I. Pantagruel, 8, m. l. i, p
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1 Pliitarque à son œuvre, il est évident que les Moraidx furent un Ideses livres préférés.
1 Plutarque était, d'ailleurs, parmi les écrivains anciens, un de iceux qui avaient le plus de faveur au xvr siècle, non seulement Idans les cercles érudits, mais même parmi les gens simplement /lettrés. On le traduit en latin et même en français. Simon Bour- [gouyn, Arnaiild Chandon, Georges de Sclve, évéque de Lavaur, traduisent, pour les dédier à de grands personnages, quelquesunes des Fies '. Dès 1 520, nous trouvons un des traités de morale traduit en français : Le livre Je Pliilatche, moult utile et pioiiffilable à tontes i^eiis de quelque estât qu'ils soient pour discerner utig vray aiiiy d'avecques un flatteur, par François Sauvage. Paris, Y. Gallois, 1520, traduit du latin d'Erasme. — Le même traité est de nouveau traduit en 1537 : La Touche naïfve pour esprouver l'amy et le flatteur inventée par Plutarque, taillée par Erasme et mise en langaige françoys par Antoine du Saix, — avec un Traicté singulier riche en sentences, élégant en termes et projjitahle à lire, contenant l'art de soy aider et par bon moyen faire son profit de ses einieniis, i j]y.
Le titre même de ce dernier traité nous explique les raisons de ce succès de Plutarque au xvi'' siècle. C'est un auteur « profitable à lire » et « riche en sentences ». Ce qu'on aime chez lui, ce sont ses conseils moraux. Ses Préceptes matrimoniaux, par exemple, seront traduits en français et édités huit fois de 1 5 3 5 à 1 548 -. En outre, les ornements dont il égaie ses dissertations : anecdotes et dits notables, sont ceux dont on se montre friand à cette époque. Les Mots dorés, les Apophtegmes, les Adages tenaient une telle place dans l'éducation et dans la culture générale des lettrés, qu'un ouvrage « riche en sentences » était sûr d'être bien accueilli.
Pour les Humanistes, Plutarque était la somme de l'antiquité grecque. C'est qu'il a véritablement « résumé dans son œuvre l'image complète de l'antiquité hellénique, au moment où celle-ci touchait à sa fin... Il est pour la postérité, un des représentants accrédités de l'hellénisme, d'un hellénisme un peu dilué peut-être,
1. Cf. René Sturel. /iUi/h« .-liiiyol, ti\uiucteiir des Vies paraltiles de Plutarque, chap. I", Les iinuiuscrits de dcdicace.
2. Plulhirque de Cht'rouiie, grec, ancien philosoplje l}isloriogiaphe, Iraiclant entièrement du gouvernement en mariage, nouvellement traduit de grec, en latin et de latin en vulgaire fraufoys, par Jel)an Lodè, i^-!,^, id. 1556, id. 1545. — De la cure familière avec aucuns préceptes de mariage extraits de Plutarque, [par Sperone Speronij 1546,/!/. 1548.
mais éhiryi, MMimcnt universel et luiniaiii '. » Ce caractère universel de sa morale, dégagée de tout dogme philosophique particulier, tirée de l'expérience pratique de la vie, laïque en quelque sorte, devait plaire à cette génération d'Humanistes qui demandaient à la sagesse antique soit de compléter la morale chrétienne, soit de la remplacer. Plutarque ne les élevait pas à la méditation de grands problèmes métaphysiques, mais il traitait tamilicrement de petites questions de morale courante ; il proposait des remèdes, une « cure », à la portée de tous, pour des vices ou des travers qui sont de tous les temps et de toutes les conditions : la curiosité, le bavardage, la fausse modestie, etc. ^ En même temps, les anecdotes, les traits de moeurs, les usages qu'il rapportait, pour illustrer ses expositions de questions morales, intéressaient ces esprits curieux de tout ce qui touchait à la vie antique.
Aussi tous les Humanistes contemporains de Rabelais ont-ils lu Plutarque avec passion. Quelques-uns même ont traduit et commenté certains traités de morale. Budé, sept ans avant la publication de la grande édition Aldine des Moralia, traduisait en latin, d'après un manuscrit copié par Georges Hermonyme sur ceux de Lascaris, le Usol t(Ôv ào£7xovT(.)v toI; 'j'.ÀoTociO'..;, et le publiait souslc ùtve de De phnilis phi losophoni m uatnraldnis, 1502. L'année suivante, il donnait une traduction latine du traité sur la Fortune des Romains el iT Alexandre : De fortuna Roiuanoruin et Alexandri Magiii, suivi du De tranqitiJUtate animi. En 1 5 19, composant pour le roi François I", le recueil de préceptes politiques qu'on devait publier, après sa mort, sous le nom d'Institution du Prince {ï')^i^, il en puisait la plus grande partie dans les Apophtegmes des rois et des généraux et dans les Aùophlegmes des Lacédémoniens, de Plutarque >.
Erasme, de son côté, après avoir enrichi le trésor de ses Adages de nombreuses sentences tirées de Plutarque, dressait un cata-
1. M. M. Croiser, dans l'Hisloiri- de iii tillt'raliiie i;recque, par M. et A. Croise!, tome V, p. 484.
2. 11 NuUus... extitit inter gra;cos scriptores Plutarcho, prœsertim quod ad mores attinet, sanctior, aut Icctu dignior, » dit Erasme dans l'Epistula nuncupatoria des Apopliiegines. Et il constate que les éditeurs ont exploité ce succès du moraliste grec, sans se soucier de respecter son texte. « Atqui hoc ipsum quod absterrere debuerat, invitavit gloria' qua;stusque sitientes ad depravandum, addendum, detrahendum. »