diulogi, cuni dliis uounullii. — Louvain, Tli. Martin, 1523.