Cf. Delaruelle. Guitlauiiic Budv
loguc de toutes les images, métapliores et comparaisons glanées dans les Moralia : ParaboLr, sivc siniilia ex Pliilarcbi nioralil'iis. Rn 15 14, il publiait à B;'.le, chez 1-roben, une traduction latine de huit opuscules de Plutarque : Qiio pacio ijiiis digiioscere possil aduliilorcni ah aiiiico. Qiw pacio t/iiis ejjicere possil ut rapial tilililalciii ah iiiiinico. De tuciida hoiia l'aleliidiiie prxcepta. In principe rcqtiiri dochinaiii. Ciiiii principihns maxime philosophtim dehere dispntare. Utnim oraviores sint animi morbi quam corporis. \i.ht [i'-dj^a;. De nipiditale divitianim. — En 1531, il donnait après François Filelfe, après Rafaello Regio, une nouvelle traduction latine des Athiphlegnies, dans laquelle il se proposait moins de traduire littéralement, que d'interpréter le texte grec '. Il v ajoutait deux livres de « dits mémorables » (v et vi'^) recueillis au cours de ses lectures.
Est-ce à la manière de ces deux Humanistes que Rabelais a lu, à son tour, les œuvres de Plutarque ? Les a-t-il lues dans le texte, en philologue d'abord, comme ses deux illustres maîtres ? — Xous connaissons deux exemplaires des Moralia revêtus de l'ex-libris de Rabelais. Ils peuvent nous donner quelques indications sur le commerce qu'il avait avec le texte de Plutarque.
Le premier de ces ouvrages a été étudié par M. Lefranc dans L'amateur d'autographes du 15 juin 1901. C'est un volume composé de six opuscules, reliés ensemble, dont trois comprennent des traités de Plutarque. Le iir de ces opuscules en contient trois :
ll/.ojTài/o'j TlcÔç àv T'.; -jtz ï/^zw oj-^î/.o'.to.
\\tz'>. -o).j'i'.).'laç.
ricpl oî'.T'.oa'.jAov'^a;. (Edition G. Aleandro, 1 5 12, 24 f"'. Le w" est composé des traités :
llîc', ào£TY,c X7.'. xaxiac.
Il" -s
Il(7j; oî'. Tov viov 7:o'.T,uàT(ov âxo'Jî'.v.
(Ed. de G. Aleandro, 1 509. 50 f"*).
C'est cet opuscule qui porte l'ex-libris de Rabelais. Ixx" IIîp'.TO'j y.y.oJzv/ ne porte ni nom d'éditeur, ni nom d'im-
I. Cf. Epistola Nuncupatoria. « Sed totum opus quodanimodo meum fcci, dum et cxplanatius effero qu;ï grxce refcruntur, intcrjectis interduni q\ix apud alios autores addita coniperissem, etc. »
primeur. Il doit sortir comme les précédents des presses de Gilles de Gourmont, (i6 f").
De ces trois opuscules, le seul qui ait certainement appartenu à Rabelais est celui qui porte son ex-libris, c'est-à-dire le n" i\'. Il ne contient aucune annotation. Le n° v est également vierge de notes manuscrites. Seul, le n° m a des annotations marginales et interlinéaires. M. Lefranc reconnaît en quelques-unes d'entre elles les caractères graphiques propres aux écritures grecque et latine de Rabelais. Nous aurions donc là un document sur la méthode qu'il suivait dans la lecture du texte de Plutarque. Or, ces notes sont très simples et toutes du même genre : ce sont des traductions latines des mots grecs. Quelques termes grecs sont traduits isolément, comme si le lecteur en notait le sens en vue d'une révision : x'jXo'.o-, pica graculus, oJcrvf,Àov, emulationem. Il n'y a là qu'un travail élémentaire de traduction, qui ne va pas jusqu'à traduire une plirase entière, ou à résumer une pensée.
Le volume des Moralia que M. Plan a découvert à Rome en 1906, revêtu de l'ex-libris de Rabelais, est un exemplaire de l'édition princeps d'Aide Manuce, 1 509 '. On n'y trouve que deux annotations insignifiantes au traité Comment on peut se Jouer soi-même sans envie, celui-là même dont Gargantua allègue l'autorité, lorsqu'il se donne en exemple à son fils (Pantagruel , 6).
Ainsi l'examen de ces deux livres de la Bibliothèque de Rabelais ne nous le montre pas particulièrement soucieux d'étudier le texte même de Plutarque ; tout au moins les marges de ces exemplaires n'ont pas conservé de traces de cette application à pénétrer le sens du texte original, qui se manifeste chez d'autres par des soulignures, des remarques, des concordances ou des références brièvement notées.
L'étude des emprunts qu'il a faits à Plutarque pour son roman, est plus décisive. I! apparaît bien que le plus souvent, il ne le connaît que par une traduction latine. De tous les traités de Plutarque, celui qui lui a fourni la plus grosse contribution est le recueil des Apophtegmes. Or, ce n'est pas dans le texte même que Rabelais les lisait, mais dans la traduction latine d'Erasme. Nous avons dit que, dans sa traduction, Erasme s'était proposé moins de
I. Raheldis et les Moiauh île Pliitairije, à propos d'un ex-Iibris, par P. P. Plan, dans les Mélanges J'arclicologie et d'histoire de F Ecole française de Rome. 1^06.
traduii'c littcralLiiicnt le texte de l'iutarque, que de l'interpréter, par des additions et des scliolies : « interjectis interdum qux' apud alios autorcsaddita coniperisscni,additis item pcrmultis qux' in hoc opère non hahebantur, uhique veluti sciioliis indicaiis vel sensuni vel iisiuii apophtegmatis, in liis diintaxat qu;e kicis aliquid clesiderabant "... » Ces scliolies, qui acconipai^nent le texte de l'Apoiilnegnie, chex Erasme, nous les trouvons presque toujours, traduites en français, chez Rabelais. Ainsi, Erasme, citant le mot d'Agésilas sur les citoyens de Sparte, qui constituaient les murailles de la cité, ajoute: « significansrespublicas nullo muniniento tutiores esse quani virtute civium. » Rabelais (^Paiilai^'iiicl, 15), de même, après avoir cité le jiropos d'Agésilas, l'interprète : « signiflans... que les villes et cités ne sçauroyent avoir muraille plus seure et plus forte que la vertu des citoyens et habitants. « An Qiiiirl Livre, 39, il raconte la facétie de
Cicéron sur les aigles des Pompéiens, plus propres à la guerre contre les geais, qu'à la lutte contre César. Plutarque la rapportait dans ses yipopI)ICi;iiies {IV, Ciccroii, 19), sans expliquer à ses lecteurs, avertis, ce qu'étaient les aigles romaines. Erasme, traduisant Plutarque, avait jugé l'explication nécessaire : « .At ille aquilas dixit Vêla Romana aquilis insignita. » Rabelais traduit cette explication dans une (KU'enthèse : (c'était lors la devise des Romains en temps de guerre).
Au chapitre .\xi\- du Oiiaii Livre, Rabelais cite un mot de Portius Caton-, qui nous a été égaleinent rapporté par Plutarque dans sa Vie de Caloii. — Il n'a pas eu la peine de l'en extraire luimême. Erasme l'avait déjà recueilli et rangé sous le titre de Ctiloir', dans ce N'' livre d'Apophtegmes, coUigés par lui et publiés à la suite de sa traduction des Apophtegmes de Plutarque.
Le tour même que prend cette parole de Caton chez Rabelais indique sa provenance. Plutarque rapporte que Caton disait qu'il se repentait de trois choses : la première, d'avoir confié